Perquisitions à l'hôtel de ville de Laval et chez le maire Vaillancourt

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Des agents de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) et de l'escouade Marteau ont mené une série de perquisitions à la résidence du maire Gilles Vaillancourt jeudi après-midi et durant la nuit de jeudi à vendredi dans quatre édifices de Laval, dont l'hôtel de ville et la résidence principale du maire Gilles Vaillancourt.

Amorcées à 15 h 45, les perquisitions, auxquelles ont participé 70 enquêteurs, visaient aussi les bureaux où se trouvent les serveurs du système informatique (place Laval) ainsi que les bureaux d'ingénierie et des ressources humaines de la Ville (boulevard Chomedey).

L'opération, qui a duré toute la nuit, vise M. Vaillancourt ainsi que d'autres personnes de son entourage. Elle serait liée à une enquête sur l'attribution de contrats par la municipalité et de possibles faits de corruption. Les policiers n'ont cependant pas donné de détails.

Une enquête sur une affaire de corruption massive?

Des sources du journaliste Alain Gravel affirment que l'opération est davantage reliée à une enquête sur une corruption à « grande échelle » plutôt qu'à des stratagèmes de collusion. Les investigations porteraient sur des transferts de sommes pouvant atteindre des millions de dollars, vers la Suisse, pays connu pour son secret bancaire. Il serait aussi question d'échanges d'argent. À l'instar de Serge Ménard et de Vincent Auclair (voir plus bas), d'autres personnes auraient déclaré aux enquêteurs avoir reçu ou s'être vu offrir de l'argent par le maire Vaillancourt.

Selon les sources de Radio-Canada, les policiers portent leur attention sur les documents ainsi que sur les données informatiques.

L'hôtel de ville a été évacué par les policiers de la Sûreté du Québec.

En entrevue à Radio-Canada, l'attachée de presse du maire Vaillancourt, Johanne Bournival, a indiqué que son patron n'avait pas été interrogé par la police.

Elle a précisé qu'il n'était ni à son domicile ni à l'hôtel de ville au moment des perquisitions, ajoutant qu'il participait à une « activité liée à ses fonctions ». « Il est ici à Laval, il ne se cache pas », a-t-elle soutenu, disant toutefois ignorer où il se trouvait.

Elle a néanmoins indiqué qu'il avait été avisé des perquisitions et affirmé qu'il n'était « pas accusé de quoi que ce soit ».

« C'est une surprise totale pour lui, pour tout le monde, pour sa famille », a assuré Mme Bournival.

« [Le maire Vaillancourt] ne s'attendait pas du tout à ce qu'il y ait une perquisition à l'hôtel de ville ou à sa résidence. » — Johanne Bournival, attachée de presse du maire Vaillancourt

Mme Bournival a dit avoir elle-même peu de détails sur l'opération, puisque les mandats de perquisition étaient « sous scellés ». Elle a par ailleurs assuré le public de la pleine collaboration de la municipalité.

Des informations qui circulaient au cours des dernières semaines faisaient état d'une opération imminente.

Gilles Vaillancourt est maire de la ville de Laval depuis juin 1989. Il siège au Conseil municipal de Laval depuis 1973.

Affirmant qu'il fallait « laisser l'UPAC et [l'escouade] Marteau faire leur travail », l'attaché de presse du ministre des Transports et des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, a indiqué que ce dernier ne commenterait pas l'opération policière.

Le cas de Laval devant la commission Charbonneau

À la reprise des travaux de la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction, le mois dernier, la commissaire France Charbonneau avait précisé que la commission examinerait les liens éventuels entre l'octroi de contrats et le financement des partis politiques à Laval ainsi qu'à Montréal.

Cette semaine, l'ex-entrepreneur Lino Zambito a affirmé que 3 % de la valeur des contrats octroyés par la Ville de Montréal aux membres du cartel des égouts transitait par un intermédiaire de la mafia pour aboutir au parti du maire Gérald Tremblay. À Laval, a-t-il ajouté, la mafia n'était « pas présente » pour les contrats, mais « d'autres mécanismes entraient en ligne de compte ». On s'attend à ce que le témoin donne plus de détails sur le processus d'attribution lors de la reprise des audiences, le 15 octobre.

L'opposition applaudit l'opération policière

Les partis d'opposition, qui ne sont pas représentés au Conseil municipal, n'ont pas été surpris des derniers développements. Le candidat du Mouvement lavallois dans Fabreville, Emilio Migliozzi, a estimé qu'il s'agissait d'une « question de temps ». « Ça faisait longtemps qu'on entendait parler de la collusion et de la corruption à Laval », a-t-il déclaré à Radio-Canada.

Le chef du Parti au service du citoyen, Robert Bordeleau, s'est pour sa part dit réjoui. « Je pense que les citoyens vont se réjouir aussi que ça aille plus loin, ces perquisitions, qu'on découvre le pot aux roses une fois pour toutes et qu'on arrête de payer 30, 40, 50 % trop cher dans tous les contrats », a-t-il dit.

Laval au coeur des allégations de corruption

La Ville de Laval figure parmi les municipalités québécoises qui ont souvent été éclaboussées, ces dernières années, par des révélations consécutives à des enquêtes journalistiques.

Dès 2009, François Beaudry, un ancien conseiller du sous-ministre du ministre des Transports, avait affirmé à Radio-Canada qu'il avait été témoin d'un stratagème de collusion à Laval en 2003. À l'époque, M. Beaudry avait porté plainte à la SQ, qui avait ouvert une enquête qui s'était cependant terminée sans résultats.

En novembre 2010, Radio-Canada apprenait après plus d'un an d'enquête, que le maire Vaillancourt aurait offert illégalement 10 000 $ comptant au candidat péquiste Serge Ménard, en 1993. L'enquête de l'UPAC aurait été déclenchée à la suite de ces révélations.

La société d'État avait aussi appris en août dernier que Gilles Vaillancourt aurait donné 10 000 $ comptant à un ex-collecteur de fonds du Parti québécois, Claude Vallée, durant la campagne électorale provinciale de 1994. Cette présumée affaire de financement illégal avait été dénoncée à l'escouade Marteau de la Sûreté du Québec.

Le maire Vaillancourt a toujours nié ces allégations. Il avait sommé ses détracteurs de se rétracter en déposant une mise en demeure, mais il l'avait ensuite retirée.

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