Vaste enquête pour retrouver l'assassin de Nicolo Rizzuto

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Claude Desbiens retrace le parcours de Nicolo Rizzuto.

La police a déployé des ressources considérables pour enquêter sur le meurtre de Nicolo Rizzuto, le présumé patriarche de la mafia montréalaise abattu dans sa résidence mercredi. Les policiers ratissent tout le secteur près du bois de Saraguay.

La police a déployé des ressources considérables pour enquêter sur le meurtre de Nicolo Rizzuto, survenu mercredi dans l'arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a bouclé tout le secteur près du bois de Saraguay, reconnu comme le lieu de résidence de plusieurs membres du clan Rizzuto.

Le présumé patriarche de la mafia montréalaise, âgé de 86 ans, a été abattu vers 17 h 40 alors qu'il se trouvait dans la cuisine de sa résidence de l'avenue Antoine-Berthelet, à l'angle du boulevard Gouin Ouest.

Le tueur aurait tiré une seule balle à travers la fenêtre de la résidence, avant de prendre la fuite dans un petit boisé.

Deux femmes, vraisemblablement sa conjointe et sa fille, étaient présentes dans la maison au moment des événements. Elles ont été transportées à l'hôpital et étaient traitées pour un choc nerveux.

La résidence des Rizzuto est équipée de caméras de surveillance à l'avant et à l'arrière de la propriété. L'analyse des bandes vidéo pourrait révéler des indices quant à l'identité du tueur.

La fin du clan Rizzuto?

« Le clan Rizzuto comme tel, je pense que c'est fini, parce qu'ils ont été au pouvoir à Montréal pendant 30 ans », affirme le journaliste à la retraite André Cédilot, un spécialiste des affaires criminelles.

Nicolo Rizzuto se savait en danger depuis un bon moment. En mars dernier, lors de l'arrestation de Ducarme Joseph, un homme au lourd passé criminel lui-même ciblé dans une fusillade, la police a mis la main sur des notes qui comprenaient les mots « vieux », « priorité » et la lettre R soulignée.

Le SPVM avait prévenu plusieurs proches de la famille Rizzuto que leur vie était en danger.

Le point de presse de Denis Mainville du SPVM

En point de presse, mercredi soir, le commandant Denis Mainville, de la division des crimes majeurs du SPVM, a affirmé que ce meurtre était le résultat d'une « suite d'événements », sans donner davantage de précisions.

Il est impossible pour le moment de savoir s'il s'agissait d'un acte ciblé à l'intérieur d'une entité du crime organisé ou s'il s'agissait d'une attaque entre factions. Le représentant du SPVM a indiqué que les policiers pourraient faire les liens nécessaires en travaillant avec leurs partenaires du Québec et du reste du Canada.

Denis Mainville a ajouté que des liens d'affaires existaient maintenant entre la mafia, les gangs de rue et les motards. « On ne structure plus le crime organisé comme étant des entités indépendantes », a-t-il résumé.

Présumé patriarche de la mafia montréalaise

Né le 18 février 1924, celui qui était considéré comme le parrain de la mafia montréalaise était le patriarche d'une famille reliée à la mafia sicilienne.

Pendant des décennies, son clan a érigé tout un empire du crime qui se spécialisait dans le trafic de stupéfiants et de blanchiment d'argent autant au Canada et aux États-Unis qu'en Italie.

Ce petit homme costaud au crâne dégarni, illettré mais intelligent, était discret et doué d'un sens de l'organisation des affaires. Il a longtemps fait son chemin à Montréal sans se faire prendre par la police.

Nicolo Rizzuto quittant une prison de Montréal le 16 octobre 2008. Nicolo Rizzuto quittant une prison de Montréal le 16 octobre 2008.

Nicolo Rizzuto voit le jour dans le petit village de Catolica Eraclea, dans le sud de la Sicile.

Ce mafieux a de l'ambition. Il rêve de bâtir un empire du crime et l'endroit qu'il choisit, c'est Montréal, connue pour être une ville ouverte, avec son monde interlope du jeu et de la drogue.

Nicolo Rizzuto débarque de bateau à Halifax avec sa famille en 1954 et s'empresse de rencontrer le Calabrais Vic Cotroni, le chef de la mafia montréalaise, qui contrôlera la majeure partie du trafic de drogue dans les années 1970.

Pour sa part, Rizzuto veut une part de ce trafic, mais la puissante famille Bonanno de New York n'est pas d'accord.

Rizzuto choisit alors l'exil au Venezuela en 1974, où il noue des alliances avec la famille sicilienne Caruana-Cuntrera de Caracas et cultive de bonnes relations avec le cartel de Colombie.

Pendant ce temps, les policiers canadiens, eux, apprennent que Nicolo Rizzuto s'était enfui de Montréal pour sauver sa peau. Sa tête était mise à prix par le Calabrais Paolo Violi, le successeur de Cotroni comme chef de la mafia de Montréal.

En 1978, Violi tombe sous les balles d'un tueur à Montréal. Nicolo Rizzuto revient alors en 1980 pour rétablir les ponts avec la faction calabraise et donner à son fils Vito le contrôle des opérations de la mafia montréalaise.

Mais le 22 novembre 2006 se tient « l'opération Colisée », un moment très attendu par les policiers. À ce moment-là, 700 agents fédéraux et provinciaux arrêtent 73 membres présumés de la mafia montréalaise dont Nicolo Rizzuto.

Après deux ans de pénitencier, Rizzuto plaide coupable à des accusations de gangstérisme et de trafic de drogue. Il évite ainsi d'étaler tous les secrets de la famille au grand jour.

Condamné à quatre ans de prison, il obtient sa libération un mois plus tard parce que les deux années qu'il a passées en prison comptent double.

La peine a été considérée comme peu sévère pour un mafieux qui a bâti tout un réseau de criminels.

Nicolo Rizzuto est le père de Vito Rizzuto, qui purge actuellement une peine de 10 ans aux États-Unis pour des meurtres qui remontent à 1981. Son petit-fils, Nick Rizzuto fils, préféré par celui-ci pour succéder au parrain de la mafia montréalaise, a été abattu en décembre 2009.

Avec des informations de Marie-Maude Denis

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