Delek toujours en lice

Delek et Shell témoignent devant le comité parlementaire sur Shell à Montréal-Est, rapporte Jean-Hugues Roy.

Devant un comité parlementaire fédéral, Delek se dit toujours intéressée par l'achat de Shell à Montréal-Est, mais prévient qu'elle ne payera pas 150 millions de dollars pour une raffinerie dont les installations auraient été démantelées.

Delek Us Holdings serait toujours en lice pour acheter les installations de Shell à Montréal-Est, mais il est minuit moins une : tel est ce qui ressort des premières heures d'audiences du comité parlementaire fédéral qui se penche sur les chances de survie de la raffinerie Shell à Montréal-Est.

Ce comité a entamé, mardi, ses travaux à Ottawa. Et force est de dire que les échanges entre députés fédéraux, représentants de Shell, porte-parole américain de Delek et président du syndicat des employés de Shell n'ont manqué ni de piquant ni de rebondissements.

Mais en ce qui a trait d'abord à l'acheteur potentiel, Delek, le porte-parole Jim Boles (d'origine texane) a clairement indiqué que Delek n'avait pas l'intention « de payer 150 millions de dollars pour une raffinerie qui aurait cessé toute activité ».

Jim Boles dit en substance que la dernière chose qu'une entreprise désire, c'est de se retrouver en plein hiver avec des installations fermées, sans employés et sans clients. « Les clients sont ce que nous voulons », a déclaré Jim Boles.

Delek, une pétrolière israélienne qui a une filiale aux États-Unis, avait manifesté par écrit ses intentions d'achat à Shell, en juin. Mais les pourparlers n'avaient pas abouti. Jim Boles affirme maintenant qu'il n'est pas exclu, pour Delek, de reprendre les négociations avec Shell.
Jim Boles parle au nom de Delek Us Holdings, acheteur potentiel de Shell à Montréal-Est Jim Boles parle au nom de Delek Us Holdings, acheteur potentiel de Shell à Montréal-Est

Jim Boles a reconnu qu'en se portant acquéreur de la raffinerie montréalaise, l'entreprise Delek Us Holdings emprunterait une bonne part de la somme requise. Jim Boles a déclaré par ailleurs que les discussions pourraient reprendre avec Shell et que l'éventuelle transaction ne constituerait pas « une liquidation ».

Quand on lui a demandé si le fait de ne plus raffiner de pétrole pourrait nuire aux régions dans l'est du Canada de même qu'à la côte est américaine, Jim Boles a laconiquement répondu que « moins on contrôle sa destinée, plus il y a de risques d'avoir des difficultés en approvisionnement ».

Un feu nourri de questions

Plus tôt en matinée, les dirigeants de Shell avaient été soumis à un feu nourri de questions dans le cadre des travaux du comité de la Chambre des communes.

Christian Houle, directeur général de Shell à Montréal-Est Christian Houle, directeur général de Shell à Montréal-Est

Les questions les plus directes ont été formulées à Shell par le député néo-démocrate d'Acadie-Bathurst, Yvon Godin. Ce dernier a dénoncé le fait que, selon lui, Shell avait tiré de grands bénéfices des 77 années qu'elle avait passées au Québec. Mais, de dire Yvon Godin en substance, à partir du moment où Shell n'a plus fait d'argent avec sa raffinerie montréalaise, elle a décidé de partir.

Shell a dépêché devant ce comité parlementaire Richard Oblath, responsable des fusions, acquisitions et dessaisissements, de même que Christian Houle, qui dirige la raffinerie de Montréal-Est. Tous deux ont défendu (Richard Oblath en anglais et Christian Houle tant en français qu'en anglais) les positions de la pétrolière.

« Nous comprenons combien cette situation est difficile pour tous et nous regrettons sincèrement d'avoir à prendre cette mesure. La décision n'a pas été facile à prendre, mais malheureusement il s'agissait de la seule option viable étant donné la conjoncture difficile dans le secteur du raffinage. » — Christian Houle, directeur général de la raffinerie Shell à Montréal-Est

« Cette raffinerie est rentable. Elle a fait de l'argent. Elle a un marché », rétorque Jean-Claude Rocheleau, du syndicat des employés de Shell.

Selon ce dernier, Shell a réinvesti les profits engrangés à Montréal dans les sables bitumineux en Alberta. « On a souffert d'un manque d'investissements pendant un certain temps, à Montréal, parce que les profits s'en allaient [...] dans l'Ouest [canadien] », dénonce Jean-Claude Rocheleau.

Des employés laissés pour compte ou pas?

Le sort des quelque 500 employés syndiqués de la raffinerie Shell à Montréal a également soulevé des questions.

Christian Houle, directeur général de la raffinerie Shell à Montréal, affirme que des 490 employés syndiqués touchés par la transformation de la raffinerie en centre de distribution, 127 sont admissibles à la retraite, 35 ont déjà démissionné « pour occuper d'autres postes dans d'autres industries », deux personnes sont parties à la retraite et, enfin, une vingtaine d'employés ont été mutés dans d'autres centres appartenant à Shell.

Mais pour Jean-Claude Rocheleau, président du syndicat des employés de Shell à Montréal, « Shell ne fait pas d'effort particulier pour replacer les gens ». Jean-Claude Rocheleau a parlé de sa propre expérience, du temps où il travaillait pour une autre pétrolière, Esso : « Esso replaçait les gens, nous n'avions même pas à postuler ou à répondre à des affichages. Ce n'est pas ce que fait Shell. »

« Je demande formellement à la direction de Shell d'appeler la compagnie Delek et de négocier avec elle. On doit ça aux familles de Montréal-Est, des gens qui risquent de perdre tout ce qu'ils ont. La balle est dans le camp de Shell. » — Jean-Claude Rocheleau, président du syndicat des employés de Shell à Montréa-Est

Shell a annoncé la fermeture de ses installations de Montréal-Est en janvier, prétextant une baisse de la demande. Elle entraînera la mise à pied de plus de 500 travailleurs syndiqués, et touchera aussi quelque 300 sous-traitants.