Premier péché :
L'orgueil »

Deuxième péché :
L'envie »

Troisième péché :
La colère »

Quatrième péché : L'avarice »

Cinquième péché :
La paresse »

Sixième péché :
La gourmandise »

Septième péché :
La luxure »

Huitième péché :
La vieillesse »
 
Au IIIe siècle, les Pères du Désert établissaient une liste de huit péchés capitaux. Parmi ceux-ci, la tristesse et l'acédie, une forme de découragement spirituel que la paresse, qui n'apparaît pas comme telle aux premiers temps de l'Église, reprendra dans sa globale léthargie. Au XIIe siècle, la tristesse disparaîtra au profit de l'envie. La liste que nous connaissons aujourd'hui a été fixée par Thomas d'Aquin. Elle pointe l'orgueil et l'envie comme vices irrécupérables et place gourmandise et luxure en bas de l'échelle. Au centre, la colère, l'avarice et la paresse.

Mais comment rebaptiserait-on chacun de ces péchés dans notre modernité? Un jeu auquel la RFP s'est livrée avec une certaine délectation...
Mettez-vous à l'écoute..
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Premier péché : l'orgueil
L'orgueil, péché ou vertu? Dans l'histoire du péché, l'orgueil a toujours été considéré comme le péché maître, celui dont découlent tous les autres, et on peut le comprendre dans un contexte religieux... Défiant Dieu, et son autorité, en accordant trop d'importance à sa créature, l'orgueil conduisait à la perte de la foi. Trop d'orgueil signifiait que l'on pouvait se passer de Dieu et être son propre maître.

Mais Dieu étant à peu près disparu de notre horizon, que reste-t-il de ce péché? Y a-t-il encore quelqu'un, aujourd'hui, capable de s'accuser d'un tel péché et le confesser? L'orgueil n'est-il pas devenu plutôt une valeur positive, non seulement à l'image de notre science « toute puissante », de notre esprit d'entreprise « sans frein », de notre maîtrise « arrogante » de la nature, mais aussi en raison même de l'individualisation, de la subjectivisation de notre culture?

... Pourtant, on continue de dire de quelqu'un qu'il est « trop » orgueilleux et que cela le perdra. Pourquoi? Est-ce le souvenir de ce que l'orgueil fut par le passé qui nous fait dire ou penser une telle chose, ou est-ce plutôt que nous percevons dans ce trop d'orgueil une faute à l'égard des autres, de la communauté, ici méprisée? Peut-être...

Invités : Guy Rochais (professeur de sciences religieuses), Benoît Lacroix (père dominicain) et Jean-Marc Gauthier (Faculté de théologie de l'Université de Montréal). Textes de Mme de la Fayette et de Sacha Guitry lus par Françoise Faucher. Équipe de production : Charles Collard à la discothèque, Réjeanne Leblanc et Christian Ferland à la technique. Réalisation et animation : Jean-Pierre Denis. Production Radio-Canada.

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durée : 00:56:43
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Deuxième péché : l'envie
L'envie : face négative du désir, son ombre portée. Si désirer et juger sont les deux piliers de notre être, ils sont aussi les fondements de l'envie. Parce que tout désir se heurte à un obstacle et chaque comparaison est susceptible de nous mettre en difficulté.

À l'échelle planétaire, l'envie peut déboucher sur de véritables états de guerre. C'est l'envie qui déchaîne une violence initiale, « je veux être et avoir ce que l'autre me désigne », c'est par imitation que l'être se construit et par frustration que s'active la violence jusqu'à devenir ce brasier alimenté par les meilleures intentions.

Les premiers enfants d'Adam et Eve sont Caïn et Abel, et la Bible est remplie de ces dualités fratricides ou jalouses comme Joseph et ses frères ou Jacob et Esaü. L'envie est un vice de relation noué à l'aube des temps du monde.

Pour Mélanie Klein, psychanalyste, l'envie est l'envers de la gratitude. C'est l'expérience d'un mauvais sein perçu par le nourrisson, menaçant et chargé de poison, qui induit l'envie du bon sein dont il s'estime injustement frustré. La bonne mère est celle qui fait comprendre à l'enfant qu'elle n'est pas entièrement bonne. À partir de ce bémol à la mère toute puissante, l'enfant pourra peu à peu appréhender l'absence et maintenir le lien dans la discontinuité.

Alors l'envie est-elle ce spasme ou cette grimace comme le ressent Philippe Sollers, ou bien le moteur du désir et le biais d'un apprentissage, commun à tous les mammifères? Question de points de vue sur le sentiment le mieux partagé du monde.

Avec René Girard, philosophe, Daniel Sibony, psychanalyste, Nicole Jeammet, maître de conférences en psychopathologie, Philippe Sollers, écrivain. Jean Delumeau, historien, professeur au Collège de France et Olivier Artus, prêtre, professeur à l'Institut catholique de Paris. Réalisation Pascale Tison. Production RTBF.

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durée : 00:56:00
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Troisième péché : la colère
La colère est un des éléments constitutifs de l'individu et de la société. Pourtant, cette part d'ombre en nous, part d'affect et d'instinct, a été condamnée par l'Église et réprimée par la tradition philosophique occidentale qui privilégie le cerveau et la maîtrise des passions.

Mauvaise, la colère? Inscrite dans le patrimoine génétique de l'humanité, elle a été un des facteurs de la survie de l'espèce. Universelle, elle se module suivant les époques et les cultures. Apanage des dieux, privilège des rois et des puissants mais interdite aux femmes, aux esclaves et aux enfants, elle permet à l'individu de se faire respecter. Elle est à proscrire si elle reste enfermée en elle-même et si, destructrice de l'autre, elle menace la cohésion sociale. Mais elle peut aussi être une énergie créatrice. D'aucuns déplorent même sa disparition et la recherchent désespérément dans ces temps aseptisés de consensus. Car elle est salutaire au bon fonctionnement du débat démocratique.

La colère, un mal nécessaire, qu'il faut savoir exprimer et maîtriser - pour de justes causes...

Une émission de Françoise Estèbe. Réalisation: Marie-Ange Garrandeau. Avec Christophe André, psychiatre, Jean-Pierre Dufreigne, journaliste, Jean-François Kahn, journaliste, Michel Maffesoli, sociologue, Pierre Pachet de l'Université de Paris VII. Production France Culture.

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durée : 00:54:52
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Quatrième péché : l'avarice
L'avarice est le péché antisocial par excellence, souvent dénoncé dès l'Antiquité sous les aspects de la cupidité et de l'usure ou même identifié au larcin, au vol. Pour le chrétien, c'est l'attachement abusif aux biens matériels qui s'oppose à l'accomplissement des devoirs religieux et humains.

Les peintres l'ont représentée autrefois, au coeur de la table des péchés, en compagnie de l'envie. L'avarice a fini par s'intérioriser et devenir un caractère, dont Molière a créé le saisissant prototype: Harpagon, un vieil homme méfiant, austère, possessif, antipathique. Cette figure démodée a longtemps habité les consciences. Le XIXe siècle l'a psychologisée, le XXe l'a psychanalysée. Mais depuis peu, l'avarice semble rajeunir et retrouver le sourire. Elle devient ludique – un jeu aux combinatoires excitantes – pour autant que l'excès ne génère pas de nouvelles angoisses, voire de nouvelles pathologies...

Une émission d'Anne-Marie Rhyn et Martine Béguin. Réalisation: David Golan. Lectures: Jean-René Clair. Avec Frédéric Elsig, historien de l'art, Jean-Bernard Livio, père jésuite, Jacques Vonèche, psychologue, Nicole Jan, manager à la compagnie des chemins de fer fédéraux et les voix de Serge Margel, philosophe, et Pierre-Yves Brandt, théologien protestant. Production Radio Suisse Romande - Espace2.

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durée : 00:55:18
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Cinquième péché : la paresse

Drôle de péché que la paresse! Le dernier à s'installer dans la liste des vices prohibés...
Depuis l'expulsion du jardin d'Eden, l'homme était certes condamné au travail, « à gagner son pain à la sueur de son front »; cependant cette malédiction ne s'inscrivait pas dans le registre moral, mais dans l'ordre du besoin, et l'infraction amenait sa punition immédiate: la faim et la misère. C'est pourquoi les Anciens et les Pères de l'Église ne plaçaient pas la paresse parmi les péchés capitaux, ils lui préféraient l'acédie – torpeur spirituelle – et la tristesse, contraire à l'espérance du croyant.

La paresse, mère d'oisiveté, n'est devenue condamnable qu'avec le mépris de la pauvreté – danger social – et la valorisation morale du travail. La paresse est donc un péché paradoxal: moderne et laïc. Sa transgression est désormais perçue comme une saine révolte par ceux qui refusent les contraintes de la réussite normée et obligée.

Une émission d'Anne-Marie Rhyn et Martine Béguin (RSR). Réalisation David Golan. Lectures Jean-René Clair. Avec Jean-Bernard Livio, père jésuite, Frédéric Elsig, historien de l'art, Serge Margel, philosophe, Gaston Cherpillod, écrivain libertaire et pêcheur... à la ligne, voix de Jacques Vonèche, psychologue, et de Henri Mottu, théologien protestant. Production Radio Suisse Romande - Espace2.

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durée : 00:55:20
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Sixième péché : la gourmandise
La tradition philosophique et religieuse occidentale renie le corps et ses désirs. La gourmandise - pour nous péché mignon - est un des sept péchés capitaux, bien que sa condamnation ne soit pas inscrite dans le dogme.

Ce péché a une histoire. Il est né chez les moines du désert au IIIe siècle - la tempérance était une vertu héritée de la philosophie antique - puis fut imposé aux laïcs à la fin du Moyen-Âge avec l'obligation de la confession. En ces temps de famine, la gourmandise est gaspillage et oubli des pauvres. Mais il s'agit aussi pour l'Église de maintenir l'ordre social. Nobles et manants n'ont pas droit aux mêmes nourritures. À travers la gourmandise s'exprime la condamnation puissante et phantasmatique de la vie elle-même et de ses pulsions. Car la gourmandise en ses jouissances suscite l'éveil de tous les sens et est initiatrice de bien d'autres plaisirs...

À travers la recherche consciente du plaisir, l'hédoniste affirme son mépris de la mort...

Une émission de Françoise Estèbe. Réalisation Marie-Ange Garrandeau. Avec Christophe André, psychiatre, Roger-Pol Droit, philosophe, Jean-Pierre Dufreigne, journaliste, auteur de l'ouvrage Le génie des orifices, Irène Frain, écrivain, Michel Onfray, philosophe, Mireille Vincent-Cassy, historienne, auteur d'ouvrages sur les péchés capitaux. Production France Culture

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durée : 00:56:40
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Septième péché : la luxure
Deux points de vue s'opposent sur le terrain de la luxure: celui de la tyrannie du plaisir ou de l'éloge de la jouissance. Paradis à reconquérir pour les uns, indice d'une mutation sociale pour les autres, incitation à la performance sous la contagion d'un discours économiste pour d'autres encore...

Mais c'est surtout sur l'histoire ancienne que la luxure nous éclaire... Là où nous croyons à un lent progrès, à une pénible émergence de l'individu hors de la gangue de la contrainte, un regard plus précis nous enseigne surtout qu'en matière de plaisir des corps, les époques passées (exception faite pour le dramatique XIXe siècle...) ont eu un discours contraignant mais une pratique plutôt tolérante. Et si nous étions à l'exact opposé de cette attitude? Un discours libertaire et une pratique timorée?

Constats: l'Antiquité grecque et romaine plaçait le patrimoine avant toute chose. Une bonne partie de la philosophie antique se méfiait du désir, grand pourvoyeur de désordre. Ovide qui «haïssait les étreintes où l'un et l'autre ne se donnent pas» s'est fait exiler pour d'obscures raisons par Auguste puis par Tibère. Quant aux premiers chrétiens, ils furent accusés de débauche; et Tacite reprochait au christianisme de favoriser le relâchement sexuel.

Le point de vue, toujours lui...

Avec Jean-Claude Guillebaud, journaliste, Michel Maffesoli, sociologue, Daniel Sibony, psychanalyste, Philippe Sollers, écrivain, Olivier Artus, prêtre, professeur à l'Institut catholique de Paris, Jean Delumeau, historien. Réalisation: Pascale Tison. Production RTBF.

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durée : 00:53:40
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Huitième péché : la vieillesse
La vieillesse... Un péché capital?
Certes, la vieillesse est une réalité biologique incontournable, mais elle est aussi une perception puisée à même les valeurs et les représentations sociales. En ce sens, elle a une dimension sociologique et historique.

Traite-t-on la vieillesse plus mal aujourd'hui que par le passé? Certains le croient, ayant encore à l'esprit ce temps mythique où les vieux demeuraient dans leur famille, jusqu'à leur mort. Image en bonne partie idéalisée et qui fait fi du traitement que l'on réservait parfois à ces personnes devenues, pour la famille, une charge...

Dans nos sociétés obsédées par le rendement et la jeunesse, entend-on, il nous est devenu insupportable de voir une personne vieillir, tomber dans l'inaction, souvent la maladie, ne produisant plus rien et, de plus, coûtant quelque chose à la société. Comble d'impudence, les vieilles gens nous montrent ce que nous serons un jour...

Il faudrait pouvoir considérer toute l'histoire humaine pour avoir une idée plus juste de ce que la vieillesse représente, en commençant par les sociétés primitives. Les Indiens Nambikwara n'ont qu'un mot pour dire « jeune et beau » et un pour dire « vieux et laid »... Chez les Hopi, chez les Indiens Creek et Crow, chez les Boschiman d'Afrique du Sud, on conduisait le vieillard dans une hutte, construite tout exprès à l'écart du village, on y déposait un peu de nourriture et on l'y abandonnait. Les Esquimaux demandaient aux anciens de se coucher dans la neige et d'y attendre la mort; ou, au cours d'une expédition de pêche, on les oubliait sur une banquise; ou encore, on les enfermait dans un igloo où ils mouraient de froid...

Avec Jacques Henripin, démographe, Benoît Lacroix, père dominicain, Jean Carette (gérontologie sociale), Michèle Charpentier (droit social et du travail) et Jean-Jacques Lavoie (histoire des religions). Et Madeleine Duchesneau, qui vit encore chez elle et qui a toute l'éternité devant elle... Équipe de production : Charles Colard à la discothèque, Christian Ferland à la technique. Réalisation : Jean-Pierre Denis. Production Radio-Canada.

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durée : 00:57:32
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Source: RTBF
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