Vous naviguez sur l'ancien site
Aller au menu principal Aller au contenu principal Aller au formulaire de recherche Aller au pied de page
Ici Radio-Canada Première

Contrôleur audio

Extension Flash Veuillez vous assurer que les modules d'extension (plug-ins) Flash sont autorisés sur votre navigateur.

Chargement en cours

Marie-Louise Arsenault
Audio fil du jeudi 16 novembre 2017

Ce que Fanny Britt a appris cette année

Publié le

L'auteure Fanny Britt au Salon du livre de Montréal
L'auteure Fanny Britt au Salon du livre de Montréal   Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

La découverte du goût de la pieuvre ou l'importance de l'agencement du soutien-gorge à la culotte auraient pu être les éléments marquants de 2017 pour l'auteure Fanny Britt. Ils ont toutefois été évincés du palmarès par le constat que, dès l'été 1997, alors qu'elle était une employée de Juste pour rire, elle « a appris que Gilbert Rozon était un agresseur ». Inspirée par ce souvenir, elle expose comment sa misogynie intériorisée et son autodénigrement côtoient la culture du viol et les passe-droits accordés aux hommes en position de pouvoir.

« J’avais 20 ans et, sans l’avoir côtoyé ni même rencontré, il semble que tout le monde, même les petits employés étudiants que nous étions, savait déjà qu’il commettait ce genre d’abus de pouvoir. Que les humoristes qui ont travaillé et fêté avec lui de près pendant des décennies soient apparemment tombés de leur chaise en apprenant les allégations contre lui relève à mon sens de deux choses : de la mauvaise foi ou d'un système d’abus à deux vitesses, où les privilégiés sont épargnés des choses pas belles qu’on va dire au moment de s’excuser publiquement.

On a donc des affaires à réévaluer dans notre vie sur notre comportement avec les autres. On ne pensait pas que c’était un problème de se branler devant une collègue de travail parce que "moi, je suis expressif et j’aime les femmes". [Ils sont] épargnés, parce qu’ils rapportent, parce qu’ils veulent bien l’être aussi. [...]

Nul n’échappe au système. Celui qui n’a rien vu, mais n’a rien fait pour voir n’y échappe pas. Celle qui, comme moi, a vu les premiers #moiaussi avec le vieux réflexe [...] de penser que si elle n’a pas d’histoire de harcèlement à raconter, c’est qu’elle n’est pas assez belle, n’y échappe pas non plus. Normal qu’on ne l’ait jamais sifflée dans la rue, parce qu’elle est laide. Normal qu’on ne lui ait jamais fait le compliment de l’embrasser de force, de lui pogner une boule contre son gré dans un party. Normal qu’on ne lui ait pas fait de déclaration de désir sur son lieu de travail. Elle ne suscite pas le désir.

Celle-là, comme moi – je devrais dire "moi" –, moi aussi, je suis ce système-là. [...] Je suis ce système-là, avec ma violence intériorisée contre moi-même et par conséquent contre les femmes. [...]

Certains soirs, [...] j’ai écouté le souffle de mon amoureux, endormi auprès de sa blonde, une femme de son âge aux sous-vêtements dépareillés – moi –, et j’ai pensé "Tout s’oubliera" et rien à la fois. »

Chargement en cours