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Marie-Louise Arsenault
Audio fil du mardi 16 janvier 2018

Carole Fréchette, coureuse de fond de la dramaturgie

Publié le

La dramaturge Carole Fréchette
La dramaturge Carole Fréchette   Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

« Je suis entrée dans le théâtre par un mouvement collectif et une volonté de m'approcher des gens. » L'auteure dramatique Carole Fréchette a signé plus d'une quinzaine de pièces, plusieurs fois traduites, jouées et acclamées partout dans le monde. Sa deuxième pièce, Les quatres morts de Marie, a obtenu un Prix littéraire du Gouverneur général en 1995 et a propulsé la dramaturge sur la scène internationale. Auteure féconde, elle répond au questionnaire « Pourquoi j'écris » et nous fait part ainsi son parcours de création.

Pourquoi j’écris

À quel âge avez-vous écrit votre premier texte?
À 24 ans, j’ai écrit des scènes de fiction avec le Théâtre des Cuisines.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire?
La création collective. Mon rêve d’adolescente n’était pas d’écrire, mais de devenir actrice, rêve qui s’est concrétisé lorsque j’ai été acceptée à l’École nationale de théâtre en 1970. À ma sortie, en 1973, je me suis sentie tout de suite appelée par le mouvement de création collective, qui était très fort à l’époque.

Vos parents étaient-ils fiers de vous?
J’ai eu des parents aimants, qui m’ont beaucoup encouragée à faire des études et qui ont toujours respecté mes choix. « Soyez indépendantes », disait ma mère.

Pourriez-vous nous lire un extrait d'un texte de jeunesse? (Journal, poème...)
J’ai tenu un journal personnel, comme tout le monde. J’y ai écrit surtout de 13 ans à 15 ans. J’ai fouillé dans mes vieux journaux d’adolescence, mais c’est d’un ennui épouvantable! La plus grande partie tourne autour de mes amours de l’époque. Tout était centré sur un garçon.

Extrait de son journal intime

Dimanche 21 mai 1967

« Presque deux ans sans écrire. Tout a changé. Absolument tout. Je ne suis plus la Carole Fréchette qui parlait au verso de cette page. Je suis un peu émue tout à coup. J’ai l’impression de parler à quelqu’un que je n’ai pas vu depuis deux ans. […]

Tant de choses se passent en 2 fois 365 jours. Mon corps est changé, ma figure a changé, mes amours, mes goûts, tout, tout. […]. Je voudrais expliquer les milliers d’évènements que j’ai traversés. Je pourrais, je crois, mettre au premier plan mon amour du théâtre. Je l’ai découvert l’an dernier. Il m’a conquise tout entière. Je l’aime!

J’ai vu, sans exagérer, des dizaines de pièces depuis deux ans, des pièces magnifiques qui m’ont fait rêver pendant des jours. Je veux faire du théâtre! Non pas professionnellement, mais il faut que j’en fasse! Je veux dire ce que j’ai en moi. J’aurais envie de danser, de dessiner, de jouer, pourvu que je dise [quelque chose], que cela sorte à la fin!
La jeune fille qui voulait être sociologue ou assistante sociale est bien loin derrière. […]

L’année prochaine, je changerai de collège. J’ai décidé de faire de l’art dramatique et de prendre des cours d’expression corporelle. […]
La seule idée de me voir sur une scène me fait frémir et en même temps me remplit d’une grande joie, car si je réussis, si j’accomplis mes projets, j’aurai fait un pas considérable vers ce que je pourrais appeler ma liberté. »

Qui vous a donné votre première chance, vous a donné confiance?
Beaucoup de gens m’ont soutenue, en particulier Gilbert David, qui dirigeait la collection théâtre aux Herbes Rouges et qui a publié ma première pièce, Baby blues, alors que je n’arrivais pas à la faire jouer. Ma sœur José m’a beaucoup soutenue au début de ma carrière et mon amie Abla Farhoud m’a encouragée à quitter mon emploi pour faire le grand saut. Elle me disait : « Le talent, tu l’as! »

Le meilleur conseil qu'on vous a donné?
C’est une affirmation de Riopelle, que j’ai entendue à son exposition au Musée national des beaux-arts :
« Quand je doute, je ne peins pas. Quand je peins, je ne doute pas. »

Quelle est votre motivation quotidienne?
Avancer un peu dans la pièce. Écrire quelques répliques qui sonnent juste.

Qu'est-ce qui vous comble le plus dans votre travail?
Les débuts. Comme le dit Rilke, « il y a tant de beauté dans tout ce qui commence ». J’aime cette période bénie, où tout est possible, où je peux encore imaginer que la pièce contiendra tout ce qui bouge et crie en moi.

Quel mot ou quelle ponctuation affectionnez-vous particulièrement?
Le point d’interrogation. Je ne sais pas si je l’aime, mais je constate qu’il est partout dans mes textes.

Avez-vous déjà été censurée?
Non, bien sûr. À moins que l’on compte la fois où une compagnie de théâtre du nord de la France, qui jouait Les sept jours de Simon Labrosse, avait gommé la phrase de Léo « J’haïs mon député ! » pour ne pas heurter le député de la région, qui était dans la salle.

Êtes-vous sensible aux commentaires (critiques, regard des autres)?
Ah oui! Je ne connais aucun artiste qui ne l’est pas. C’est la critique d’ici qui me touche le plus. Quand mes pièces sont jouées à l’étranger, je lis les critiques avec beaucoup plus de distance. Ici, c’est ma famille. C’est important de savoir ce que ma famille pense de moi.

Pourquoi ou pour qui écrivez-vous?
Pour me consoler, pour créer de la beauté avec ce qui me fait mal.

Quel serait l’honneur qui vous comblerait le plus?
J’ai eu le privilège de recevoir de beaux prix tout au long de ma carrière. Il y en a tout de même un qui me ferait grand plaisir, mais je ne vous dirai pas lequel…

Comment souhaiteriez-vous que l’on se souvienne de vous?
C’est une question difficile. Je dirais spontanément comme une coureuse de fond de la dramaturgie québécoise, pour la persévérance, la longévité. Les coureurs de fond sont moins sous le feu des projecteurs que les sprinteurs, mais ils ont du souffle.

RÉFÉRENCES :
Carole Fréchette, dramaturge : un théâtre sur le qui-vive, David Gilbert, Groupe Nota bene, janvier 2018
Si j'étais ministre de la culture..., Carole Fréchette, D’eux, illustrations de Thierry Dedieu, 2016

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