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Marie-Louise Arsenault
Audio fil du mercredi 19 avril 2017

« Le monde a besoin de solidarité et d’un peu moins d’égoïsme » - Tahar Ben Jelloun

Publié le

L'auteur marocain Tahar Ben Jelloun pose pendant une séance de photographie à Paris, en février 2017.
L'auteur marocain Tahar Ben Jelloun pose pendant une séance de photographie à Paris, en février 2017.   Photo : Getty Images / Joël Saget / AFP

L'écrivain, poète et peintre marocain Tahar Ben Jelloun – à qui l'on doit notamment L'enfant de sable, La nuit sacrée, Le racisme expliqué à ma fille et Le terrorisme expliqué à nos enfants – plaide en faveur d'un monde un peu plus généreux et empathique, notamment à l'endroit des réfugiés syriens. Celui qui a remporté le prix Goncourt en 1987 et qui vient d'intégrer la prestigieuse collection Quarto, chez Gallimard, répond au questionnaire « Le monde vu par » de l'équipe de Plus on est de fous, plus on lit!

Comment va le monde aujourd’hui, selon vous?
Il va mal, comme d’habitude. Il y a eu des périodes où le monde allait beaucoup plus mal. À ce sujet, je pense à nos parents et à nos grands-parents, qui ont vécu la Deuxième Guerre mondiale et tout ça. Aujourd’hui, il y a des guerres un peu partout. Il y a de la violence, des injustices, de la corruption. Il y a aussi des aberrations démocratiques, comme Trump.

ÉCOUTEZ ICI la portion de l'entrevue avec Tahar Ben Jelloun où il parle de son enfance au Maroc et de son arrivée en France, dans les années 1970.

Quelle nouvelle a retenu le plus votre attention, ces jours-ci?
Aujourd’hui, la nouvelle la plus terrible, c’est ce salopard, Bachar Al-Assad, qui a gazé encore une fois sa population civile, des enfants. C’est l’horreur absolue.

Si j’avais le pouvoir magique, je prendrais cet homme et je le ferais juger par un tribunal d’enfants. Et ils feront de lui ce qu’ils veulent après. Je suis contre la peine de mort. Mais si ces enfants veulent le découper en petits morceaux, je ne les arrêterais pas.

Tahar Ben Jelloun, au sujet de Bachar Al-Assad

Comment vous informez-vous?
Par Internet, par la télé et par la radio. J’avoue que je ne lis plus la presse écrite. Je n’ai plus confiance. En plus, en France, on a une presse écrite qui rabâche les mêmes choses. Je n’aime pas les commentaires. Pour la Syrie, je me renseigne beaucoup sur RFI, qui est une excellente radio. Je suis très bien informé par cette radio, qui me renseigne sur le monde extérieur.

Qu’est-ce qui manque dans les médias d’information?
Il manque un peu plus de rigueur.

ÉCOUTEZ ICI la portion de l'entrevue avec Tahar Ben Jelloun où il répond au questionnaire « Pourquoi j'écris. »

De quoi ne parle-t-on pas assez?
On ne parle pas assez du peuple palestinien, qui est en train d’être colonisé par l’État d’Israël. Et on en train de lui manger tous les jours ses maisons et ses terres. Et les Israéliens ont réussi à faire de l’opposition à la politique israélienne de l’apartheid. Ils ont réussi à en faire de l’antisémitisme. Quand on critique Israël, on fait de l’antisémitisme. Et ça, c’est de la mauvaise foi et c’est dégueulasse.

De quoi parle-t-on trop?
Des chanteurs, des vedettes, de rien du tout. De la téléréalité. C’est sans aucune importance, sans aucune profondeur et ça aussi, c’est dégueulasse.

Quel problème social vous préoccupe le plus?
En France, c’est le racisme. Le chômage aussi bien sûr. Ailleurs dans le monde, ce sont les injustices, le capitalisme barbare et sauvage qui réduit des millions de gens à la pauvreté et à la misère.

Quel pays ou quelle région du monde vous inquiète?
Le Proche-Orient.

Quel pays ou quelle région du monde vous inspire ou vous attire?
Les pays méditerranéens. J’aime le mode de vie méditerranéen. J’aime être en Italie, en Espagne. Je trouve qu’il y a encore le plaisir de perdre du temps, de faire la paresse. De ne rien faire, c’est bien.

Quel regard portez-vous sur nos dirigeants?
Ça dépend. Le Canadien, Justin Trudeau, je l’aime bien. Il est sympa.

Trump est une erreur de l’histoire, mais ça, tout le monde le dit.

Tahar Ben Jelloun

De quel leader devrait-on parler plus souvent?
Du roi du Maroc, Mohammed VI, parce que c’est un homme qui fait exactement le contraire de ce que fait son père. C’est-à-dire que c’est un homme qui aime son pays, qui le développe énormément. Et qui fait tout pour y introduire du progrès et la modernité. C’est un grand chef d’État. Je l’aime beaucoup et je le soutiens publiquement. C’est un homme qui fait vraiment énormément pour le peuple marocain.

Quel politicien vous déçoit?
En France, ils sont tous décevants. Je n’attends rien des hommes politiques en général. S’ils sont élus démocratiquement, il faut qu’ils fassent le travail, c’est tout.

Le président français, Nicolas Sarkozy, décore en 2008 l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun en tant qu’officier de la Légion d’honneur lors d’une cérémonie à Paris.
Le président français, Nicolas Sarkozy, décore en 2008 l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun en tant qu’officier de la Légion d’honneur lors d’une cérémonie à Paris. Photo : Getty Images/Philippe Wojazer/AFP

Si vous étiez un dirigeant, à quel dossier vous attaqueriez-vous en priorité?
Jamais je ne serai un homme politique. Jamais.

De quoi le monde a-t-il besoin en ce moment?
Il a besoin de générosité, de solidarité.

Le monde a besoin d’un peu moins d’égoïsme; que les gens s’aident entre eux; qu’ils se tendent la main. Qu’ils acceptent les gens qui sont en difficulté, comme les réfugiés syriens, qu’on les accueille. Qu’on soit généreux. Qu’on voit la vie comme un passage et que de toute façon, on n’a jamais vu un corbillard plein d’argent suivre un milliardaire. Le monde a besoin de plus de sagesse.

Tahar Ben Jelloun

Êtes-vous optimiste ou pessimiste quant à l’avenir?
Je suis optimiste. C’est une décision politique.

Qu’est-ce qui pourrait mener le monde à sa perte?
La corruption à toutes les échelles.

Qu’est-ce qui pourra sauver le monde? Qu’est-ce qui vous donne de l’espoir?
L’éducation et la culture.

Que pensez-vous de Vladimir Poutine?
C’est un assassin du peuple syrien.

Que pensez-vous de Justin Trudeau?
Il est jeune, il est sympathique, il est intègre, il n’est pas corrompu, il essaie de faire de bonnes choses pour son pays. Je ne le connais pas bien, par contre.

Que pensez-vous de François Hollande?
C’est un homme fort. Mais qui n’écoute pas les autres.

Que pensez-vous d’Angela Merkel?
Quand je la vois, je pense toujours à sa vie au moment où elle était jeune. Dans l’Allemagne de l’Est, où elle a dû souffrir du manque de liberté, du manque de tout. Et aujourd’hui, qu’elle soit à la tête de l’Allemagne, c’est une femme remarquable.

Je ne suis pas d’accord avec toutes les politiques d'Angela Merkel, mais je lui dis bravo d’avoir accueilli 1,3 million de réfugiés.

Tahar Ben Jelloun

Références :
L'enfant de sable, Tahar Ben Jelloun, Éditions Gallimard, 1985
La nuit sacrée, Tahar Ben Jelloun, Éditions Gallimard, 1987
Le racisme expliqué à ma fille, Tahar Ben Jelloun, Les Éditions du Seuil, 1998
Le terrorisme expliqué à nos enfants, Tahar Ben Jelloun, Les Éditions du Seuil, 2016

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