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Marie-Louise Arsenault
Audio fil du mercredi 6 décembre 2017

Abus de pouvoir : « Changeons le système, avant tout »

Publié le

Illustration montrant un homme fort et musclé tirer par le collet un homme plus petit que lui, qu'il tient suspendu dans les airs et contre lequel il brandit son poing.
2017, une année de dénonciations des abus de pouvoir   Photo : iStock

L'année 2017 aura tristement été celle du harcèlement et de l'abus de pouvoir. Pour que ça ne se reproduise plus, on peut certes écarter les individus fautifs, mais peut-être faut-il se questionner davantage sur un système qui semble les encourager. Est-ce le pouvoir, en soi, qui corrompt? Une vaste discussion avec les professeurs Xavier Brouillette et Guillermo Aureano, et l'ex-ministre Monique Jérôme-Forget.

Après les dénonciations, voici venu le temps de la réflexion. Aux yeux de Guillermo Aureano, chercheur au Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM), il est essentiel de réfléchir maintenant au système dans lequel ont été commis les abus sexuels et autres inconduites, pour tenter de comprendre par quels mécanismes structurels ces abus prennent forme.

Certes, les hommes ont des comportements individuels déplorables qu'il faut dénoncer, mais dans les cas hollywoodiens de cette année, il nous faut considérer tout le contexte : le star-system, la manière dont sont produits les films, la hiérarchie mise en place. L’abus de pouvoir va au-delà de l’individu; il est encouragé par un système.

Guillermo Aureano
Guillermo Aureano, chercheur au Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM)
Guillermo Aureano, chercheur au Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM) Photo : Radio-Canada/Philippe Couture

Dans de nombreux milieux, les hommes s'arrogent un pouvoir qui ne leur sied guère, confondant les notions de pouvoir et d'autorité, pense le philosophe Xavier Brouillette. « Le pouvoir ne peut, à l’inverse de l’autorité, s’exercer seul ou de manière musclée et unilatérale : il implique la force du nombre. Exercer son pouvoir, du moins selon la définition antique, c'est surtout utiliser la persuasion. Le pouvoir ne peut s’exercer ni par coercition ni par violence, il se fonde sur la parole partagée et la mise en débat, où il s’agit de persuader. De nos jours, tout le monde confond ces deux notions, et c'est davantage en se croyant investis d'autorité que des hommes commettent des abus. »

Des limites claires

Le pouvoir, Monique Jérôme-Forget l'a exercé elle-même au sein du gouvernement libéral, notamment en tant que ministre des Finances. Elle assure que, malgré de possibles abus, il est rare qu'un pouvoir autoritaire soit toléré au sein de nos institutions démocratiques.

Une chose est sûre : si on exerce un pouvoir que les gens n’acceptent pas, ce pouvoir sera vite renversé. Il faut s’assurer que les décisions prises en situation de pouvoir collent à un besoin dans la société. Je peux vous dire qu'autrement, le pouvoir n'a pas d'incidence.

Monique Jérôme-Forget

L'ancienne ministre demeure convaincue que l'homme est en quête de pouvoir, surtout parce que ce pouvoir donne la capacité « d'agir et de changer la société ». Certes, répond Guillermo Aureano, « mais ce n'est pas la seule motivation de la quête de pouvoir. Certains hommes de pouvoir se sentent investis d'une volonté divine, d'autres agissent par opportunisme, d’autres par sadisme. »

Des sociétés qui ont éliminé le pouvoir

Le pouvoir est-il indispensable à la bonne marche d'une société? Pas nécessairement, dans les plus petites communautés. Xavier Brouillette évoque l'exemple de certains peuples d'Amazonie au sein desquels « le chef n’a aucune autorité et dont le rôle est de rassembler la communauté, qui, elle, détient le pouvoir ».

Xavier Brouillette, professeur de philosophie au Cégep du Vieux-Montréal
Xavier Brouillette, professeur de philosophie au Cégep du Vieux-Montréal Photo : Radio-Canada/Philippe Couture

« L'autre modèle remarquable de société qui a décidé de refuser le pouvoir, ce sont les kibboutz en Israël, explique Guillermo Aureano. On tente aussi d'y vivre en dehors des codes du capitalisme, sans argent. La ville libre de Christiania, au Danemark, a aussi longtemps été exemplaire en matière de leadership non autoritaire. Il semble toutefois que l'aventure soit maintenant en train de se terminer à cause d'un certain épuisement générationnel. »

Quelques livres à lire pour approfondir le sujet :
Le règne et la gloire :Homo sacer II, de Giorgio Agemben, Seuil, 2008
La crise de la culture, d'Hannah Arendt, Gallimard, 1972
La condition de l'homme moderne, d'Hannah Arendt, Gallimard, 1958
Le vocabulaire des institutions indo-européennes, d'Émile Benveniste, Éditions de Minuit, 1969
La société contre l'État, de Pierre Clastres, Éditions de Minuit, 1974
La cité divisée, de Nicole Loraux, Payot, 1977
La mésentente : Politique et philosophie, de Jacques Rancière, Galilée, 1995
La poétique, d'Aristote
Le prince, de Machiavel
Surveiller et punir, de Michel Foucault, Gallimard, 1975
Classes sociales et pouvoir : Les théories fonctionnalistes, de Nicole Laurin-Frenette, Presses de l'Université de Montréal, 1978
Le 18 brumaire de Louis-Bonaparte, de Karl Marx
Mémoire d'Hadrien, de Marguerite Yourcenar, Plon, 1951
Une chambre à soi, de Virginia Woolf, 1929
Le guépard, de Tomasi di Lampedusa

Dans les médias :
Le Time a élu comme personnalités de l'année « ceux qui ont brisé le silence »
« Harcèlement : quand le pouvoir corrompt », par Noémi Mercier, L'actualité, 21 novembre 2014

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