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Marie-Louise Arsenault
Audio fil du mardi 28 mars 2017

La pétrolière Total et ces autres multinationales qui ont trop de pouvoirs

Publié le

L'auteur et philosophe Alain Deneault signe un ouvrage très critique à l'endroit des multinationales comme Total.
L'auteur et philosophe Alain Deneault signe un ouvrage très critique à l'endroit des multinationales comme Total.   Photo : Radio-Canada / Pascal Michaud / Éditions Écosociété

« Les multinationales sont devenues des pouvoirs autonomes, des formes particulières de souveraineté », déplore Alain Deneault, auteur de l'ouvrage De quoi Total est-elle la somme? Multinationales et perversion du droit. À partir du cas de la pétrolière française Total, présente aujourd'hui dans 125 pays, le philosophe montre comment ce ne sont plus les États qui encadrent l'activité de ces gigantesques entreprises, mais plutôt l'inverse.

Au-delà du cas de Total, Alain Deneault souhaite mettre en lumière l’existence et le mode de fonctionnement de plusieurs autres de ces multinationales, qui réussissent à pervertir le droit par toutes sortes de moyens pour arriver à leurs fins.

Ce qui m’a intéressé, c'est le rapport qu’elles entretiennent au droit et la façon qu’elles ont de créer de la loi, indépendamment de l’activité des législateurs.

Alain Deneault

Selon Alain Deneault, le pouvoir des multinationales est néfaste, en ce sens qu’il établit avec les États un rapport de force avantageux sur le mode de la collusion, de la corruption et du chantage.

Une plateforme de forage de la pétrolière Total en mer du Nord, en Europe
Une plateforme de forage de la pétrolière Total en mer du Nord, en Europe Photo : Getty Images/Jonathan Nackstrand (AFP)

« Soit on fait peur, soit on séduit et on flatte, selon qui est face à nous. De toute façon, on arrive à établir un rapport qui est au profit de structures – les multinationales », observe-t-il.

« On pourrait bien s'en passer »
Alain Denault qualifie de véritables « problèmes » les multinationales. « La solution est dans la dissolution des multinationales. […] On n’en a pas besoin. On n’a pas besoin de multinationales pour boire des boissons sucrées, pour manger des sandwichs, pour s’habiller et pour avoir de l’énergie. On pourrait bien s’en passer », dit-il.

La seule perspective qu’on peut se donner, c’est de se dire que ces pouvoirs sont des géants au pied d’argile, ce sont des structures fragiles aux à-coups et aux ressacs boursiers. [...] Il y aura peut-être un moment dans l’histoire où une fenêtre de tir se dégagera, et on pourra développer sur un mode majeur des formes de partage et de solidarité et d’entraide plutôt que de se livrer à cette idéologie de la concurrence qui concourt à notre perte.

Alain Denault

Référence :
De quoi Total est-elle la somme? Multinationales et perversion du droit, Alain Deneault, Les Éditions Écosociété, 2017

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