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Marie-Louise Arsenault
Audio fil du jeudi 11 février 2016

Xavier Dolan : pourquoi j’écris

Publié le

Suzanne Clément, Xavier Dolan et Anne Dorval lors du tournage de <i>Mommy</i>
Suzanne Clément, Xavier Dolan et Anne Dorval lors du tournage de Mommy Photo : Shayne Laverdière

L'écriture et la parole occupent une place centrale dans la vie de Xavier Dolan. « J'aime répondre, j'aime écrire, j'aime m'exprimer, je haïs la langue de bois », confie-t-il à Marie-Louise Arsenault en répondant à notre questionnaire « Pourquoi j'écris? ». L'acteur, réalisateur et scénariste lit aussi un extrait de la nouvelle qui a inspiré J'ai tué ma mère, en plus de discuter de la création de ses deux prochains films, Juste la fin du monde et The Death and Life of John F. Donovan.

Les réponses de Xavier Dolan à notre questionnaire « Pourquoi j'écris? »

À quel âge avez-vous écrit votre premier texte?
Déjà très jeune, je dirais avant l’âge de 10 ans, j’écrivais des synopsis de film sur l’ordinateur de ma tante. Je changeais parfois, par erreur, certains de ces réglages d’écriture ou d’Internet et ça la rendait folle.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire?
Je ne sais pas. J’ai toujours ressenti le besoin d’écrire. Mais il est devenu incontournable vers l’âge de 15, 16 ans. J’écrivais des poèmes, des nouvelles, je commençais des romans que je ne finissais jamais.

Je ne pourrais jamais me permettre d’écrire un film sur une classe sociale que je connais de loin ou de façon superficielle en la traitant avec un regard vertical […]. Les deux participent d’un misérabilisme qui m’écœure au cinéma. Je pense que c’est le grand fléau du cinéma moderne.

Xavier Dolan

Vos parents étaient-ils fiers de vous?
Je n’arrive pas à savoir s’ils étaient fiers de moi avant J’ai tué ma mère. Je ne saurais dire.

Pourriez-vous nous lire un extrait d'un texte de jeunesse?
Le matricide, une nouvelle ayant inspiré J’ai tué ma mère.

 

Qui vous a donné confiance?
Mon ex-belle-mère, Camille, sa sœur Odile et ma prof de français Eve Cloutier. Je ne sais pas si elles m’ont donné confiance, mais elles m’ont donné le goût de la culture, surtout. Ma tante Julie, entre autres, m’a donné confiance.

Quel est le meilleur conseil qu'on vous ait donné?
Apprendre à se taire. Choisir ses combats.

Il faut apprendre à fermer sa gueule. C’est bien parfois de se taire et de laisser aller, de choisir les moments où on intervient, et de voir ceux qui n’en valent pas la peine. 

À quel moment avez-vous compris que ça deviendrait votre métier?
J’ai toujours voulu toucher à tout, mais je crois que je l’ai toujours su, depuis l’âge de 4 ans.

Quel autre métier avez-vous exercé?
Aucun. J’ai tenté de travailler pour HMV après avoir entendu dire que Marc-André Grondin y travaillait avant C.R.A.Z.Y. Comme je ne travaillais pas et avais besoin d’argent, j’y suis allé pour une entrevue. Je n’avais aucune culture musicale et ça a été infernal.

Quel sentiment avez-vous éprouvé lorsque vous avez vu votre première œuvre publiée?
Un sentiment de fierté. Je pense que le but, le rêve d’un artiste, est la postérité. De pouvoir laisser une trace, oui, mais que son œuvre et son travail soient appréciés plus immédiatement, dans son époque.

Qu'est-ce qui vous comble le plus dans votre travail?
Les rencontres, particulièrement celles avec les acteurs.

Dans tout ce que vous avez écrit, de quoi êtes-vous le plus fier?
La scène de la tarte aux pommes dans Mommy. Et je dirais le scénario de Juste la fin du monde.

La phrase, le dialogue ou le texte dont on vous a le plus parlé?
Les monologues des femmes dans mes films, leurs pavés revendicateurs, criards, leurs coups de gueule, leurs explosions : Anne dans J’ai tué ma mère quand elle s’adresse au directeur d’école, Suzanne dans Laurence anyways quand elle engueule Denise Filiatrault, Anne et Suzanne dans Mommy, qui, cette fois-ci dans le calme, se parlent de la tarte aux pommes, à défaut de se parler des vraies choses…

Écrivez-vous à voix haute?
Je lis toujours les répliques des personnages oui, et je les teste avec mes amis, donc à voix haute, afin de me les mettre en bouche et de vérifier leur crédibilité, et pour voir si elles marchent ou ne marchent pas, si elles sont surécrites ou trop ampoulées, etc.

Un mot ou un signe de ponctuation que vous affectionnez particulièrement, que vous aimez écrire?
J’ai un penchant pour les sacres, au grand dam de ma grand-tante et de tous les puristes de la langue française. J’adore la langue française, mais je fais des films sur des humains, et une certaine classe sociale aussi, parfois plus lettrés, parfois moins. Je ne fais pas de documentaires sur Marie-Éva de Villers.

Avez-vous déjà été censuré?
Je ne sais pas. Je ne me souviens pas. Ça n’a pas dû bien se passer.

Êtes-vous sensible aux commentaires, aux critiques ou au regard des autres?
Oui. Je lis tout. Avec le temps, on apprend à laisser de côté la haine pure et inutile, et à conserver les critiques parfois douloureuses, mais essentielles pour s’améliorer et changer.

Pourquoi ou pour qui écrivez-vous?
J’écris pour moi, pour mes amis, pour Anne Dorval, pour Suzanne, pour ma famille. En gros, pour une douzaine de personnes, que je cherche à faire rire, à émouvoir ou à impressionner.

Comment imaginez-vous votre public?
J’aime imaginer qu’ils sont différents les uns des autres. Qu’ils n’aiment pas tous mes films, forcément. Ce sont les publics les plus difficiles à convaincre et à séduire, les plus impropices, disons, qui sont les plus satisfaisants à séduire.

Avez-vous été étonné par certaines perceptions qu’on avait de votre travail?
Maintes fois, et encore et toujours.

Un lieu ou une ville qui vous inspirent?
Londres et New York.

Avez-vous expérimenté la création sous l'emprise de l'alcool ou de la drogue?
Oh oui.

En vous relisant, à jeun, vous êtes-vous trouvé bon?
Ça dépend.

Quel serait l’honneur qui vous comblerait le plus?
Gagner un prix d’interprétation. Mais si vous parlez d’un point de vue artistique, et non matérialiste, parce que je ne sais pas comment interpréter votre question, je dirais être reconnu en tant qu’acteur, et comme un bon acteur, et jouer auprès d’actrices qui m’inspirent.

C'est sûr que la Palme d'or, ce serait pas pire!

Comment souhaiteriez-vous que l’on se souvienne de vous?
Comme quelqu’un qui a changé les choses. Je sais que c’est ambitieux, mais je ne pourrai pas me contenter dans ma vie d’être un artiste qui se regarde le nombril. Je fais généralement des films sur des sujets et des problématiques que je critique, parfois de façon plus impliquée, parfois juste superficiellement, mais j’aimerais qu’on dise que certains de mes films ont changé les mentalités, bousculé certains mythes ou a priori.

L'affiche de Juste la fin du monde :

 

À propos

Cet automne, Marie-Louise Arsenault a une demi-heure de plus chaque jour pour parler de mots et de textes. Ce magazine littéraire accorde de la place à toutes les formes d'écriture et de prise de parole. Il y est autant question de romans, d'essais, de poésie et de bandes dessinées que d'écriture de théâtre, de cinéma et de musique, de pamphlets, de blogues et de livres pratiques!

L'animatrice propose un rendez-vous chaleureux et décontracté qui ne manque pas d'inclure une partie critique et contestataire. Les habitués retrouveront avec plaisir le club de lecture du lundi et le cabaret du vendredi.

Au chapitre des nouveautés, il faut souligner l'analyse de textes de chansons avec Brendan Kelly et Marie Hélene Poitras; la rubrique « Cher journal », dans laquelle une personnalité accepte de lire un extrait de son journal personnel; l'analyse de textes sacrés; le sens premier d'un mot et la chronique d'Alain Farah sur les ovnis littéraires!

Équipe

Animation : Marie-Louise Arsenault
Recherche : Maude Paquette, Noémie Désilets, Raed Hammoud, Marie-France Lemaine et Claudie Émond
Club de lecture : Jean Fugère, Émilie Dubreuil, Ogden Ridjanovic, Marc Coiteux, Biz, Luis Clavis, Anne-Marie Cadieux, Ludmila Proujanskaïa et Daniel Turcotte
Assistance à la réalisation : Michèle Bélisle
Réalisation : Joanne Bertrand
Site Internet : Olivier Paradis-Lemieux, Mathieu Arsenault et Christian Côté
Recherche musicale : Antonello Di Domenico
Habillage sonore : Philippe Roberge

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