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Rebecca Makonnen
Audio fil du mercredi 6 septembre 2017

Les vies culturelles du quartier montréalais Hochelaga

Publié le

L'oeuvre «Commencement d'orage à Hochelaga» est peut-être la plus connue d'une série de toiles de Marc-Aurèle Fortin qui dépeignent le quartier Hochelaga.
L'oeuvre «Commencement d'orage à Hochelaga» est peut-être la plus connue d'une série de toiles de Marc-Aurèle Fortin qui dépeignent le quartier Hochelaga.   Photo : Marc-Aurèle Fortin / Musée des Beaux-Arts de Montréal

Hochelaga était au départ un village autochtone. Depuis, le quartier est devenu un quartier ouvrier, puis trash, qui s'est ensuite embourgeoisé et métissé. Le journaliste Félix B. Desfossé revient sur la représentation d'Hochelaga dans l'art au fil du temps.

Hochelaga, quartier ouvrier
Les premières représentations du quartier en tant que bourgade ouvrière sont peut-être ses plus belles. L’un des plus grands peintres paysagistes au Canada, Marc-Aurèle Fortin, a créé près d’une centaine de toiles représentant Hochelaga au cours des années 20 à 50. Commencement d’orage à Hochelaga est peut-être la plus connue de cette série. Elle peut être vue au Musée des beaux arts de Montréal.

En musique, l’une des premières occurrences d’Hochelaga se trouve dans le répertoire du chanteur folk canadien Wade Hemsworth (né en Ontario en 1916, décédé en 2002). Au cours des années 60, Hemsworth déménage à Montréal. Bien que ses chansons n’aient pas été enregistrées à l’époque – il faut attendre la fin des années 70, puis les années 90 avant de les trouver sur disque –, on peut supposer que c’est lors de cette période qu’il compose sa pièce intitulée Montreal.

Dans ce morceau, il fait référence particulièrement à Hochelaga, dans un franglais coloré : « terre du mélange des fleuves, Hochelaga my home », chante-t-il.

Dans la culture populaire, la notion de quartier ouvrier pour décrire Hochelaga se cristallise avec la série télévisée Rue des Pignons, diffusée sur les ondes de Radio-Canada à partir de 1966.

Hochelaga, royaume trash
Au cours des années 70, l’est de Montréal, de manière très large, commence à être dépeint comme un lieu dur, pauvre, délabré. Dans la poésie de la contre-culture, cette conception de l’est est omniprésente, que ce soit chez Denis Vanier, Josée Yvon ou Lucien Francoeur. Le roman Le cassé, de Jacques Renaud (1964), est probablement le grand précurseur de cette vision de la culture de l’est de Montréal. Le roman impose le joual à la littérature québécoise d’une manière crue et réaliste.

LE poète de la contre-culture qui incarne le mieux Hochelaga est probablement Mario Campo qui, à la fin des années 70, se mêle à la culture punk, puis new wave. Méconnu, mais encensé par ses contemporains, Campo est un authentique rebelle. Sa réalité est celle des toxicomanes, des itinérants, de la rue, mais aussi de l’art de performance, du choc culturel.

Ce Hochelaga trash s’impose dans les milieux undergrounds. Au cours des années 90, le groupe WD-40 célèbre régulièrement l’est de Montréal. Dans sa chanson Je reviens de l’est, le chanteur Alex Jones dresse un portrait décadent des quartiers défavorisés de l’est d’une manière décomplexée.

Au cours des années 2000, Bernard Adamus reprend le flambeau d’une façon tout aussi assumée, particulièrement dans sa chanson Rue Ontario. Hochelaga, sous ses traits les plus rugueux, est aussi présenté au cinéma dans Hochelaga (Michel Jetté, 2000) et Le ring (Anaïs Barbeau-Lavalette, 2007). Anaïs Barbeau-Lavalette a ensuite écrit le roman Je voudrais qu’on m’efface, qui présente le même univers comme trame de fond.

Embourgeoisement
Dans Hochelaga, le logement est abordable. Les artistes moins nantis peuvent s’y loger. Au tournant des années 2010, certaines œuvres détonnent de la réalité défavorisée du quartier, reflétant un certain raffinement culturel. Cette tendance concorde avec l'embourgeoisement du quartier, où les petites boutiques très branchouillardes viennent tranquillement remplacer les « mom and pop stores ».

C’est dans ce Hochelaga que Philippe B commence la création de son grand album, son chef-d’œuvre, Variations fantômes, lancé en 2011. Après une rupture amoureuse, il va le terminer à Villeray, mais le quartier ne fait pas moins partie du processus de création de l’album.


On doit aussi citer, le roman Le jeu de la musique, de Stéfanie Clermont, paru en août 2017, qui raconte l’histoire d’un jeune homme qui se suicide dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve après avoir passé les années 2010 avec un groupe d’étudiants et d'amis marginaux, militants et féministes.

Hochelag’ métissé
Le quartier ouvrier francophone est maintenant un quartier cosmopolite où moult origines et langues se côtoient. Snail Kid, du groupe Dead Obies, et son frère Jam, du collectif K6A, grandissent dans Hochelaga. Leur père, Robin Kerr, est originaire de Jamaïque. Guitariste ressortissant du milieu reggae, il s’allie à ses fils pour créer la formation Brown, qui mélange rap, dancehall, reggae et musique acoustique.

Et l’avenir musical d’Hochelaga appartient probablement à Mike Shabb, un jeune rappeur et producteur de rythmes de 19 ans qui est considéré par plusieurs comme le prochain produit montréalais exportable vers les États-Unis dans le monde du hip-hop. Il est installé dans Hochelaga et met le quartier en avant dans ses clips et dans ses paroles.

Aujourd'hui, 375 ans après la fondation de Montréal, Hochelaga est la terre du mélange des fleuves et des origines, une terre d’accueil pour la classe ouvrière, pour le commun des mortels.

Dans la programmation officielle du 375e anniversaire de Montréal, le film Hochelaga : terre des âmes était présenté en avant-première à Montréal le 6 septembre. Le long-métrage de François Girard doit être présenté au Festival de film international de Toronto (TIFF) et sortira ensuite en salle au Québec.

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