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Catherine Perrin
Audio fil du jeudi 17 août 2017

Comment la culture occidentale contribue à la dépression

Publié le

Dr Marie-Ève Cotton et Marcelo Otero au micro de Stéphan Bureau
Dr Marie-Ève Cotton et Marcelo Otero   Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

Et si les pressions de performance et de productivité des sociétés nordiques modernes étaient la cause réelle de la dépression? Selon la psychiatre Marie-Ève Cotton et le sociologue Marcelo Otero, nos manières de vivre enseignent autant le vocabulaire de la souffrance que la souffrance elle-même. Ils discutent avec Stéphan Bureau du lien indéniable entre psychisme et société.

Si vous avez un pays où la tuberculose fait rage, vous prescrivez de la pénicilline et, des années après, la prévalence [de la maladie] diminue. Avec la dépression, c’est le contraire : on n’a jamais été aussi déprimés, on n’a jamais pris autant d’antidépresseurs. Une question doit se poser : d’où vient la dépression?

Marcelo Otero

« Avant, c’était la névrose, l’hystérie, etc. Historiquement, ces problèmes suivent une courbe très particulière : ils apparaissent, ils deviennent épidémiques et, après, ils se perdent un peu dans la brume, explique Marcelo Otero. Regardez l’hystérie au 19e siècle, il est impossible de [la] comprendre sans comprendre la rectitude sexuelle [imposée aux] femmes. [C’est la même chose pour] la névrose avec Freud. Si vous enlevez la famille classique – hiérarchique, machiste, répressive de la sexualité, etc. –, vous n’avez pas de névrose; cela n’a pas de sens. Si vous enlevez à la dépression l’exigence de performance qu’on vit tous, peu importe le groupe d’âge, les mots et la grammaire de la dépression tombent. »

Il dit aussi : « La souffrance, telle qu’on la conçoit aujourd’hui, a changé de manière [prononcée] en qualité et en quantité. Aujourd’hui, on souffre beaucoup plus psychologiquement. Le territoire de la souffrance s’est étendu de manière énorme. La dépression est le noyau dur, le noyau le plus médicalisé et le plus diagnostiqué. »

L’évolution des mentalités n’explique pas tout
« Il peut y avoir, dans une certaine mesure, une possibilité qu’avant [la dépression] était peu connue, peu diagnostiquée, que les gens n’osaient pas en parler, mais je ne pense pas que cela explique l’ampleur de cette croissance-là. D’où l’importance d’avoir une réflexion sociale, affirme Marie-Ève Cotton. Est-ce qu’il n’y aurait pas quelque chose dans notre façon de vivre, dans le modèle actuel de société, qui est beaucoup organisée autour du capitalisme, donc [autour de] la performance et de la productivité? Les [exigences] sont devenues très, très élevées pour se définir dans une individualité, pour performer, pour être productif, pour être rayonnant, et très peu de gens arrivent à produire tout cela. La plupart se retrouvent avec un sentiment d’insuffisance, d’incompétence, de ne pas être dans la course. »

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