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Animatrice Sophie-Andrée Blondin
Audio fil du dimanche 22 octobre 2017

Une cause de la dyslexie trouvée dans la rétine

Publié le

Clavier d'ordinateur noir avec des touches mal disposées, pour illustrer la dyslexie.
La dyslexie affecterait 700 millions de personnes, selon l'Organisation mondiale de la santé   Photo : getty images/istockphoto / tony4urban

Si de nombreux scientifiques soutiennent que la dyslexie est d'origine neurologique, deux physiciens spécialistes de l'optique viennent de pousser l'explication plus loin. La partie de l'œil qui permet au cerveau de sélectionner un œil dominant serait identique dans les deux yeux chez les dyslexiques. La découverte est prometteuse pour le traitement de ce trouble de la lecture, selon Albert Le Floch, un des deux physiciens qui ont mené l'étude.

Il y a un cerveau, mais il y a deux yeux. Les deux yeux ne transportent pas tout à fait la même information : le cerveau doit donc déterminer ce qui vient d’un œil ou de l’autre.

Albert Le Floch, physicien

Albert Le Floch et Guy Ropars ont mis au point la méthode afterimage, qui permet de détecter la dominance oculaire. Lors d’une expérimentation sur plusieurs groupes d’élèves, ils ont découvert que les sujets dyslexiques n’avaient pas d’œil dominant.

Anatomie de l’œil dyslexique
Pour comprendre cette anomalie, ils ont cherché au fond de la rétine, plus précisément dans la fovéa. La moitié des fibres qui vont au cerveau viennent de cette région de l’œil, qui mesure un millimètre carré. Les optométristes la connaissent bien; elle est notamment utile pour mesurer la qualité de la vue.

Sur la fovéa, des cônes bleus, rouges et verts permettent de distinguer les couleurs. Toutefois, chez l’humain, les cônes bleus sont plus nombreux que les rouges. Pour remédier à ce problème, une petite zone nommée centroïde de la tache de Maxwell ne comporte aucun cône bleu. Pour Albert Le Floch et Guy Ropars, le contour de cette tache est très important. Sur l’œil dominant, le centroïde est rond, tandis que, sur l’autre œil, son contour est imprécis, comme un ballon déformé. Or, chez les dyslexiques, les deux centroïdes sont ronds : le cerveau reçoit alors deux images dominantes.

Si vous avez deux yeux qui amènent la même valeur d’image, c’est le cerveau qui est embêté : il passe son temps à sauter d’une image à l’autre.

Albert Le Floch, physicien

Effet miroir : « b » ou « d »?
Au cœur de cette confusion, le cerveau du dyslexique a un problème important. Il voit à la fois l’image et son miroir, ce qui pourrait expliquer pourquoi il confond des lettres comme « b » et « d ».

Albert Le Floch explique que, lorsqu’un « b » se forme sur un hémisphère du cerveau, son image est aussi envoyée à l’hémisphère opposé. Lors du passage, l’image se renverse. Elle est ensuite acheminée au cerveau central, mais avec un retard de dix millisecondes sur l’image principale.

Normalement, le cerveau rejette l’image miroir, qui est de moindre qualité. Toutefois, le dyslexique voit les deux images parce qu'il a deux yeux dominants. « L’image miroir, que le cerveau peut éliminer parce qu’elle est un peu moins bonne, a la même valeur [que l'image principale] chez le dyslexique », précise le physicien.

Découverte prometteuse
Albert Le Floch et Guy Ropars ont mis au point une technique pour contrer cet effet miroir problématique. Comme l’image miroir prend 10 millisecondes de plus que l’image principale pour se rendre au cerveau central, ils ont découvert qu’un éclairage de style stroboscopique pourrait offrir une solution.

Si l'on module la lampe et que l’on utilise ces millisecondes pour atténuer la force de l’image miroir, le cerveau est capable de l’éliminer. La lecture devient normale.

Albert Le Floch, physicien

Le Floch et Ropars demeurent prudents quant aux effets bénéfiques de leur découverte sur le quotidien des dyslexiques. Cependant, ils soutiennent n’avoir rencontré aucun contre-exemple parmi les 30 étudiants dyslexiques qui ont participé à l’expérience. Les résultats de leur étude viennent d’être publiés dans la revue britannique Proceedings of the Royal Society.

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