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Animatrice Sophie-Andrée Blondin
Audio fil du dimanche 15 octobre 2017

Professeurs automates

Publié le

Un robot écrit sur un tableau avec une craie.
Certains pays comme le Japon étudient les interactions entre les robots et les élèves dans un contexte scolaire.   Photo : getty images/istockphoto / charles taylor

De nombreux projets pilotes pour étudier l'utilisation des robots dans un contexte éducatif ont vu le jour en Asie ces dernières années. Marie-Hélène Parizeau, professeure de philosophie à l'Université Laval, aborde les questions éthiques qui découlent de cette nouvelle forme d'influence de la technologie sur le développement affectif des enfants.

La professeure de philosophie définit les robots selon quatre caractéristiques : ils ont une certaine mobilité, interagissent, communiquent et sont autonomes. On voit maintenant l’utilisation de la robotique dans de nombreux domaines, que ce soit pour des raisons industrielles ou militaires ou bien pour des activités de surveillance, ou encore dans un contexte domestique.

À l’école
L’éducation des enfants semble aussi être un terreau fertile pour certains scientifiques japonais. Marie-Hélène Parizeau donne en exemple un projet pilote qui étudie l’utilisation de robots pour l’apprentissage d’une langue seconde, toujours dans un contexte expérimental. Ces robots de forme humanoïde répètent des mots et des phrases, l’objectif étant de renforcer la motivation des élèves.

Un autre projet pilote utilise le robot pour expliquer des concepts mathématiques complexes. Ici, la tâche de stimuler la compréhension d’un processus scientifique est déléguée à la machine.

Relation élève-robot
Qu’observe-t-on chez ces enfants? Certains élèves attribuent des caractéristiques cognitives, comportementales et affectives aux robots qui leur enseignent. Une minorité d’enfants développe même un attachement affectif à leur égard.

Marie-Hélène Parizeau cite une autre étude réalisée au Japon qui démontre que les élèves se permettent de désobéir au robot, alors que dans la culture japonaise, les enfants ne refusent rien à leurs parents.

La question de l’utilisation des robots dans [le domaine de] l'éducation est un enjeu culturel, parce que l'éducation est enracinée dans une culture donnée et qu’elle engage [non seulement] la transmission et la construction des connaissances, mais aussi des valeurs sociales.

Marie-Hélène Parizeau

Réactions mitigées
Ces enjeux éthiques sont accueillis différemment selon la région du monde. Dans la plupart des études expérimentales effectuées au Japon et en Corée du Sud, on observe que le robot s’inscrit facilement dans les traditions religieuses, en particulier au Japon dans la religion shintoïste. Son image est positive, sympathique, et son utilisation peut rendre harmonieuses les relations entre les êtres humains.

En Occident, par contre, la réaction est tout autre : 34 % des Européens sont en faveur de l’interdiction des robots en classe, tandis que seulement 3 % de la population considère cette évolution technologique en éducation comme une priorité.

Par ailleurs, les appréhensions quant à l’utilisation des robots sont nombreuses dans la culture populaire occidentale. Marie-Hélène Parizeau mentionne notamment le récit de science-fiction classique, où la machine se retourne contre les êtres humains.

Questions économiques, politiques et éthiques
Les coûts du développement de ces technologies sont considérables. L’utilisation des fonds publics et la gestion des priorités en éducation relève du politique. La question concerne donc les citoyens et les parents, selon Marie-Hélène Parizeau.

Sur le plan scientifique, on manque de données probantes. On n’arrive pas à évaluer dans quelle mesure les robots sont vraiment une aide pédagogique. Il faut explorer la question de l’attachement, qui pourrait transformer la relation de l’enfant aux adultes éducateurs.

Marie-Hélène Parizeau

Sur le plan éthique, il faut faire preuve de prudence et de responsabilité. « Parce qu’on a affaire à des enfants qui sont encore en croissance affective et intellectuelle, ils constituent donc un groupe plus vulnérable », précise la professeure de philosophie.

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