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L'animateur Mathieu Dugal
Audio fil du samedi 2 décembre 2017

Les enfants, instruments d’une usine à clics québécoise sur YouTube

Publié le

Une capture d'écran d'une vidéo de Toy Monster montrant Spider-Man en train d'empoigner le Joker par la tête, pendant que la princesse Elsa les regarde.
Les vidéos de la chaîne Toy Monster mettent en scène des personnages appréciés des enfants.   Photo : Toy Monster / YouTube

Si vos enfants ont déjà visité YouTube, il y a de fortes chances qu'ils soient tombés sur des vidéos de la chaîne Toy Monster. Avec un nombre d'abonnés avoisinant les neuf millions et des vidéos vues près de 10 milliards de fois, il s'agit de l'une des « usines à clics » les plus profitables de la plateforme. Et comme l'a découvert Frédéric Guindon, producteur de contenus numériques à Québecor, ceux qui sont derrière ces vidéos douteuses sont des Québécois.

L’enquête de M. Guindon commence de manière beaucoup plus candide que ne le laissent présager ses découvertes ultérieures. Ce sont ses propres enfants qui le mettent sur la piste de Toy Monster en regardant des vidéos sur YouTube au fil des recommandations de l’algorithme du site.

« Avec le temps, j’ai remarqué qu’ils tombaient souvent sur des vidéos d’adultes déguisés en Spider-Man et en Elsa qui se courent après dans un champ, se rappelle Frédéric Guindon. Ce qui a tout de suite attiré mon attention, c’est la quantité de vues que ces vidéos avaient. »

De la blague à l'enquête

Intrigué, M. Guindon décide alors de reproduire l’une de ces vidéos pour les besoins de son travail afin de « surfer » sur la vague de ces contenus viraux – et de faire rire les internautes au passage.

« Finalement, en faisant des recherches pour comprendre quels étaient les codes de ces vidéos, j’en ai regardé beaucoup et j’ai remarqué, dans l’arrière-plan d’une des scènes, un conteneur à déchets Matrec, qui est une entreprise québécoise. Les véhicules, les appartements et les maisons étaient aussi comme chez nous. »

Frédéric Guindon dans le studio de l'émission La sphère.
Frédéric Guindon a découvert que des Québécois se cachaient derrière l'une des usines à clics les plus profitables du web. Photo : Radio-Canada/Karl-Philip Vallée

Dès qu’il comprend que des Québécois sont derrière Toy Monster ainsi que plusieurs autres chaînes qui diffusent exactement le même contenu, il tente d’entrer en contact avec eux. À ce moment, il ne cherche pas à les confronter, mais plutôt à discuter du succès de leurs vidéos – qui battent tous les records d’audience sur YouTube pour des Québécois, indique-t-il.

Des créateurs de l'ombre

Toutes les tentatives de M. Guindon pour joindre les réalisateurs de ces vidéos sont restées sans réponse.

« Quand on fait des vidéos, pourquoi on les met sur YouTube? s’interroge Frédéric Guindon. Il y a plusieurs raisons possibles... Soit on veut devenir célèbre, soit on pense que notre contenu vidéo est pertinent d’un point de vue pédagogique ou pour l’intérêt public, [soit] on veut faire du profit. »

Des stratégies douteuses

En l’absence de signe de vie des responsables de la chaîne Toy Monster, M. Guindon penche pour la troisième raison : celle du profit. En effet, les vidéos mises en ligne par Toy Monster se ressemblent toutes, la plupart réutilisant les même scènes dans un ordre différent – en se servant du montage pour rallonger les vidéos.

« Ils tournent une nouvelle scène de deux minutes, qui prend peut-être un avant-midi à tourner et un après-midi à monter, mais ils ne la mettent pas en ligne telle quelle, explique Frédéric Guindon. Ils la rallongent artificiellement avec les scènes qu’ils ont tournées dans les semaines, les mois et même les années précédentes, pour qu’elles dépassent 10 minutes. »

Dix millons de dollars de profits?

Les vidéos de plus de 10 minutes offrent l’avantage pour leurs réalisateurs de se voir attribuer plusieurs publicités au lieu d’une seule, ce qui dégage plus de profits lorsqu’elles sont regardées. Comme les enfants représentent un auditoire captif et moins enclin à ignorer ces interruptions publicitaires, les profits de Toy Monster et de ses chaînes associées sont certainement faramineux, avance M. Guindon.

« C’est difficile d’évaluer avec précision l’argent qu’ils ont fait, mais je suis assez persuadé que c’est au-dessus d’un million de dollars, estime Frédéric Guindon. C’est peut-être dans les dizaines de millions. »

Laurent Lasalle, chroniqueur à La sphère et personnalité très active sur YouTube, est du même avis que M. Guindon. « C’est clairement au-dessus d’un million de dollars; c’est même clairement dans les dizaines de millions », affirme-t-il.

Pour mettre les choses en perspective, Frédéric Guindon explique qu’il a trouvé une offre d’emploi émanant de Toy Monster datant des débuts de la chaîne, en 2014. Elle proposait un salaire de 25 $ par heure travaillée (à raison de 16 heures de travail hebdomadaire, soit un total de 400 $ par semaine).

Depuis la diffusion du reportage de Frédéric Guindon, la plupart des chaînes associées à Toy Monster ont été fermées par YouTube, affirme-t-il.

Voyez le reportage complet de M. Guindon, diffusé sur la page Facebook de TABLOÏD :

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