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Jacques Beauchamp
Audio fil du mardi 14 novembre 2017

L’Avro Arrow, un avion supersonique délaissé par le Canada

Publié le

Des journalistes observent une réplique de l'avion Avro Arrow dans un hangar.
Une réplique de l'Avro Arrow est exposée à Toronto, en 2006   Photo : Reuters / J.-P. Moczulski

En 1959, le gouvernement de John Diefenbaker a mis fin au développement de l'Avro CF-105 Arrow, un joyau de l'aéronautique canadien. Le spécialiste en questions géopolitiques et militaires Stéphane Roussel raconte le développement, puis l'arrêt de production de cet avion mythique.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le Canada construit environ 16 000 avions, essentiellement des avions d’entraînement, des bombardiers et des hydravions. Mais à la fin des années 1940, le risque de conflit avec l’Union soviétique encourage le pays à développer un chasseur canadien.

Un avion fabriqué pour protéger l’Amérique du Nord
Ottawa confie à l’entreprise A.V. Roe Canada la production en série d’un avion supersonique. Cet appareil devra être capable d’intercepter les bombardiers soviétiques qui se présenteront éventuellement par le nord.

Au début des années 1950, A.V. Roe a pour mandat de créer uniquement la cellule de l’avion. Mais en raison de technologies obsolètes sur le marché, l’entreprise doit aussi créer un moteur ainsi que des systèmes de mise à feu et de radar adaptés à l’Avro Arrow. Les coûts de fabrication augmentent peu à peu de façon faramineuse, passant de 1,5 million à 12,5 millions par avion.

L’occasion ratée
Le premier Avro CF-105 Arrow sort de l’usine le 4 octobre 1957. Ce jour-là, l’Union soviétique met en orbite le premier satellite artificiel, Spoutnik 1. Cette réalisation montre les progrès extraordinaires des Soviétiques dans le domaine de la balistique. Dès lors, on craint davantage l’existence de fusées dotées de l’arme nucléaire. On se demande si les chasseurs demeurent le bon moyen de répondre à une attaque de missile.

Malgré tout, le 25 mars 1958, l’Avro Arrow s’envole pour la première fois. Un an plus tard, à l’hiver 1959, après des millions de dollars investis et 70 heures de vol, 5 prototypes sont cloués au sol parce que le gouvernement Diefenbaker met fin au programme de l’avion supersonique.

La production d’armes complexes qu’on veut à la fine pointe de la technologie est un processus lourd sujet à des aléas d’ordre politique, stratégique, économique et technologique sur lesquels on perd le contrôle.

Stéphane Roussel, directeur du Centre interuniversitaire de recherche sur les relations internationales du Canada et du Québec

La fin d’un rêve
L’annulation du programme Avro Arrow entraîne la perte de de milliers d’emplois. Le coût élevé de production est donné comme raison officielle, mais la fabrication cesse aussi pour mettre en branle une défense militaire axée sur les missiles, en partenariat avec les États-Unis.

Peu de traces matérielles de l’Avro Arrow existent aujourd’hui. Mais dans la mémoire collective des Canadiens, l’avion demeure associé à un rêve de grandeur brisé par les politiciens, par les manœuvres des Américains et par la loi du marché.

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