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Jacques Beauchamp
Audio fil du mercredi 11 octobre 2017

Joan Mitchell et Jean-Paul Riopelle, un couple aussi fécond que tumultueux

Publié le

Joan Mitchell et Jean-Paul Riopelle dans le séjour de l’atelier-appartement de la rue Frémicourt, Paris, 1963.
Joan Mitchell et Jean-Paul Riopelle dans le séjour de l’atelier-appartement de la rue Frémicourt, Paris, 1963.   Photo : Heidi Meister / Succession Jean Paul Riopelle / SODRAC (2017)

Il était l'un des peintres emblématiques de l'époque de Refus global. Elle était l'une des peintres américaines les plus reconnues en expressionnisme abstrait. Jean-Paul Riopelle et Joan Mitchell ont formé, selon le conservateur Michel Martin, un couple explosif et stimulant, de l'ordre de ceux qui font légende.

On pourrait les comparer à Frida Kahlo et Diego Rivera : mêmes talents conjugués, mêmes folles ambitions et mêmes bouillants tempéraments. Joan Mitchell et Jean-Paul Riopelle ont formé un couple de créateurs dont la vie appartient à la légende et dont les œuvres, souvent influencées l’une par l’autre, ont marqué leur époque. L’exposition Mitchel/Riopelle : un couple dans la démesure, à l’affiche du Musée national des beaux-arts du Québec du 12 octobre au 7 janvier, raconte leur histoire méconnue.

Ils ont formé un grand couple mythique, mais c’est assez nouveau qu’on les considère ainsi, qu’on étudie leur œuvre à partir de cet angle du couple et de l’effervescence créative que leurs confrontations et leurs discussions ont pu nourrir.

Michel Martin, commissaire de l’exposition Mitchell/Riopelle : un couple dans la démesure

Une relation toute parisienne
Au cours de l’été 1955, Joan Mitchell se rend à Paris et se joint à une communauté d’artistes américains qui y vivent et y travaillent. C’est là qu’elle rencontre Jean-Paul Riopelle, qui fraie avec ce groupe, lequel compte notamment le peintre non figuratif Sam Francis. Ils auront d’abord une relation à distance, elle continuant de vivre à New York, lui à Paris. « On a des traces des débuts de cette relation dans leur correspondance, dit Michel Martin. On y voit l’influence respective que l’un aura sur le travail de l’autre. »

Rapidement, ils emménagent ensemble à Paris, rue Frémicourt. Leur relation, parfois respectueuse, faite d’une réelle admiration mutuelle, est également fort orageuse. Vers la fin des années 60, le couple vit des moments tumultueux : leurs caractères passionnels et compulsifs ne sont plus accordés et tout explose. Adultères, engueulades, enivrements, accusations : tout y passe.

Leurs conflits sont notamment exposés dans le tableau Chasse interdite, de Joan Michell. On sait qu’elle aimait les animaux et qu’elle ne comprenait pas l’intérêt de Jean-Paul pour la chasse.

Michel Martin
Détail du tableau <em>Chasse interdite</em>, de Joan Mitchell (1973). Une peinture abstraite, organisée sur quatre panneaux, dont les champs colorés semblent émerger du blanc.
Détail du tableau Chasse interdite, de Joan Mitchell (1973)   Photo : Centre Pompidou, Paris

Des œuvres qui se font écho
Un jour, Riopelle lui écrit : « Ce soir, j’ai fait un Mitchell. Je suis devenu ton élève, tu es ma maîtresse. » Cette concordance de leurs œuvres se voit à différents moments de leur carrière respective, notamment lorsque tous deux travaillent, au même moment, des séries de triptyques.

Oeuvre sans titre de la série Iceberg (1977), de Jean-Paul Riopelle. Paysage abstrait en noir et blanc et teintes de gris, huile sur toile.
Oeuvre sans titre de la série Iceberg (1977), de Jean-Paul Riopelle   Photo : Galeria Marc Domenech, Barcelona

Mais c’est leur rupture, en 1979, qui est la plus visible dans leurs œuvres, soudainement caractérisées par une « gestuelle plus enragée ». Jean-Paul Riopelle entre alors dans sa période d’exploration du noir et blanc et dit souvent que le blanc représente pour lui la mort ou la fin, donc une certaine notion de rupture. Dans le travail de Joan Mitchell commence ce qu’elle a appelé la série des tilleuls, des tableaux très sombres.

Comme l’explique Michel Martin, « elle peint aussi à ce moment son grand tableau de rupture, La vie en rose. Cette toile montre, par dérision, un bonheur brisé, une lumière très apocalyptique. Comme en réponse à ce tableau, Riopelle crée Hommage à Rosa Luxembourg, une immense œuvre en 30 panneaux qui raconte en grande partie sa vie avec Joan Mitchell. »

Une immense fresque colorée réalisée à l’aide de bombes aérosol, sui se présente comme une succession de tableaux animaliers, habités par des objets courants représentés le plus souvent en silhouette, privilégiant des effets atmosphériques au gré d’une mécanique céleste.
Hommage à Rosa Luxembourg, une immense fresque colorée de Jean-Paul Riopelle, réalisée à l’aide de bombes aérosol.   Photo : Musée national des beaux-arts du Québec

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