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Jacques Beauchamp
Audio fil du lundi 29 mai 2017

Thérèse Casgrain, une militante parfois sous-estimée

Publié le

Thérèse Casgrain
Thérèse Casgrain   Photo : Bibliothèque et archives nationales du Québec / Gabriel Desmarais

On la confond parfois avec l'ancienne ministre Claire Kirkland-Casgrain, ou alors on néglige son influence dans l'accès au droit de vote pour les femmes québécoises. Thérèse Casgrain est pourtant l'une des militantes les plus importantes de notre histoire, dit sa biographe Nicolle Forget. « Elle était une pionnière dont la prise de parole dérangeait le patriarcat dans le Québec des années 1920 à 1940. »

Elle n’a jamais été élue députée, mais Thérèse Casgrain a été la première femme à diriger un parti politique au Canada, le Co-operative Commonwealth Federation (CCF), ancêtre de l’actuel Nouveau Parti démocratique. Féministe avant l’heure qui préférait se dire « humaniste », elle a été dès 1921 l’une des membres fondatrices du comité provincial pour l'émancipation des femmes. Elle était, en fait, selon Nicolle Forget, une pionnière de ce que l’on appelle aujourd’hui en anglais l'empowerment, ou autonomisation en français, parce qu’elle invitait les femmes à se responsabiliser et à faire entendre leur voix dans l’espace public. «  Son désir était de voir les femmes exercer le pouvoir politique et s’impliquer dans tous les espaces décisionnels de la société. »

Une bourgeoise pas comme les autres
Thérèse Casgrain est issue de la grande bourgeoisie, une aristocratie financière canadienne-française qui était très minoritaire à l’époque. Son grand-père et son grand-oncle étaient des banquiers d’affaires; ils ont créé la Bourse de Montréal. Son père, Rodolphe Forget, était avocat et politicien conservateur. « Elle a grandi avec une cuillère d’argent à la bouche, certes, mais ça ne l’a pas empêchée d’être sensible au sort des plus démunis. L’injustice la faisait exploser de colère. »

Étrangement, même si elle a voulu aller à l’université, elle a d’abord suivi la volonté de son père et s’est mariée très jeune, à 19 ans, avec le député fédéral Pierre-François Casgrain. Elle s’est occupée des tâches domestiques et de la comptabilité du domaine pendant un certain temps avant de, finalement, vivre publiquement sa vie d'intellectuelle et de prise de parole, dès les années 1920. Les députés et les hommes d’Église furent alors désobligeants et hargneux à son égard. Ils refusaient de modifier le statut de la femme mariée, laquelle ne devait pas s’opposer au devoir de soumission à son mari.

Nicolle Forget
Nicolle Forget   Photo : Radio-Canada/Marie-Sandrine Auger


Du militantisme à la vie politique active
En 1942, Thérèse Casgrain se présentait officiellement comme candidate libérale indépendante dans Charlevoix, avant de se joindre, quelques années plus tard, au CCF.
 Elle aura joué pour ce parti un rôle de défricheuse. « Le parti n’était pas implanté au Québec, explique Nicolle Forget, et elle s’est assurée qu’il serait présent partout dans la province et qu’il agirait en français. Il n’y avait pas de tradition francophone dans ce parti. Elle était fédéraliste, mais son attachement à la langue française, au bilinguisme du Canada, était manifeste. »

Elle ne sera jamais élue. C’est l’un des grands regrets de sa vie. Mais elle a certainement été une pionnière qui a ouvert la porte à d’autres femmes politiciennes.

À lire :
Thérèse Casgrain : la gauchiste en collier de perles, de Nicolle Forget, Fides, 2013

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