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Jacques Beauchamp
Audio fil du mardi 12 septembre 2017

Evangeline, l’héroïne acadienne dont l’héritage est parfois pesant

Publié le

Évangéline imaginée par le peintre Thomas Faed, puis gravée par le frère de l'artiste, James Faed
Gravure de 1863 représentant le personnage d'Évangéline   Photo : Musée acadien de l'Université de Moncton

Elle est née dans un poème épique de l'Américain Henry Longfellow, et son histoire a fini par symboliser la résilience de tout un peuple. La belle Evangeline qui soigne les malades pendant la déportation des Acadiens est pourtant devenue controversée au fil du temps. « Sa passivité est décriée par de nombreux historiens qui aimeraient un récit national valorisant une Acadie plus combative », explique l'historienne Evelyne Ferron.

Rares sont les personnages de fiction qui, comme Evangeline, ont été à ce point récupérés par l’histoire et considérés comme emblématiques du combat identitaire de tout un peuple. La jeune amoureuse, imaginée par Henry Longfellow dans son œuvre parue en 1847, est en effet souvent perçue, dans l’imaginaire collectif acadien, comme un véritable personnage historique. Il n’en est rien, mais son histoire peut évoquer celle de centaines d’Acadiens qui se sont montrés courageux et bienveillants pendant la déportation ou qui ont perdu douloureusement l’amour de leur vie au cours de ce tragique événement.

La déportation, un arrachement
À l’aube de la guerre de Sept Ans, les vieux rivaux français et anglais étaient sur le point de s’affronter en Amérique du Nord, terre de ressources inestimables. L’Acadie était la porte d’entrée de ce territoire, mais ses habitants refusaient de prêter allégeance à la reine d’Angleterre et étaient peu à peu considérés comme des menaces au nouveau territoire britannique qui se constituait. On a ordonné leur déportation. Le poème de Longfellow pose un regard intimiste sur ces journées agitées de 1755, imaginant une jeune mariée qui perd son amoureux dans le tumulte et qui réagit par un extraordinaire don de soi.

Dans l’imaginaire populaire acadien, Evangeline représente toujours l’image pieuse et courageuse de la résistance passive. Elle est celle qui, devant la destruction d’un territoire et la tentative d’anéantissement d’un peuple, ne succombe pas à la douleur et prodigue des soins aux autres personnes souffrantes qu’elle croise sur sa route.

L’Église catholique a contribué à populariser cette figure quasi sainte, qui résiste à l’Anglais persécuteur en rejetant toute violence, offrant plutôt son temps et sa compassion.

Evelyne Ferron

Une histoire conforme à la réalité?
Si l'œuvre évoque le Grand Dérangement et éveille les sensibilités à l’égard du drame acadien, elle ne contient pas vraiment de trame politique et ne se soucie pas vraiment d’exactitude historique. Qui plus est, la passivité d'Evangeline dérange. Nombreux sont donc les critiques à revendiquer la prégnance d’autres récits. « Elle est si douce, dit Evelyne Ferron. C’est une survivante passive, et ça ne correspond pas à l’histoire réelle des Acadiens qui ont été plus combatifs, par exemple ceux qui se sont sauvés des Anglais et qui sont restés en Acadie, dont on oublie trop souvent l’histoire. Heureusement, de grands personnages comme La Sagouine, plus colérique et plus indignée, sont apparus plus tard et ont permis une rééquilibration des personnages emblématiques acadiens. »

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