Pourquoi s’intéresser à l’Europe en 2017?

Par Ximena Sampson

2017 sera une année charnière pour l’Europe. Le Royaume-Uni a enclenché sa sortie de l’Union, alors que plusieurs pays font face à des échéances électorales dont les résultats pourraient placer au pouvoir des partis d’extrême droite plutôt eurosceptiques.

2017 sera une année charnière pour l’Europe. Le Royaume-Uni a enclenché sa sortie de l’Union, alors que plusieurs pays font face à des échéances électorales dont les résultats pourraient placer au pouvoir des partis d’extrême droite plutôt eurosceptiques.

Par Ximena Sampson

Le continent, coincé entre une Russie qui s’affirme et des États-Unis imprévisibles, est confronté à une économie stagnante et à l’arrivée constante de migrants. Voici quelques éléments à surveiller en 2017.

1. Le Brexit

Le 29 mars, le Royaume-Uni a enclenché le processus de l’article 50 du Traité de Lisbonne, marquant le début des discussions en vue de sa sortie de l’Union européenne (UE). Quelle forme prendra-t-elle?

Les Britanniques sont partagés entre l’idée de continuer à faire partie du marché unique et celle de renégocier une nouvelle union douanière. Les Européens, pour leur part, ne veulent pas que le désengagement du Royaume-Uni de l’UE soit trop facile, de peur que cela n’entraîne des référendums ailleurs.

Des partisans du Brexit
Des partisans du Brexit Photo : AFP/Getty/Paul Ellis

Ce sera d’ailleurs un défi pour les dirigeants de l’UE de présenter un front uni dans cette négociation, pense Nathalie Brack, professeure au Département d’études politiques de l’Université libre de Bruxelles et chercheuse au FNRS (Fonds de la recherche scientifique).

« C’est fort probable que le Royaume-Uni va essayer de diviser le bloc », affirme-t-elle. « Au fur et à mesure que les discussions avanceront, ce sera un grand défi d’obtenir un équilibre avec le Royaume-Uni sans les punir ni leur donner des avantages susceptibles de renforcer les partis extrêmes qui prendraient le Royaume-Uni comme exemple. »

Quelle perception ont les Européens de l’appartenance de leur pays à l’UE?

Source : Parlement européen - Étude post-électorale menée après les législatives de 2014, du 30 mai au 27 juin, auprès de 27 331 Européens

Dans plusieurs pays, les partis eurosceptiques ont le vent dans les voiles. Qu’ils prônent une sortie complète de l’UE ou une renégociation des conditions de leur union, la question de l’appartenance à l’Europe est souvent à leur programme. Avec les élections cette année en France et en Allemagne, notamment, elle est d’autant plus d’actualité.

« Ce sera un défi pour l’Union de passer à travers ces élections », pense Frédéric Mérand, directeur du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM), « puisque l’UE risque d’être le bouc émissaire de bien des partis, et pas seulement de l’extrême droite ».

2. Des élections à haut risque

Les élections qui auront lieu cette année dans plusieurs pays pourraient marquer des avancées importantes pour les partis populistes d’extrême droite.

Résultats obtenus par les partis populistes

Source : ParlGov- Il s’agit des résultats obtenus par tous les partis populistes, de droite comme de gauche, aux dernières élections législatives nationales. Pour les pays où les résultats sont inférieurs à 1 %, nous avons indiqué 0.

Même si, aux Pays-Bas, le Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders n’a pas réussi son pari de remporter le pouvoir lors du scrutin du 15 mars, la formation d’extrême droite a tout de même amélioré son résultat de 2012, obtenant cinq élus de plus et devenant ainsi le deuxième parti du pays.

Geert Wilders, qui tient un discours résolument anti-immigration, avait promis un référendum sur la sortie de son pays de l’UE.

Marine Le Pen, la présidente du Front national, donne le coup d'envoi de sa campagne présidentielle, le 5 février 2017 à Lyon. Photo : Reuters/Robert Pratta

Les regards se tournent désormais vers la France, où la chef du Front national, Marine Le Pen, tentera de se qualifier pour le second tour, le 7 mai, et de reproduire les bons résultats des dernières élections régionales, lorsque son parti a obtenu 27 % des voix.

Hostile à l’Europe, elle demande la tenue d’un référendum sur la sortie de la France de l’Union.

Finalement, c’est l’Allemagne qui fermera le bal. Les élections pour renouveler le Bundestag devraient avoir lieu en septembre. On s’attend à ce qu’Angela Merkel, à la tête du pays depuis 2005, l’emporte sans difficulté, malgré les nombreuses critiques qu’elle a subies après la crise des migrants, l’an dernier.

Ce qui pourrait changer la donne, toutefois, c’est l’entrée en scène de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), une formation souverainiste de droite radicale, qui a obtenu de bons résultats dans les urnes lors des élections régionales en 2017.

3. Le rejet de l’Union européenne

Cette montée des mouvements antieuropéens est un autre défi majeur de 2017, croit Nathalie Brack. « Le Brexit a fondamentalement changé la donne », affirme-t-elle. « Jusqu’à présent, pour les partis radicaux, la sortie de l’UE était quelque chose de purement théorique. Maintenant, avec le Brexit, c’est une réalité. »

« Ces partis mettent [la sortie de l’UE] de l’avant parce que c’est populaire », renchérit Frédéric Mérand, « et ça devient une façon de vendre leur programme [...]. Il y a une espèce de course à qui sera le plus antieuropéen et ça peut entraîner une sorte de fuite en avant où ça devient presque incontournable pour le gouvernement d’organiser un référendum, comme c’est arrivé au Royaume-Uni. »

Est-ce que 2017 sonnera le glas du projet d’intégration européenne?

C’est possible, mais pas probable, pense M. Mérand. « L’intégration des États européens est très difficile à défaire et les forces politiques hostiles à l’UE demeurent minoritaires », croit-il. L’exemple du Royaume-Uni montre bien à quel point il est difficile de s’extraire de cette complexe superposition de réglementations.

Pour sa part, Nathalie Brack craint plutôt qu’on ne se dirige vers une Europe à deux vitesses, dans laquelle certains pays seront plus avancés dans l’intégration que d’autres. « Il y a des pays qui veulent continuer l’intégration au niveau politique, d’autres qui sont plutôt intéressés par une intégration économique », avance-t-elle.

Si les partis antisystème ont le vent dans les voiles, tant au niveau européen que national, c’est que la crise de confiance des citoyens est bien réelle. « Je ne vois pas de réponse à ces préoccupations-là, notamment par rapport aux accords de libre-échange », déplore Mme Brack. « L’Europe peine à convaincre les citoyens de la nécessité d’un accord comme celui qui a été conclu avec le Canada. »

« Il y a un sentiment très fort de déconnexion et d’éloignement et ce n’est pas vraiment pris en compte. Quand on regarde les préoccupations des citoyens d’un côté et les préoccupations de l’UE de l’autre, je n’ai pas toujours l’impression que c’est cohérent et qu’il y ait un match entre les deux », ajoute-t-elle.

4. Le dossier des migrants

L’accord conclu avec la Turquie le 18 mars 2016 a permis de ralentir le flot de migrants arrivant sur les côtes européennes.

Ankara s’est engagée à bloquer les départs et à reprendre les migrants qui n’auraient pas obtenu le statut de réfugiés en Grèce. En échange, l’UE accueillera des migrants installés en Turquie, jusqu’à un plafond de 72 000 personnes.

Selon cette entente, quelque 160 000 personnes doivent être relocalisées dans différents pays de l’UE, mais dans la pratique, seules 6925 l’avaient été au 8 novembre 2016.

« Avec la détérioration de la situation en Turquie et des relations entre la Turquie et l’UE, 2017 pourrait être l’année où cette espèce d’ambiguïté qu’on a réussi à préserver pendant l’année 2016 va éclater, ce qui voudrait dire de nouvelles arrivées en masse de demandeurs d’asile sur le territoire européen », croit Frédéric Mérand.

« C’est un des grands enjeux qui montrent que l’Europe, pour l’instant, n’a pas de solution », soutient Nathalie Brack. « Ça favorise la montée des partis de droite radicale populistes et ça fait boule de neige au niveau national. »

5. L’enjeu géopolitique

Enfin, l’Europe doit retrouver sa place entre les États-Unis de Donald Trump et les visées hégémoniques de la Russie. Mais, là encore, elle peine à parler d’une seule voix, déplore Nathalie Brack.

Pour l’instant, toute l’attention est focalisée sur le Royaume-Uni et sur les élections qui s’en viennent, mais il faut penser au-delà, soutient-elle. « On manque d’une vision cohérente et ambitieuse sur l’après-Brexit, qui dépasse les clivages à l’intérieur de l’UE », croit la chercheuse.

« Il faudra voir comment ils vont réagir collectivement au fait d’être pris en sandwich entre Trump d’un côté et Poutine, de l’autre », estime, pour sa part, Frédéric Mérand.

Donald Trump et Theresa May lors de la visite de cette dernière à la Maison-Blanche, le 27 janvier 2017. Photo :  Reuters/Kevin Lamarque

Pour le moment, les réactions sont disparates. Le président tchèque et le premier ministre hongrois ont applaudi l’élection de Donald Trump et la première ministre britannique est déjà allée le visiter, alors que la chancelière allemande et le ministre des Affaires étrangères français n’ont pas hésité à critiquer son décret anti-immigration.

« Sur plein de questions comme les changements climatiques, les réfugiés, l’Ukraine, la Syrie ou le libre-échange [...] les Européens étaient d’accord avec l’administration Obama », affirme M. Mérand. « Il n’y avait pas de nuages. Là, ils se retrouvent en porte-à-faux au complet avec les Américains. »

Avec la collaboration de Laurence Godcharles