Quel est l'état des rues à Montréal?

Ce n'est pas un secret. Les rues de Montréal sont dans un état lamentable. Et ça ne va pas en s'améliorant. Découvrez, rue par rue, à quel point elles ont besoin d'être réparées et comparez-vous aux quartiers voisins!

Par Roberto Rocha

La Ville de Montréal a commencé à divulguer des données précises sur l'état de chacune de ses rues et grandes artères. Cette action s'inscrit dans le cadre de l'initiative de « ville intelligente », qui vise à trouver des solutions technologiques aux problèmes urbains de Montréal.

Selon les données de 2010 et de 2015, il reste encore beaucoup à faire avant d'avoir réhabilité le système routier montréalais.

La carte ci-dessous montre l'état des routes en 2010 (à gauche) et en 2015 (à droite). Les données analysées par CBC/Radio-Canada montrent la vitesse à laquelle les routes se sont dégradées. La Ville attribue une cote d'« excellent » à « très mauvais ». La couleur des rues reflète cette cote.

Méthodologie

Ces données ont été colligées lors de campagnes d'auscultation, soit en 2010 et en 2015, grâce à des camions équipés de capteurs qui peuvent détecter les fissures et les nids-de-poule. Une cote a été attribuée à chaque segment de rue, selon un indice de l'état de la chaussée, le Pavement Condition Index (PCI), une norme utilisée par plusieurs villes canadiennes et américaines.

La cote 1 indique qu'une route est en piteux état et la cote 100 indique que la chaussée est en parfait état. Ces cotes sont ensuite transformées en cinq catégories de qualité, soit « excellent », « bon », « moyen », « mauvais » et « très mauvais ».

Les villes défusionnées, comme Westmount, Hampstead et certains arrondissements de l'ouest de l'île, ne sont pas comprises dans les données de la Ville et ne figurent pas sur la carte.

La situation se dégrade

Les données montrent que le nombre de rues en bon état a diminué, tandis que le nombre de rues en mauvais état a bondi.

En fait, près de la moitié des rues auscultées en 2015 avait une cote « mauvaise » ou « très mauvaise ». En 2010, seulement le tiers de routes était en mauvais état.

« En 2010, 2012, il y avait beaucoup moins de réfection des routes qu'aujourd'hui », affirme Jean Carrier, Chef de division en gestion d'actifs à la Ville de Montréal. « Les budgets de réfection étaient beaucoup plus petits. »

De plus, ces années concordent aussi avec la commission Charbonneau sur la collusion dans l'industrie de la construction, qui a notamment révélé l'utilisation de ciment de moindre qualité pour l'asphaltage de routes.

Selon M. Carrier, les rues perdent chaque année une moyenne de cinq points sur l'indice de l'état de la chaussée. En cinq ans, une rue peut rapidement passer de la cote « d'excellent » à « bon ».

« Cinq ans, c'est une longue période, dit M. Carrier. Si nous ne faisons pas de réparation, la dégradation se poursuit. »

Constatez cinq ans de dégradation

Voici certains des segments routiers qui se sont le plus dégradés entre 2010 et 2015.

La rue Saint-Zotique
L'état de la chaussée sur la rue Saint-Zotique en 2010
La rue Saint-Zotique, à l'intersection de la 1ère avenue, en 2010
L'état de la chaussée sur la rue Saint-Zotique en 2015
La rue Saint-Zotique en 2015
Le boulevard Rosemont
L'état de la chaussée sur le boulevard Rosemont en 2010
Le boulevard Rosemont, à l'intersection du boulevard Lacordaire, en 2010
L'état de la chaussée sur le boulevard Rosemont en 2015
Le boulevard Rosemont en 2015
La rue Chabanel
L'état de la chaussée sur la rue Chabanel en 2010
La rue Chabanel, à l'intersection de la rue Lajeunesse, en 2010
L'état de la chaussée sur la rue Chabanel en 2015
La rue Chabanel en 2015

Arrondissements avec le plus haut pourcentage de rues en très mauvais état (2015)

  • Anjou : 29 %
  • LaSalle : 27 %
  • Rosemont–La-Petite-Patrie : 26 %
  • Mercier–Hochelaga-Maisonneuve : 25 %
  • Côte-des-Neige–Notre-Dame-de-Grâce : 23 %

Arrondissements avec la meilleure amélioration entre 2010 et 2015

  • Saint-Léonard
  • Rivières-des-Prairies–Pointes-aux-Trembles
  • Outremont
  • Côte-des-Neige–Notre-Dame-de-Grâce

Pierrefonds-Roxboro et Saint-Laurent se démarquent

Les données montrent par ailleurs que les rues les mieux entretenues à Montréal sont dans les arrondissements de Pierrefonds-Roxboro et de Saint-Laurent. Ils ont la plus grande proportion de rues avec les cotes « bon » et « moyen ».

Selon M. Carrier, cela s'explique par des raisons qui remontent avant la fusion du début des années 2000. Lorsque ces arrondissements étaient des villes indépendantes, celles-ci utilisaient des techniques d'asphaltage différentes : les rues étaient construites avec une fondation flexible composée de matériaux granulaires, ce qui rendait les routes plus résistantes à l'usure.

La Ville de Montréal utilisait plutôt une fondation de ciment ferme qui absorbait moins les impacts et qui était plus susceptible de craquer.

Plusieurs de ces fondations en béton de ciment, construites dans les années 1960, ont atteint la fin de leur durée de vie utile, précise M. Carrier.

« Nous convertissons tranquillement les rues de la ville à de l'asphalte flexible », affirme M. Carrier.

Plus d'investissements pour la réfection

« Certains segments sont effectivement en mauvais état, mais depuis 2014, la Ville de Montréal a procédé à des investissements sans précédent pour réhabiliter le réseau routier et le système d'égouts et d'aqueduc », souligne Marie-Ève Courchesne, porte-parole pour la Ville.

Le budget octroyé pour la réfection des routes en 2017 est de 218 millions de dollars, soit cinq fois plus que le budget alloué en 2010.

La Ville prévoit également analyser plus fréquemment son réseau routier, mais avec 4000 km de routes, la collecte des données prendra plusieurs années. En un an, seulement la moitié des grandes artères et le quart des rues résidentielles peuvent être inspectées. Un portrait global de l'état du réseau routier montréalais ne pourra donc pas être terminé avant quatre ans.

La Ville publiera toutefois de nouvelles données chaque année. De nouvelles données seront libérées en 2018.

« 2015 et 2016 ont été de bonnes années pour la réfection des routes. Nous verrons lors du prochain cycle d'évaluation s'il y a eu des améliorations », conclut M. Carrier.

Avec la collaboration de Mélanie Meloche-Holubowski