Soudan du Sud, portrait d'un pays déchiré par la guerre

La guerre qui ravage le Soudan du Sud depuis 2013 ne semble pas vouloir prendre fin. La rivalité entre le président Salva Kiir et son vice-président Riek Machar entraîne le pays dans une pente de plus en plus dangereuse. Au moins 50 000 personnes ont déjà perdu la vie.

Des experts de l’ONU ayant récemment visité le Soudan du Sud estiment qu’un processus de nettoyage ethnique est en cours et qu’il y a un fort risque de génocide.

Alors que les exactions se multiplient, plus de 2 millions de Sud-Soudanais ont fui les violences. Près de la moitié d’entre eux ont trouvé refuge dans les pays voisins. Portrait d’une jeune nation déchirée par un conflit interne et des combats qui ne s’estompent pas.

Causes du conflit

  • Politique

    Des rivalités au sein du régime issu de l’ex-rébellion sudiste, entre le président Salva Kiir et son ancien vice-président, Riek Machar

  • Ethnique

    Des divisions entre les Dinkas, l’ethnie du président Kiir et la plus grande communauté du pays, et les Nuers, celle de Riek Machar

  • Économique

    Les États pétroliers du nord du pays convoités par les deux camps. L’or noir compte pour au moins 90 % de l’économie nationale.

Chronologie

2017

20 février

Le gouvernement déclare l’état de famine dans plusieurs régions du pays. La sécurité alimentaire de la moitié de la population pourrait être menacée, une conséquence de la guerre civile.

2016

26 avril

De retour à Juba, Riek Machar récupère son poste de vice-président, tel que le prévoit l’accord signé huit mois plus tôt.

8-11 juillet

Les partisans du président et ceux des anciens rebelles s’affrontent à Juba, faisant 300 morts et 42 000 déplacés. Riek Machar fuit le pays. Un cessez-le-feu est signé le 13 juillet, mais M. Machar reste en exil.

4 septembre

Le gouvernement accepte le déploiement d'une force de protection régionale de 4000 soldats, mandatée par le Conseil de sécurité, qui s'ajoutera aux 12 000 Casques bleus, dont le mandat vient d’être prolongé.

1er décembre

Des experts de l’ONU de retour d’une mission au Soudan du Sud affirment qu’un processus de nettoyage ethnique est en cours dans plusieurs régions. Selon eux, le pays présente des signaux de « génocide imminent ».

2015

26 août

Sous la pression internationale (et les menaces de sanctions), les deux parties signent un accord de paix à Addis-Abeba, en Éthiopie. L’entente prévoit la formation d’un gouvernement d’union nationale.

2014

23 janvier

Signature d’un accord de cessez-le-feu entre le gouvernement sud-soudanais et les rebelles menés par Riek Machar. Plusieurs autres trêves seront signées dans les mois suivants, mais aucune ne sera respectée.

2 avril

Plus d'un million de personnes ont été déplacées en quatre mois de combats, selon les Nations unies. Parmi celles-ci, 800 000 ont été déplacées au sein même du Soudan du Sud et plus de 250 000 autres ont trouvé refuge dans des pays voisins.

2013

23 juillet

Le président Salva Kiir limoge l'ensemble du gouvernement et le vice-président Riek Machar, qui avait annoncé qu’il se présenterait à la présidentielle de 2015.

6 décembre 2013

Riek Machar dénonce l'attitude « dictatoriale » du président Salva Kiir.

15 décembre

Les combats éclatent à Juba entre les forces de Kiir et de Machar. Le président accuse Riek Machar et ses alliés de tentative de coup d’État. Quant à Machar, il accuse le président Kiir de vouloir éliminer ses rivaux. Les affrontements gagnent rapidement la moitié des 10 États du pays.

2012

Affrontements entre les troupes de Khartoum et de Juba au sujet des très convoitées ressources pétrolières. Accord conclu en août entre les deux parties.

2011

Naissance du plus jeune État du monde, à la suite du référendum sur l’autodétermination. Les Sud-Soudanais ont voté à 98 % pour l’indépendance.

2005

Signature d’un accord de paix entre Khartoum et la rébellion sudiste (APLS), qui met fin à 22 ans de guerre. L'entente prévoit un partage du pétrole, un statut d’autonomie pour le Sud suivi d’un référendum d’autodétermination.

2002

Cessez-le-feu entre Khartoum et les rebelles de l’APLS.

1983

Reprise de la guerre Nord-Sud, après la suppression du statut d’autonomie de Juba. John Garang fonde l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS).

1972

Accord de paix entre les deux Soudans. Le Sud acquiert un statut d’autonomie.

1956

Indépendance du Soudan. Une rébellion éclate dans le Sud, majoritairement chrétien et africain. Début d’une guerre civile qui durera 17 ans.

Démographie

Photo : Ben Curtis/AP
  • Population 12,5 millions d’habitants
  • Taux de pauvreté 50 %
  • Nombre de déplacements 2,2 millions (en date de mars 2017)
  • Espérance de vie 55,7 ans

Société

Photo : Reuters/Siegfried Modola
  • Alphabétisation 27 %
  • Ethnies Dinkas (35 %), Nuers (15 %), Chillouks, Zandés, Jo Luos, Acholis, Lotuhus
  • Langues anglais, dinka, nuer, chillouk, arabe de Juba
  • Religions majorité chrétienne, minorités animistes et musulmanes

Ressources

Photo : La Presse canadienne

Un État riche en pétrole, qui détient 75 % de toutes les réserves de l’ancien Soudan

  • - Production de 220 000 barils par jour
  • - L’État retire plus de 90 % de ses revenus de l’or noir
  • - Juba est tributaire des oléoducs de Khartoum pour exporter son pétrole jusqu’à Port-Soudan
  • - Un des États africains les plus riches en zones agricoles, grâce à ses sols fertiles et à ses réserves d’eau abondante

Infrastructures

Photo : La Presse canadienne

Infrastructures nettement insuffisantes

  • - 200 km de routes goudronnées dans tout le pays
  • - manque criant d’équipement de base pour l’eau, l’éducation ou la santé