Enfants autistes en forme : Raphaël et le hockey

Par Diane Sauvé

« À trois ans et demi, quand on reçoit le diagnostic, en tant que parent, on se dit : "O.K., on fait face à quoi? Est-ce qu'il va être capable d'évoluer comme les autres amis?" »

« À trois ans et demi, quand on reçoit le diagnostic, en tant que parent, on se dit : "O.K., on fait face à quoi? Est-ce qu'il va être capable d'évoluer comme les autres amis?" »

Vicky Jolicoeur est comme tous les parents d'enfants autistes. Elle rêve de voir son fils Raphaël développer tout son potentiel. Pour le faire bouger, cette mère de Varennes a tenté de l'intégrer dans des équipes normales de hockey, de soccer et de football, mais sans succès.

Il y a deux ans, Vicky a découvert les Lynx de Saint-Jean-sur-Richelieu, une équipe de hockey spécialement destinée aux enfants comme le sien.

Pas de pression, plus d'encadrement, que du plaisir… du hockey adapté. Chaque parent accompagne son enfant sur la glace dans des groupes réduits.

« C'est toujours les mêmes consignes, toujours les mêmes exercices. Alors, de semaine en semaine, l'assimilation se fait quand même super bien, explique Vicky Jolicoeur. Vu que c'est répétitif, ça leur permet de prendre le temps de l'apprendre, de l'assimiler et de bien l'exécuter. »

Les enfants écoutent les consignes

Comme plusieurs parents rencontrés, elle est surprise des progrès de son enfant. Et la fierté, pour elle, se définit autrement.

« Pour eux, se concentrer, effectuer quelque chose et écouter comme il faut, parfois, ça peut être complexe. C'est beaucoup de choses à gérer. Je trouve qu'il est bon. Je trouve qu'il accomplit ce qu'on lui demande. Il est concentré. Ça, c'est un plus dans toutes les sphères de sa vie. Ça l'aide beaucoup. »

« En tant que parent, ce n'est pas la fierté qu'il réussisse. C'est qu'il soit capable d'intégrer un sport, de suivre les consignes, de communiquer. Tu te demandes s'il va se faire des amis. Puis, à travers le hockey, il s'en fait.  »

« J'aime patiner, j'aime faire des matchs surtout, dit spontanément Raphaël. Surtout quand je suis avec mes amis. »

« Ils s'épanouissent! Ils arrivent à l'école et peuvent parler de la même chose que les autres, raconte Steve Paradis, entraîneur adjoint et papa d’un enfant autiste. Ils appartiennent à une équipe de hockey. Il y a une confiance incroyable. »

La confiance, l'estime de soi et le précieux sentiment d'appartenance représentent des baumes pour ces enfants et leurs parents.

Des progrès qui prennent du temps et de la patience

C'est un beau défi pour ces jeunes d'arriver à sortir de leur bulle, d'interagir. Au fil du temps, ils s'apprivoisent et parviennent même à s'encourager. On y aperçoit quelques « tope-là » (high five) bien sentis!

« De jouer en équipe, ça te permet de prendre conscience de l'autre, explique Geneviève Duval, qui voit une belle différence chez son fils Vincent. Ce sont des enfants qui ne se rendront pas nécessairement compte s'ils dérangent l'autre.

Vincent

« Vincent était beaucoup plus renfermé, beaucoup plus intransigeant face aux autres. Maintenant, il est un peu plus ouvert. Il est plus à l'écoute si les autres ont de la peine. On n'est pas à 100 %, mais il y a une nette amélioration. »

Les exemples de réussites et de progrès abondent grâce à l’activité physique, notamment avec le hockey. Et pourtant, ces enfants autistes ne sont souvent pas attirés par l'exercice physique. Les défis sont parfois sensoriels : le bruit, la lumière, l'équipement…

« Moi, mon objectif cette année, c'était qu'il embarque sur la patinoire et qu'il accepte de porter tous les vêtements », souligne Caroline Bacon, mère de Louis-Philippe.

Un participant au programme de hockey

« En réussissant ça, pour nous, c'est un succès. Puis là, on est rendu qu'on fait facilement 30-40 minutes. Alors, c'est un succès. »

Caroline Bacon parle avec émotion des progrès de son fils Louis-Philippe, atteint assez sévèrement. Depuis quelques semaines, le jeune autiste de 10 ans participe au hockey adapté à Boisbriand, en portant des coquilles pour atténuer le bruit.

« Il y a quatre ans, je n'aurais pas pensé qu'il aurait pu être dans une équipe, qu'il aurait accepté de venir tous les dimanches, ajoute-t-elle. Ça n'aurait pas été possible. »

« Il y a quatre ans, il ne parlait pas. Maintenant, il parle. Il est toujours en progression. »

Groupe Saint-Jean

Des initiatives qui font des petits

Le hockey adapté à Saint-Jean-sur-Richelieu compte maintenant une trentaine d'enfants répartis en trois niveaux d'habiletés. Il s’agit d’une initiative lancée par des parents, Vélika Fecteau et son mari, Karel Brossard.

Cette idée a inspiré Vicky Jolicoeur. Elle est tellement convaincue des effets positifs du hockey adapté, qu'elle implantera dès janvier une équipe chez elle, à Varennes.

Et ça fait plaisir à Raphaël qui veut devenir le « meilleur joueur de hockey mondial ».

Le match est commencé

Ces expériences positives laisseront des traces chez ces enfants, conclut Geneviève Duval.

« Nos enfants, ce sont nos trésors. C'est notre raison de vivre. Quand ils ont de la peine parce qu'ils ne sont pas capables de faire quelque chose, ça nous fend le cœur. »

« Mais quand ils sont capables et qu'ils ont confiance, ça nous donne des ailes. C'est garant de leur avenir. Quand ils vont être plus vieux et qu'on ne sera plus là, on veut leur donner le bagage qui va les aider à passer au travers. »