Enfants autistes en forme : Benjamin et la natation

Par Diane Sauvé

« L'autonomie, c'est ce que tous les parents d'enfants différents souhaitent le plus au monde. »

« L'autonomie, c'est ce que tous les parents d'enfants différents souhaitent le plus au monde. »

Patricia Paquin n'en revient pas du chemin qu'a parcouru son fils Benjamin en 15 ans. Son adolescent autiste qu'elle fait bouger depuis longtemps.

« C'est comme des tentacules qui finissent par aider à la base de sa pyramide, poursuit la mère de Benjamin. Au bout, il y a la confiance en soi et les acquisitions. »

Le printemps dernier, Benjamin réservait une grande surprise à sa maman animatrice : il a réussi à faire du vélo.

« Jamais je n’avais pensé qu'il serait capable de le faire un jour! », s'exclame Patricia Paquin. On a des deuils à faire, mais très vite on m'avait dit : "Tu vas voir après ça, c'est plein de petites victoires." Même à 14-15 ans, quand il a appris à faire du vélo, pour moi, ça a été une grande victoire. J'étais la plus fière des mamans. »

Des réussites, oui, et beaucoup de travail derrière. Benjamin est facile à distraire. Ses parents ont donc opté pour l'approche individuelle afin de l'aider à garder toute sa concentration.

Benjamin Gratton et Jean-Charles Grellier

Depuis un an, c'est le kinésiologue Jean-Charles Grellier qui s'en occupe. Selon la météo, ils s'amusent dans des parcs ou à la piscine. Et l'expert a plus d'un tour dans son sac.

« Il faut faire un maximum d'activités en très peu de temps, raconte celui qui travaille exclusivement auprès des enfants autistes. Sinon, on perd son attention. Donc, il faut varier. »

« Il va faire des exercices qui paraissent ludiques, renchérit Patricia Paquin. L'enfant ne se rend pas trop compte qu'il fait une "tâche". Pour lui, c'est beaucoup plus motivant parce que le temps qu'il se tanne, on a changé d'activité. Il faut être vite et Jean-Charles est capable de voir : "Oh! Je suis en train de le perdre, je vais changer de tactique." »

Benjamin Gratton et Jean-Charles Grellier

Jean-Charles Grellier constate que Benjamin peut écouter beaucoup plus maintenant. Et le spécialiste insiste : il faut rester dans le jeu et le plaisir, sans quoi, on déclenchera du stress chez l'enfant.

« Ce que je recherche avant tout, ce n'est pas l'esprit de compétition. C'est l'émancipation. »

« Tout ce qui est moteur, ce n'était pas facile pour Benjamin, explique Patricia Paquin. Moi, quand je suis allée en ergothérapie et en natation, c'était pour l'aider à habiter son corps. Mais ce dont je ne me doutais pas, c'est que ça allait lui donner une confiance en soi. C'est un moment où il est heureux et ça le décroche un peu de ses fixations comme l'ordinateur. »

Benjamin Gratton

Ce que souhaite aussi le kinésiologue Jean-Charles Grellier, c'est que Benjamin s'adapte à son environnement et non le contraire.

C’est tout un défi sensoriel pour ce jeune autiste lorsqu’il se retrouve à la piscine pour ses cours de natation. L'écho, le bruit, les sifflets, les autres enfants et l'eau aussi sont des facteurs agressants pour lui.

« Moi, encore aujourd'hui, je ne peux pas laver les cheveux de Benjamin, ça reste intrusif, raconte Patricia Paquin. Quand c'est une douche, qu'il reçoive l'eau, c'est presque comme s'il recevait une chaudière d'aiguilles. Alors, tout ça le désensibilise. »

Benjamin Gratton et Jean-Charles Grellier

Benjamin termine le cours de natation avec Jean-Charles Grellier en tournant dans l'eau avec lui, palmes aux pieds. Le plaisir est palpable. Pourtant, son importante routine a été brisée en début de leçon. Benjamin se retrouvait pour la première fois dans un des bassins du complexe aquatique. Moment d'angoisse, refus, puis par le jeu, il y est arrivé.

Et c’est par le jeu qu’il a enfin appris à nager. D'ailleurs, en 2009, 2010 et 2011, la noyade après une fugue comptait pour 91 % des décès chez les enfants autistes de 14 ans et moins aux États-Unis.

Bouger pour relâcher la pression

Par-dessus tout, bouger pour cet ado de 15 ans est un besoin essentiel, affirme sa mère, convaincue qu'on aurait beaucoup à apprendre sur l'éducation à l'école pour enfants autistes.

Benjamin Gratton, Jean-Charles Grellier et Patricia Paquin

« Ces enfants-là sont électriques, souligne l’animatrice. Alors, si on ne leur permet pas de se lever, de bouger, de sortir le trop-plein… Ça va sortir d'une autre façon, que ce soit par de l'agressivité ou du sabotage quand ils font leur travail à l'école; que ce soit tremper leurs mains dans des bacs de pois chiches pour aller réveiller les petites mains; que ce soit se lever, sauter, danser… C'est juste le petit moment de répit pour revenir s'asseoir et continuer à se concentrer sur le travail. Je pense que même les enfants neurotypiques [sans troubles autistiques] devraient faire la même chose. »

D'ailleurs, Patricia Paquin fait la même chose à la maison lorsqu'elle sent que son fils en a assez.

« Quand on sent monter le "presto", on va tout arrêter puis on va dire : "Cours jusqu'à la porte là-bas! Reviens! Cours encore!" Juste pour qu'il bouge. Puis quand il revient, il est plus calme. »

Patricia Paquin

« Je suis toujours impressionnée de voir qu'il va toujours beaucoup plus loin que je le pensais. Il suffit de mettre les choses en place. Ça, c'est ma job la job de son père… On propose. Et après ça, Benjamin nous impressionne constamment. »

« Puis maintenant, quand on va en vacances, que ce soit à la mer, moi je peux être sur ma chaise longue et prendre du soleil parce que cet enfant-là, il est capable de s'organiser tout seul. »