Votre ville est-elle menacée par la montée des océans?

Le monde que nous connaissons pourrait changer. La montée des océans, l'un des effets les plus inquiétants du réchauffement du climat, est déjà en cours. Des pays insulaires craignent de disparaître. Mais qu'en est-il du Canada? Serons-nous épargnés? Aucunement. Tour d'horizon des régions qui pourraient écoper.

Un texte de Gaétan Pouliot

La température du globe devrait augmenter de 4 degrés Celsius d’ici la fin du siècle si on ne fait rien pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. À long terme, cela signifie une montée des océans de près de 9 mètres, selon les calculs de chercheurs. Cela menacerait d’inonder les territoires où vivent actuellement plus d’un million de Canadiens.

Ce scénario n’est pas une fatalité. Lors de la conférence de Paris sur le climat, la communauté internationale tentera d’en arriver à une entente afin de limiter le réchauffement à 2 degrés. Cela provoquerait tout de même une hausse moyenne des océans de 4,7 mètres!

Explorez ici ces deux scénarios pour le Canada sur des cartes élaborées par le groupe américain Climate Central. (voir la méthodologie)


Vancouver

Le Grand Vancouver deviendra-t-il une plaine inondable? Si les marées géantes de décembre et de janvier inquiètent les élus tous les ans, l'élévation du niveau des eaux pourrait rendre la situation encore plus difficile à gérer. Digues et sacs de sable ne seront plus suffisants. Face à ce scénario, la Ville de Vancouver se prépare.

CES CARTES SONT SEULEMENT DISPONIBLES EN ANGLAIS. SOURCE CLIMATE CENTRAL

Comme pour de nombreuses villes dans le monde, la hausse du niveau de la mer n’est plus une question hypothétique pour Vancouver. La municipalité a dû revoir son plan d’aménagement pour prendre en compte cette nouvelle réalité qui menace son territoire.

Plusieurs secteurs de Vancouver ont été désignés plaines inondables, dont le port de la ville, le plus important au pays.

Autre exemple, depuis 2014, les nouvelles constructions dans les secteurs à risque doivent être bâties un mètre plus haut que les anciens immeubles.

La Colombie-Britannique recommande d’ailleurs à ses villes côtières de se préparer à une hausse de 1 mètre des eaux d’ici la fin du siècle, et de 2 mètres en 2200.

Selon les chercheurs du groupe américain Climate Central, la montée des eaux à la suite d’un réchauffement de 2 degrés menacerait à long terme le territoire où vivent présentement 340 000 personnes dans le Grand Vancouver, soit 19 % de la population. Et une hausse de 4 degrés toucherait près de 400 000 personnes, 22 % des résidents actuels de la région!

Qu'est-ce qui cause la montée des mers?

Le réchauffement des eaux de surface des océans provoque un phénomène que l'on appelle la dilatation thermique. Lorsqu'elle se réchauffe, l'eau prend de l'expansion. À cela s'ajoute la fonte des glaces continentales du Groenland et de l'Antarctique, qui se retrouvent soudainement dans les océans, alors qu'elles reposaient auparavant sur la terre ferme. Ces phénomènes sont responsables de la montée des mers.


Québec

Patrimoine mondial de l’humanité, Québec semble intouchable avec ses remparts et son château bien planté sur le roc de la haute-ville. Mais les puissantes marées du golfe du Saint-Laurent remontent jusqu’à la région, qui n’échappera pas à la montée des océans.

La ville de Québec et le fleuve Saint-Laurent.
La ville de Québec et le fleuve Saint-Laurent. Photo : iStockPhoto

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« On voit maintenant des maisons patrimoniales de 200-300 ans à l’île d’Orléans qui se font inonder ou qui se font battre par la vague », s’attriste Jean-Pierre Savard, d’Ouranos, un groupe de scientifiques spécialistes du climat.

Les battures du cap Tourmente devraient aussi disparaître à long terme, prévoit le chercheur.

Contrairement à l’Est du Québec et aux provinces atlantiques, Québec est protégé des grandes vagues du Saint-Laurent, mais pas des inondations. Sur la carte, on voit d’ailleurs qu’une partie de la basse-ville et de Limoilou sont à risque.

La Ville de Québec doit adopter sous peu un plan d'adaptation aux changements climatiques. On y retrouvera entre autres des mesures d'adaptation face à la hausse des niveaux de la mer.

Et Montréal?

Les marées du golfe du Saint-Laurent ne remontent pas jusqu'à la métropole québécoise, ce qui la protégera de la montée des mers. Le niveau du fleuve pourrait même diminuer, en raison d’une baisse des Grands Lacs et du débit de la rivière des Outaouais. Mais Montréal n'est pas à l'abri de tout danger. La ville sera touchée de multiples autres façons par le réchauffement de la planète.


Est du Québec

Le 29 octobre dernier, une tempête a frappé de plein fouet la municipalité de Percé, en Gaspésie. Des vagues de plusieurs mètres de haut ont lourdement endommagé la promenade du bord de mer, un important site touristique. « Ça va nous coûter une fortune », s’est indigné le maire de Percé, André Boudreau, estimant les dégâts à plusieurs millions de dollars. Malheureusement, ces tempêtes seront de plus en plus fréquentes.

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Les résidents de l’Est du Québec sont habitués aux tempêtes. Mais les temps changent. Le golfe du Saint-Laurent se gonfle tranquillement, alimentant des vagues plus hautes et plus dangereuses.

Dans quelques décennies, le type de tempête qui a frappé Percé sera « deux fois plus destructrice », prédit même Jean-Pierre Savard, d’Ouranos.

Les événements climatiques extrêmes qui survenaient une fois par siècle pourraient à l’avenir se produire tous les 10 ou 12 ans, ajoute le chercheur. La promenade de Percé, qui sera sûrement reconstruite, n’en est pas à ses derniers assauts.

Autre problème de taille : les hivers plus doux affaiblissent le couvert de glace, ce qui réduit la protection des berges. « Depuis qu’il n’y a plus de couvert de glace l’hiver, les tempêtes sont plus fréquentes, les terrains se font gruger plus rapidement », témoigne le maire de Percé.

L’érosion fait perdre du terrain aux côtes, menaçant routes, maisons et infrastructures. Les Îles-de-la-Madeleine sont particulièrement touchées par ce phénomène.

Les mers montent, le Canada aussi!

Lors de la dernière période glaciaire - il y a plus de 10 000 ans -, le Canada était recouvert par deux énormes glaciers. Leur poids écrasait le sol. Depuis le retrait de cette glace, la masse terrestre se soulève tranquillement, comme un oreiller de plumes aplati par votre tête tout une nuit. C'est ce qu'on appelle le rebond post-glaciaire. Aujourd'hui, une grande partie du Canada se soulève, réduisant l'impact de la hausse du niveau des mers. Par contre, la Nouvelle-Écosse, l'Île-du-Prince-Édouard, les Îles-de-la-Madeleine et le Grand Vancouver ne profitent pas du rebond post-glaciaire. Ces régions s'enfoncent plutôt dans le sol, accentuant la montée de la mer.


Halifax

Halifax s’enfonce. La mer monte. À tout cela s’ajoute un risque important : la ville se retrouve parfois sur la route d’ouragans, qui devraient être de plus en plus puissants dans l’Atlantique en raison du réchauffement du climat. Quel avenir pour la plus importante ville de l’est du pays?

Arbre déraciné à Halifax par l’ouragan Juan
Arbre déraciné à Halifax par l’ouragan Juan, en 2013. Photo : PC/Paul Chiasso

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En septembre 2003, Juan - un ouragan de catégorie 2 - frappe la ville. La plus puissante tempête à toucher la côte est canadienne en 100 ans fait huit morts et plus de 200 millions de dollars de dégâts.

Cet événement a conscientisé la population aux changements climatiques et aux futurs risques d'inondations. La région doit se préparer. Et c’est ce qu’elle fait.

Si les quais et les infrastructures près de la mer sont à risque, selon les prévisions de la municipalité, John Charles, urbaniste à la Ville d’Halifax, est pragmatique. Pour lui, il n’y a aucun doute, la ville pourra s’adapter.

« Les promenades sur le bord de la mer ont une durée de vie de 25-30 ans. Nous devrons les remplacer de toute manière. Et lorsque vous les remplacez, vous les élevez un peu », donne-t-il en exemple. Ce type d’intervention a d’ailleurs déjà eu lieu dans l’histoire de la ville.

Mais est-ce que toutes les municipalités côtières de l’Atlantique auront les moyens de s’adapter comme Halifax?

Comme une grande partie de la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard s’enfonce, aggravant le problème de la montée des eaux. D’ici la fin du siècle, un millier de résidences côtières risquent de glisser dans la mer, selon des chercheurs de l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard. Dix-sept phares, symboles du Canada atlantique, sont aussi menacés.


Le Canada, tout comme le reste du monde, est à la croisée des chemins. Selon l’équipe de chercheurs de Climate Central, une hausse de 4 degrés veut dire que la montée des eaux submergerait, à long terme, les territoires où vivent actuellement près de 627 millions de personnes dans le monde.

Si la communauté internationale stoppe la hausse des températures à 2 degrés, ce nombre baissera à 280 millions de personnes.

La Chine, l'Inde et le Bangladesh figurent en tête de liste des pays qui seront touchés. Mais le Canada sera aussi affecté et doit se préparer à la montée des océans.

Méthodologie

Les cartes présentées dans cet article ont été préparées par l’organisation américaine Climate Central, qui travaille avec des spécialistes du climat. Les scénarios présentés sont imparfaits, mais ils nous donnent une idée de l’impact que pourrait avoir la hausse des océans au Canada.

Quand pourraient survenir ces scénarios? Dans 200 ans… ou plus? Difficile à dire, puisque nous ne savons pas à quel rythme fondent les glaciers.

Les gens vivant dans les secteurs à risque ne verront donc pas les scénarios présentés dans ces cartes se réaliser. Et il est important de noter que ces cartes ne prennent pas en compte les défenses actuelles ou futures pour protéger les berges.

Il faut toutefois savoir que ce sont les décisions que nous prenons aujourd’hui qui nous conduiront à l’un de ces résultats.

Pour plus d’informations sur la méthode utilisée pour créer ces cartes, consultez le rapport de Climate Central ici (en anglais).

Climate Central est une organisation sans but lucratif qui regroupe des spécialistes du climat et des journalistes scientifiques.