Les chantiers se vident, place aux vacances

Le reportage d'Olivier Bachand

Environ 120 000 travailleurs de l'industrie de la construction sont en vacances aujourd'hui, entraînant dans leur sillage des milliers d'autres travailleurs. Que feront-ils pendant ces deux semaines?

Un texte de Ximena Sampson Courriel

La tradition des vacances de la construction est une originalité québécoise. En 1971, les patrons et les syndicats se sont entendus pour que tous les chantiers arrêtent leurs activités en même temps. Cela permet aux fournisseurs et aux travailleurs d'autres industries liées à la construction de prendre, eux aussi, congé.

Selon la Commission de la construction du Québec (CCQ), le quart de la main-d'oeuvre québécoise, soit environ un million de personnes, profite de cette pause estivale pour prendre ses vacances.

L'industrie de la construction emploie directement 153 000 personnes et quelque 255 000 autres emplois y sont rattachés. Du 24 juillet au 6 août 2016, la plupart des chantiers doivent être fermés, sauf certains dans le secteur du génie civil et de la voirie, de la construction résidentielle neuve et des travaux d'urgence.

Que feront ces milliers de travailleurs durant leur congé? Selon un sondage CAA-Québec portant sur les vacances estivales, plus de 70 % des Québécois prévoient des déplacements en juillet et août.

Environ 40 % des gens comptent rester au Québec, alors que 13 % voyageront ailleurs au Canada et 7 % découvriront la côte est américaine. Les autres iront ailleurs (13 %) ou resteront à la maison (17 %). « Les Québécois voyagent beaucoup au Québec », explique Maïthé Levasseur, directrice adjointe du Réseau de veille en tourisme de la Chaire en tourisme Transat ESG - UQAM.

« Par contre, il s'agit de séjours plus courts que lorsqu'ils voyagent à l'extérieur de la province, précise-t-elle. On séjourne aussi plus souvent chez la famille ou chez des amis quand on voyage au Québec que lorsqu'on voyage ailleurs. »

Des vacances estivales plus courtes

Le tiers des personnes interrogées ont mentionné qu'elles allaient prendre une semaine ou moins de vacances.

Le sondage de CAA-Québec a été mené en ligne auprès de 1000 membres de l'organisation du 22 au 28 avril 2016. Sa marge d'erreur est de 3,1 %.

« C'est la première année où le nombre de gens qui ont l'intention de prendre une semaine de vacances ou moins dépasse [le nombre] de ceux qui veulent prendre deux semaines », précise Rébecca Salesse, porte-parole de CAA-Québec.

Camping Camping en famille  Photo :  ICI Radio-Canada/Marie-Eve Maheu

Que certains Québécois prennent de courtes vacances l'été ne veut pas dire qu'ils renoncent aux jours qu'il leur reste en banque, croit Gilles Pronovost, professeur émérite au Département d'études en loisir, culture et tourisme à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

« Plutôt que de prendre un mois complet de vacances en juillet ou en août, les gens préfèrent fractionner leur temps de vacances pour le faire coïncider avec les congés scolaires ou se payer une semaine de vacances en dehors de la saison estivale », affirme-t-il.

« Ça fait en sorte que l'année n'est pas rythmée uniquement par un temps fort estival, mais plutôt tout au long de l'année par les vacances scolaires, Noël, Pâques, etc. » — Gilles Pronovost, professeur émérite au Département d'études en loisir, culture et tourisme à l'UQTR

De plus en plus souvent, les gens prennent ainsi de longs week-ends ou d'autres pauses pendant l'année, constate le chercheur.

Augmentation des heures de travail

Ces temps d'arrêt sont rendus nécessaires par l'augmentation du temps de travail. Alors que les travailleurs ont fait des gains jusque dans les années 70-80, notamment avec l'adoption de lois sur les congés payés, le temps libre est maintenant en recul dans la province.

« L'entrée dans le 21e siècle a été catastrophique pour la population active, soutient Gilles Pronovost. Ceux qui sont sur le marché du travail travaillent environ quatre heures de plus par semaine qu'il y a une dizaine d'années. »

« Si on travaille quatre heures de plus par semaine, comme la journée n'a toujours que 24 heures, il faut couper. Et où est-ce qu'on coupe? Dans le temps libre. » — Gilles Pronovost, professeur émérite au Département d'études en loisir, culture et tourisme à l'UQTR