« Ces chrétiens évangélistes m'ont jeté aux lions », lance Mike Duffy en cour

Procès Duffy : la question du chèque

Ce n'est pas pour son intérêt personnel, mais pour celui de l'ancien premier ministre Stephen Harper que Mike Duffy a accepté un chèque de 90 000 $ qui lui permettrait de rembourser ses dépenses controversées. C'est ce qu'a déclaré le sénateur au sixième jour de son témoignage dans le cadre de son procès pour fraude, corruption et abus de confiance.

Un texte de Raphaël Bouvier-AuclairTwitterCourriel

En cour, Mike Duffy a indiqué qu'il n'était pas au courant de l'origine du chèque qui lui a été remis en 2013 pour rembourser ses dépenses. Mike Duffy a déclaré qu'il pensait que les fonds venaient du Parti conservateur du Canada. C'est plutôt Nigel Wright, l'ex-chef de cabinet de Stephen Harper, qui a remis cette somme.

« Pourquoi quelqu'un signerait un chèque pour une personne dont il sait qu'elle ne doit pas d'argent », s'est interrogé Mike Duffy mardi en cour. M. Duffy, assermenté en 2009 comme sénateur représentant l'Île-du-Prince-Édouard, a réclamé pendant des années des dépenses alors qu'il habitait la maison qu'il possédait depuis longtemps dans la région d'Ottawa.

« Ça a été mis en place, de manière à ce que l'on pense que ce chèque venait de moi », a déclaré Mike Duffy, qui a déclaré que l'entourage du premier ministre de l'époque et les têtes dirigeantes conservatrices du Sénat désiraient qu'il donne l'impression que c'était lui qui avait remboursé le montant.

Rencontre avec Stephen Harper

Si Mike Duffy a affirmé à la fin de l'interrogatoire par son avocat qu'il avait été sommé de rembourser ses dépenses par Stephen Harper, il avait peu de détails à donner sur le rôle qu'a joué l'ancien chef de gouvernement dans le processus.

M. Duffy est revenu sur une rencontre survenue en février 2013. À ce moment, le premier ministre Stephen Harper aurait admis que le sénateur n'avait pas contrevenu aux règles, mais qu'il devait néanmoins rembourser ses dépenses, parce que les règles entourant les résidences des sénateurs « sont inexplicables » pour la base conservatrice.

Mike Duffy affirme qu'il a toujours maintenu la même version des faits selon laquelle ses dépenses respectaient les règles du Sénat.

Selon ce qu'il a déclaré en cour, quand l'histoire a commencé à faire les manchettes en décembre 2012, M. Duffy a tout d'abord reçu l'appui du bureau du premier ministre Harper ainsi que des têtes dirigeantes conservatrices au Sénat.

On lui aurait dit de ne pas répondre aux questions des journalistes, parce que si l'histoire « ne recevait pas d'oxygène, elle allait mourir par elle-même ».

Les choses ont cependant commencé à changer en février 2013. Au fil d'échanges de courriels, des membres du bureau du premier ministre ainsi que les responsables conservateurs à la Chambre haute ont élaboré un plan selon lequel Mike Duffy s'excuserait et s'engagerait à remettre les montants réclamés pour sa résidence d'Ottawa.

Mike Duffy, qui maintient ne pas avoir été impliqué dans l'élaboration de ce plan, a affirmé s'y être opposé quand il en avait été mis au courant, répétant qu'il a respecté les règles. « Ces chrétiens évangélistes m'ont jeté aux lions », a déclaré le sénateur en Cour.

Le 11 février 2013, il a rencontré Nigel Wright. Une rencontre « très froide » selon Mike Duffy, qui s'est déroulée dans l'édifice Langevin à Ottawa, où sont situés les bureaux du premier ministre.

L'ex-chef de cabinet de Stephen Harper lui aurait, à ce moment, ordonné de payer les sommes réclamées. Mike Duffy a affirmé qu'en sortant de l'édifice, il avait croisé l'ancien ministre des Finances Jim Flaherty, à qui il aurait raconté l'histoire. « Ces gens sont incroyables », aurait dit le ministre, qui est décédé depuis.

M. Duffy affirme qu'il a par la suite plaidé sa cause auprès de Stephen Harper lui-même, après une rencontre du caucus conservateur dans l'édifice central du Parlement, en février 2013. M. Duffy aurait dit au premier ministre qu'il vivait une injustice.

Mike Duffy a témoigné sous serment que Stephen Harper lui aurait alors dit : « Je sais que cela semble injuste. Je sais que tu n'as pas contrevenu aux règles, mais ces règles sont inexplicables pour notre base. Donc, tu vas rembourser. Nigel va faire les arrangements nécessaires ».

Lors de son témoignage dans le cadre du procès du sénateur Duffy l'été dernier, Nigel Wright a affirmé que Stephen Harper n'était pas au courant du chèque qu'il avait émis pour rembourser les dépenses de Mike Duffy.

Mike Duffy a plaidé non coupable à 31 chefs d'accusation de fraude, de corruption et d'abus de confiance.

Le scandale des dépenses au Sénat