Femmes autochtones : Ottawa doit créer une sous-commission pour le Québec, plaide Ghislain Picard

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Rapport accablant sur les femmes autochtones au Québec

La commission d'enquête publique fédérale qui se penchera sur les femmes autochtones disparues ou assassinées devrait comprendre une sous-commission qui se penchera exclusivement sur la situation au Québec, estime le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard.

Le chef Picard a présenté cette requête à la ministre des Affaires autochtones et du Nord, Carolyn Bennett, à l'occasion d'une conférence de presse organisée lundi pour le lancement d'un rapport sur les femmes autochtones disparues ou assassinées au Québec.

« Je veux insister sur le besoin, pour la ministre Bennett, de considérer la tenue d'une sous-commission régionale pour le Québec, en raison des réalités spécifiques concernant les langues dans la province, sachant que nos Nations et communautés autochtones travaillent dans les deux langues, en français et en anglais », a dit Ghislain Picard. « Nous croyons que c'est quelque chose que la ministre devrait considérer. »

Le rapport d'une soixantaine de pages braque la lumière sur le fait que la violence est omniprésente dans les communautés autochtones. Il évoque la discrimination dont sont victimes les femmes autochtones, et parle des barrières qui freinent leur accès aux services sociaux. Il prône la création d'une stratégie de prévention, d'accompagnement et d'intervention en matière de violence.

« La violence nous concerne tous, qu'on soit Autochtone ou non-Autochtone. C'est vraiment l'héritage de l'impact de la colonisation, et l'héritage du passage dans les pensionnats. » — Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec

Nous allons coopérer avec Ottawa, assure le ministre Kelley

Le ministre québécois responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, également présent pour l'occasion, n'a pas fermé la porte à l'idée lancée par Ghislain Picard.

« Si [Mme Bennett] donne suite à la demande du chef Picard et qu'il y a une sous-commission au Québec, à un certain moment, il faut arrimer les mandats qu'on va donner à ces instances, pour ne pas avoir trop d'enquêtes publiques dans le champ, si je peux m'exprimer comme ça », a-t-il mis en garde dans un premier temps.

« Nous devons seulement nous assurer que les questions sont abordées de la façon la plus efficace possible, et nous allons certainement coopérer avec le gouvernement fédéral, peu importe le forum qui sera choisi dans le cadre du mandat de l'enquête publique fédérale. » — Geoffrey Kelley, ministre québécois responsable des Affaires autochtones

« On va voir. Je vais rencontrer Mme Bennett, on va discuter comment on peut faire ces travaux, qui sont très importants », a-t-il ajouté.

« Mais moi je pense également qu'il y a beaucoup d'études, beaucoup de recommandations de la commission Vérité et réconciliation que les gouvernements doivent mettre en application », a encore dit M. Kelley. « Je pense qu'on est déjà assez bien meublé au niveau des recommandations. Et je pense qu'un des messages-clés dans le rapport qui vient d'être fait aujourd'hui, c'est qu'il faut passer à l'action. »

Femmes autochtones disparues ou assassinées, notre dossier

La ministre Bennett disposée à créer des sous-commissions régionales

Dans une entrevue accordée à Radio-Canada il y a un peu plus de deux semaines, la ministre Bennett s'est montrée ouverte à créer jusqu'à cinq sous-commissions régionales, en plus de la commission nationale.

Elle a toutefois souligné qu'il serait « inapproprié d'aller de l'avant avec des idées préconçues », et que la forme exacte que prendra la commission sera déterminée après l'actuelle phase de consultation des familles

Cette idée avait été bien accueillie par l'ex-présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada, Michèle Audette.

« La réalité autochtone, ce n'est plus du mur-à-mur, il y a une diversité incroyable. Ce qui se passe au Québec, le français langue seconde, ce n'est pas dans les autres provinces et peut-être que les femmes du nord ne vivent pas la même réalité que celles du sud », avait-elle souligné.

Dans la foulée des révélations d'Enquête sur les femmes autochtones de Val d'Or, l'APQNL avait demandé au gouvernement du Québec de créer une commission d'enquête pour se pencher sur les relations entre les communautés autochtones et la police.

Le premier ministre Philippe Couillard avait alors dit qu'il attendait de connaître les détails de l'enquête fédérale avant de songer à tenir un exercice du genre au Québec. Il avançait cependant qu'il serait « très logique » que la commission fédérale se penche sur les relations entre les forces de sécurité et les Premières Nations.

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