Avec ou sans Ottawa, Montréal aura bientôt des centres d'injection supervisée

Oui aux centres d'injection supervisée

Pour implanter des services d'injection supervisée à Montréal, Québec doit obtenir une exemption à la Loi fédérale sur les drogues de Santé Canada.

Un texte de Anne-Louise DespatieTwitterCourriel

Mais le maire de Montréal a décidé qu'avec ou sans l'assentiment d'Ottawa, il concrétisera le projet de la Direction de la santé publique de Montréal (DSP) d'instaurer trois centres et un service mobile dès l'automne.

« C'est notre responsabilité. On peut bien demander une exemption, mais nous avons l'acceptabilité sociale. Tous les joueurs, toutes les planètes sont en ligne et on a la Cour suprême de notre bord. Faut aller de l'avant, point », tranche encore le maire de Montréal.

« La réalité est politique. Alors, même si le gouvernement Harper essaie de faire durer son plaisir, il y a un jugement de la Cour suprême. » — Denis Coderre

La DSP, qui est derrière le projet depuis cinq ans, dit respecter les conditions établies par le plus haut tribunal du pays, en 2011, pour encadrer le service d'injection supervisée de Vancouver.

Carte :CIUSSS du Centre-Est-de-l'Île-de-Montréal

Montréal prévoit permettre l'injection supervisée dans les locaux de trois organismes communautaires qui distribuent déjà des seringues propres, soit Cactus, Dopamine et Spectre de rue, en plus d'offrir un service mobile qui couvrira quatre arrondissements.

Les études démontrent que les utilisateurs de drogues injectables font plus confiance aux organismes communautaires qu'aux hôpitaux. Le réseau de la santé est cependant étroitement impliqué dans le projet, et le financement de 2,6 millions de dollars est déjà assuré.

L'an dernier, plus de 80 personnes ont fait des surdoses et 25 en sont mortes en l'espace de quatre mois. Les utilisateurs de drogues comme la cocaïne peuvent s'injecter de 15 à 20 doses par jour.

Donner l'occasion aux gros utilisateurs de pouvoir le faire sous la supervision d'un personnel médical, en toute légalité, permet de sauver des vies.

« Ailleurs, on a démontré que quand on intervenait rapidement, on pouvait réduire de 50 % - ou même plus - le nombre de décès reliés à des surdoses, parce que les effets secondaires les plus dangereux arrivent tout de suite après l'injection », explique le médecin Richard Massé, de la DSP de Montréal.

La DSP s'est inspirée des dizaines de services similaires offerts à l'étranger pour élaborer son projet, et ceux qui défendent les droits des toxicomanes sont satisfaits.

« On est assez surpris de la volonté aussi forte, aussi manifeste, de la Ville de Montréal d'aller de l'avant et du gouvernement québécois. Ça nous fait extrêmement chaud au coeur » admet Jean-Bruno Caron, de l'Association québécoise pour la promotion de la santé des personnes utilisatrices de drogues.

La DSP estime à environ 4000 le nombre d'utilisateurs réguliers de drogues injectables à Montréal.

La ministre fédérale de la Santé, Rona Ambrose, a vivement réagi aux intentions du maire Denis Coderre

« Ce n'est pas surprenant que le maire de Montréal, un ancien député sur l'équipe de Justin Trudeau, veut ouvrir des centres d'injection de drogues sans consultation publique. Le gouvernement conservateur [...] a toujours cherché à protéger la sécurité de nos rues et de nos communautés », a fait savoir la ministre dans un communiqué.

Alors que le maire de Montréal songe à ouvrir des centres d'injection supervisée, l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) a publié une étude, jeudi, qui pourrait renforcer son argumentaire.

L'étude démontre que ces centres « n'ont pas augmenté la consommation de drogue ni entraîné une hausse de la criminalité locale liée au trafic de drogue ».

Le rapport rassemble les résultats d'études menées auprès de quelque 90 salles d'injection dans le monde. « Il n'y a pas de preuve que l'accès à ces salles de consommation de drogue augmente l'usage de drogue ou la fréquence des injections de drogue », souligne l'OEDT.

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