Le ministre Blais accuse ses détracteurs de succomber à des « scénarios catastrophes »

La parole aux parents

Le ministre québécois de l'Éducation, François Blais, juge que les conséquences des compressions qui seront effectuées dans les commissions scolaires n'ont rien à voir avec les « scénarios catastrophes » véhiculés dans les médias ces dernières semaines.

Ses déclarations interviennent à l'issue d'une journée de mobilisation dans plusieurs régions du Québec, où parents, élèves, professeurs et professionnels de l'éducation se sont donné la main autour des écoles afin de dénoncer les compressions budgétaires effectuées par le gouvernement Couillard.

Certains ont dénoncé des problèmes de surpopulation à venir dans les classes. Des commissions scolaires font aussi valoir que des postes comme ceux d'orthopédagogues ou de conseillers pédagogiques seront supprimés, entraînant une diminution importante des services aux élèves.

En entrevue à Radio-Canada, le ministre a voulu dissiper ces craintes. « L'augmentation du nombre d'élèves par classe, c'est lié à des ratios définis dans les conventions collectives », dit-il.

« Or, c'est en négociations en ce moment avec les syndicats. Alors, je comprends qu'on fait peur aux gens, qu'on leur dit : " C'est terrible ce qui va se passer, vos enfants vont être dans des classes surabondées ". Mais on n'est pas du tout là, on ne sait même pas si ça va se produire. On mêle beaucoup de choses, des compressions qui doivent être faites à court terme avec des enjeux syndicaux d'un tout autre ordre », poursuit le ministre.

« Moi aussi, je suis un parent, père de deux filles qui sont dans le système public. Je ne suis pas du tout inquiet aujourd'hui, et je n'ai pas du tout l'intention de changer mes filles d'école. » — Le ministre de l'Éducation, François Blais

Les craintes concernant la réduction du personnel technique ou spécialisé sont tout aussi injustifiées, selon lui.

« Ça fait aussi partie des scénarios catastrophes, parce que nous venons de terminer l'évaluation des règles budgétaires que le ministère va se donner à l'endroit des commissions scolaires. Nous venons d'avoir la réponse des commissions scolaires. On va examiner le tout et prendre des décisions », affirme le ministre, qui soutient que les conséquences seront « loin » de ce que les commissions scolaires brossent comme tableau.

Le ministre fait valoir par ailleurs que les commissions scolaires ont un solde budgétaire positif de 800 millions de dollars.

« Ça veut dire que les années passées n'ont pas été si difficiles que ça. » — Le ministre de l'Éducation, François Blais

M. Blais fait aussi référence au rapport Lacroix, qui, selon lui, montre que le « déploiement des ressources peut se faire différemment, avec des gains très importants, qui ne mettent pas en cause la réussite scolaire. »

Ce rapport avançait des économies possibles de 147 millions dans les commissions scolaires.

La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) a présenté lundi au ministre de l'Éducation son mémoire sur les projets de règles budgétaires. Dans ce document, la FCSQ demande au gouvernement de mettre fin aux compressions dans le réseau scolaire, de reconnaître publiquement l'impact négatif de ces compressions sur les services aux élèves et d'assumer sa pleine responsabilité.

Des chaînes humaines pour protéger les écoles du Québec

Chaîne humaine devant l'école Face à Montréal Chaîne humaine devant l'école Face à Montréal  Photo :  Radio-Canada/Charles Contant

Parents, élèves, professeurs et professionnels de l'éducation se sont donné la main avant le début des classes ce matin afin de dénoncer les compressions.

Selon la porte-parole du mouvement Je protège mon école publique, Pascale Grignon, quelque 8000 personnes ont pris part au mouvement dans une centaine d'écoles situées dans huit régions du Québec.

Les manifestants ont formé des chaînes humaines autour de l'école de leur quartier dans un geste symbolique destiné à la protéger contre les compressions.

« Il y a eu de nombreuses vagues de compressions au cours des dernières années et là, on est rendu que le gras a été enlevé, on est rendu sur la chair et sur l'os », illustre Mme Grignon. « Toutes les compressions supplémentaires touchent les services aux élèves et il est faux de dire le contraire. »

Pascale Grignon déplore un problème de surpopulation dans les écoles de la Commission scolaire de Montréal. Un problème qui va s'aggraver l'an prochain et auquel il faut ajouter la diminution du soutien aux enseignants par la réduction du nombre d'orthopédagogues et d'éducateurs spécialisés. « Chaque coupure fait deux ou trois fois plus mal maintenant », poursuit-elle.

La porte-parole du mouvement prévient également qu'il s'agit du début de la mobilisation. « On est aussi à préparer l'automne, ce n'est pas une fin ici, c'est un début », avertit Mme Grignon, en soulignant l'importance de donner une voix « à nos petits cocos ».

« Ça suffit, les compressions en éducation. Au contraire, il faut financer davantage le système d'éducation public. » — Pascale Grignon

Les compressions en éducation forcent la Commission scolaire de Laval à réduire son budget 2015-2016 de 13,5 millions de dollars. Du côté de la Commission scolaire de Marie-Victorin, dans l'agglomération de Longueuil, 11,9 millions de dollars doivent être retranchés pour la même période. La Commission scolaire de Montréal (CSDM) doit quant à elle comprimer ses dépenses de 41 millions de dollars au cours des deux prochaines années.

Une vingtaine d'écoles de la CSDM avaient participé au premier événement lancé par le mouvement Je protège mon école publique, le 1er mai dernier, a rappelé Mme Pascale Grignon. « On se rend compte que la préoccupation est très importante du côté des parents, et près de 100 écoles participent aujourd'hui à la chaîne humaine dans huit régions du Québec. »

De son côté, le ministre québécois de l'Éducation, François Blais, estime que le système d'éducation est en mesure d'absorber ces nouvelles compressions sans toucher les services aux élèves.

Des parents mobilisés pour protéger leur école