Le jugement sur la prière ranime le débat sur la laïcité à Québec

La ministre québécoise de la Justice Stéphanie Vallée La ministre québécoise de la Justice Stéphanie Vallée  Photo :  PC/Jacques Boissinot

La défaite en Cour suprême du Canada du maire de Saguenay, Jean Tremblay, qui défendait le droit de réciter la prière au conseil municipal, contraint plusieurs villes à revoir leurs pratiques, et ranime au passage le débat sur la charte des valeurs péquiste.

Après avoir fait valoir qu'elle allait prendre le temps d'analyser le jugement, la ministre de la Justice du Québec, Stéphanie Vallée, s'est révisée et a avancé que« ce jugement-là nous confirme d'une certaine façon que la charte des valeurs allait à l'encontre (...) de ce principe de neutralité de l'État envers les citoyens qui reçoivent des services ».

La porte-parole du PQ en matière de laïcité, Agnès Maltais, a cependant rétorqué ne pas saisir à quoi elle faisait référence.

« En fait, personne ne comprend ce qu'elle veut dire. Sa première réaction avait été de dire qu'elle lirait le jugement; je pense qu'elle aurait dû s'en tenir à ça », a-t-elle ironisé en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne.

Les trois partis d'opposition sont en fait d'avis que le jugement vient réaffirmer la nécessité, pour le gouvernement Couillard, de déposer un projet de loi sur la laïcité de l'État.

Le chef de la CAQ, François Legault, a invité le premier ministre à cesser « d'avoir peur » et à déposer un projet de loi pour « encadrer les accommodements religieux ».

La députée de Québec solidaire Françoise David s'est, pour sa part, empressée de clamer sa satisfaction à l'idée qu'il n'y ait plus de prière au début des conseils municipaux, et ce, que ladite prière soit catholique ou de toute autre confession.

« [Le jugement] met fin à une très longue saga, et je dirais - sans trop de jeux de mots - à une sorte de croisade du maire Jean Tremblay », soutient Mme David.

Et Françoise David prie à son tour le premier ministre Philippe Couillard de légiférer enfin sur la neutralité religieuse de l'État québécois afin de clore définitivement le dossier.

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Plusieurs villes revoient leurs pratiques

Sur la scène municipale, plusieurs conseils municipaux - d'Ottawa à Dieppe en passant par Louiseville, Lévis et Windsor - ont décidé de revoir leurs pratiques.

Alors que les maires de Louiseville, Windsor et Ottawa ont simplement décidé d'éliminer la pratique, la Ville de Dieppe, au Nouveau-Brunswick, s'interroge pour sa part sur sa situation.

Le maire Yvon Lapierre explique réciter un texte qui n'est pas une prière religieuse, même si on y évoque Dieu. Ce mot « a une définition différente pour différentes personnes », précise-t-il.

Le maire Lapierre souligne n'avoir jamais reçu de plainte à ce sujet. Il précise qu'il va « revoir la pratique » à la lumière du jugement.

« On va évidemment prendre le temps de scruter la décision de la Cour suprême, puis voir comment ça s'applique à nous, si ça s'applique à nous dans notre situation », poursuit M. Lapierre.

Le maire trouve que de réciter la prière est une bonne façon de « rallier les gens » en début de réunion. Mais il dit être prêt à changer la pratique, si c'est illégal.

Au Lac-Saint-Jean, le maire de Saint-Stanislas, Mario Biron, n'est toutefois pas intimidé par la décision de la Cour suprême et n'a pas l'intention d'arrêter de réciter une prière au début des délibérations du conseil.

« On est comme ça, on est comme ça, s'exclame-t-il. Y a-t-il quelqu'un qui va venir à l'assemblée du conseil et qui va dire faites-le plus? Y a-t-il une police qui va venir? »

Quant au principal intéressé, Jean Tremblay, il a mentionné qu'il attendrait jeudi avant de commenter le jugement.