Conjoints immigrants : des délais qui s'allongent

Le reportage de Michel Marsolais

Des milliers d'immigrants ont du mal à régulariser leur situation au pays même après avoir épousé un citoyen canadien. Les délais de traitement des dossiers d'immigration par parrainage de conjoint ont doublé, voire triplé depuis quelques années, laissant ces personnes dans un vide légal qui les empêche de travailler.

Un texte de Michel MarsolaisTwitterCourriel

Mariée au Québec à un résident de la province, Anne Schumacher, d'origine belge, vit sans statut depuis près de deux ans.

Elle n'a pas droit aux services de santé, ni même de conduire une voiture.

« Je n'ai pas le droit de travailler et je n'ai pas le droit d'étudier. Je suis dans un no man's land qui m'a enlevé à 43 ans toute la dignité humaine que j'avais bâtie de par mon ancienne carrière », déplore Anne Schumacher.

« J'ai travaillé 20 ans comme consultante en procédés industriels. J'aurais aimé pouvoir faire profiter le Canada de cette expérience », dit-elle. 

Anne Schumacher est pourtant passée par le programme de parrainage intérieur du gouvernement fédéral. Une procédure qui permet d'obtenir une résidence lors d'un mariage avec un résident canadien.

Mais en quelques années, les délais de cette procédure sont passés de 6 mois à plus de 27 mois.

Son conjoint Philippe Gillet regrette un peu de lui avoir vendu le rêve québécois « Je suis un peu le garant de tout ça. On se sent coupable un moment donné de faire vivre à son épouse, nouvellement épouse et on sait maintenant que ça va durer trois ans à ne pas travailler. C'est là que commence l'atteinte à la dignité », déplore-t-il.

Manifestation à Montréal

Anne Schumacher n'est pas seule à se battre contre la lenteur bureaucratique. Plusieurs ont entrepris de manifester leur mécontentement à Montréal samedi après-midi.

« Il y a environ 10 000 personnes qui ont appliqué pour la résidence permanente parrainage intérieur qui sont en attente. Ça fait beaucoup, beaucoup de gens », explique Sabrina Rehel qui tente de parrainer son conjoint depuis l'an dernier.

Les demandeurs n'arrivent jamais à connaître l'état de leur dossier. Et se retrouve souvent avec de mauvaises surprises.

« Ça fait deux ans que j'ai entrepris les procédures. Et là, mon dossier vient de me revenir le mois passé. Ils m'ont dit que les délais ont augmenté et qu'il faut que je renvoie tous mes papiers et que je repaie tous les frais. C'est une situation qui dépasse l'entendement. C'est un peu ridicule de mettre des familles dans une situation aussi désespérante », se décourage un autre manifestant.

« C'est très difficile d'expliquer les délais parce qu'on a très peu de réponses et de transparence de la part du gouvernement actuel. J'ai amené la question en Chambre au ministre qui n'a pas voulu admettre le problème. Il y a un déni », commente Lysane Blanchette-Lamothe, porte-parole du NPD en matière d'Immigration.

Le récent déménagement du centre de traitement des demandes de Vergreville en Alberta à Mississauga en Ontario n'est sans doute pas étranger au prolongement des délais. Mais pour des milliers de couples en attente d'une vie normale, cette excuse ne tient plus la route.

Trois autres manifestations organisées par le groupe Canada Inlanders Spousal Sponsorship Petitioners ont déjà eu lieu à travers le pays pour inciter le gouvernement à corriger la situation.