La grève étudiante de 2015 ressemble-t-elle à celle du printemps érable?

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Le printemps 2015 sera-t-il une répétition du printemps étudiant de 2012? Les revendications et les acteurs sont-ils les mêmes? Qui appuie les grévistes, qui s'oppose à eux? Voici une courte comparaison des deux mouvements de grève étudiante.

Un texte de Mathieu GobeilTwitterCourriel


LES REVENDICATIONS DES ÉTUDIANTS EN GRÈVE

2012

  • La revendication principale est l'abolition de la hausse de 1625 $ des droits de scolarité universitaires sur 5 ans (une augmentation de 75 %), décrétée par le gouvernement Charest.
  • La Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) réclament le gel des droits de scolarité, alors que la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) milite pour la gratuité scolaire.

2015

  • La grève se veut « sociale » : les grévistes dénoncent les mesures d'austérité du gouvernement Couillard, l'exploitation des hydrocarbures, le « fondamentalisme marchand », la réforme du système de santé, les compressions budgétaires dans les universités et les cégeps, etc.
  • L'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE), qui est en fait l'ancienne CLASSE, prévoit des actions marquées et souhaite créer un large mouvement, alors que la FEUQ et la FECQ - qui ne participent pas directement à la grève, contrairement à 2012 - veulent surtout profiter du mouvement pour sensibiliser les étudiants sur les mesures d'austérité.


L'AMPLEUR DU MOUVEMENT DE GRÈVE

2012

  • Fin mars 2012, au plus fort du mouvement, 316 000 étudiants sont en grève (75 % des étudiants de la province). Jamais la mobilisation étudiante n'a été aussi forte au Québec. Plusieurs associations ont voté pour une grève générale illimitée.
  • Le 22 mars 2012, quelque 100 000 personnes sont dans les rues de Montréal (200 000, selon les organisations étudiantes).
  • Le mouvement dure des mois et devient social : les coups de casseroles résonnent le soir dans les rues pour appuyer les étudiants et dénoncer le gouvernement.
  • La grève occupe l'avant-plan de l'espace médiatique, avec des porte-parole étudiants très éloquents, qui marquent les esprits (Martine Desjardins, Gabriel Nadeau-Dubois et Léo Bureau-Blouin).
  • Certaines manifestations dégénèrent, notamment celle du 4 mai à Victoriaville, en marge du conseil général du PLQ. Plusieurs critiquent la violence exercée par les forces de l'ordre ou par certains protestataires lors de manifestations.
  • Le mouvement de grève, alimenté par l'opposition à la loi 78, perdure jusqu'aux élections de septembre 2012, qui portent le PQ au pouvoir. Celui-ci décrète l'indexation des frais de scolarité.

2015

  • En date du 23 mars, plus de 50 000 étudiants ont voté pour la grève. Soixante-sept associations étudiantes sont en grève du 23 mars au 7 avril. Dix-sept de ces associations ont voté pour une grève d'un seul jour, soit le 23 mars ou le 2 avril. Des dizaines de milliers d'étudiants vont être consultés dans les prochaines semaines.
  • Le 23 mars, des centaines de personnes manifestent à Montréal. On rapporte quelques arrestations.
  • Des étudiants tiendront aussi une grande manifestation le 26 mars devant l'Assemblée nationale du Québec, à l'occasion du dépôt du budget.


QUI APPUIE LES ÉTUDIANTS EN GRÈVE?

2012

2015

  • Les centrales syndicales prennent leurs distances par rapport à cette grève étudiante. Au mieux, elles donnent un appui moral. Des organismes appuient de leur côté les étudiants dans leurs démarches.


QUI S'OPPOSE À LA GRÈVE?

2012

  • Les « carrés verts », représentés par le Mouvement des étudiants socialement responsables du Québec (MESRQ), s'opposent à la grève.
  • Ils demandent des injonctions pour pouvoir suivre leurs cours. Certains intentent des poursuites judiciaires. Plusieurs disent craindre que leur session et leur emploi d'été soient mis en péril.
  • Ils militent aussi pour une réforme de la gouvernance étudiante, qui porterait sur la tenue des votes de grève et sur le pouvoir des associations étudiantes.

2015

  • Les anciens « carrés verts » sont maintenant regroupés au sein de la Fondation 1625. Ils offrent des trousses aux étudiants qui souhaitent réclamer des injonctions pour conserver leur droit d'assister à leurs cours. Ils veulent éviter que le scénario de 2012 se répète. La Fondation recueille des dons pour promouvoir sa cause.
  • Les opposants comptent démontrer «  l'illégalité  » des grèves et des levées de cours.
  • La Fondation promet de s'en prendre non seulement aux associations étudiantes, mais également aux directions des établissements et même au ministre de l'Éducation pour qu'ils garantissent l'accès aux cours.