Hijab en cour : 30 000 $ amassés pour la plaignante

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Campagne de socio-financement pour Rania. Campagne de socio-financement pour Rania.  Photo :  Go Fund Me

Une campagne de sociofinancement sur Internet a permis d'amasser plus de 30 000 $ en une seule journée pour Rania El-Alloul, cette mère de famille monoparentale qui n'a pu être entendue par la cour à Montréal cette semaine parce qu'elle portait un hijab.

Rania El-Alloul a exprimé sa surprise et sa reconnaissance envers cet élan de solidarité, lors d'une entrevue avec La Presse Canadienne. « Des encouragements me proviennent de partout, parce que je sais que je dis la vérité, a dit Mme El-Alloul en entrevue téléphonique. Mon foulard est mon choix et ma foi. »

La campagne Buy a Car for Rania El-Alloul visait à amasser suffisamment d'argent pour lui permettre de s'acheter une voiture. Plus de 600 dons avaient été enregistrés en soirée samedi. La plupart des donateurs ont offert entre 5 $ et 100 $, mais certains ont donné 500 $ et même 1000 $.

Mme El-Alloul devait comparaître mardi à la Cour du Québec pour récupérer son véhicule saisi par la Société de l'assurance automobile du Québec, mais la juge Eliana Marengo a refusé d'entendre son témoignage, à moins qu'elle ne retire son hijab, ce qu'elle n'a pas voulu faire. 

« Au Canada, personne ne peut se faire renier le droit à la justice, peu importe sa race, sa couleur, ses principes, son orientation sexuelle et, oui, sa religion aussi », ont écrit sur Internet les deux organisateurs de la campagne de solidarité, Nouman Ahmad et Rayan Rafay.

Les deux hommes qui habitent respectivement Toronto et Vancouver affirment qu'ils n'ont aucun lien avec Mme El-Alloul et qu'ils n'ont aucune expérience dans ce genre d'activité de sociofinancement.

Ils se disent « déçus et choqués » par la décision de la juge Eliana Marengo, et affirment vouloir faire quelque chose de « productif » pour venir en aide à Rania El-Alloul.

Ils affirment qu'ils vont maintenant consulter la principale intéressée, un avocat et un comptable pour s'assurer « que les souhaits et les besoins financiers de Mme El-Alloul soient respectés ».

Même si l'objectif initial de 20 000 $ a été atteint, la campagne de financement se poursuit. Les organisateurs veulent continuer à amasser des fonds pour permettre à la Montréalaise, qui est séparée et vit de l'aide sociale, de payer ses frais juridiques.

Mme El-Alloul discute actuellement avec des avocats et prévoit déposer une plainte contre la juge Eliana Marengo. « Le plus important est d'être respectée, a-t-elle expliqué. Je l'ai respectée. Elle ne l'a pas fait. Je ne souhaite à personne de vivre une situation semblable. »

La décision de la juge Marengo a été décriée par de nombreux citoyens, politiciens et groupes de protection des droits civils partout au Canada.

Après l'annonce de la cour, un mouvement de sympathie pour Mme El-Alloul a vite été repris sur Twitter, avec le mot-clic #NotMyCanada.

Mais ce n'est toutefois pas tout le monde qui appuie Mme El-Alloul. Nouman Ahmad affirme d'ailleurs qu'il a dû limiter les commentaires sur la page de sa campagne après avoir reçu un certain nombre de commentaires désobligeants.

Écoutez l'enregistrement de l'échange entre la juge Marengo et Mme El-Alloul, obtenu par CBC (en anglais) :

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