Procès Magnotta : la Couronne attaque la crédibilité du psychiatre Watts

Jour 31 du procès Magnotta : le compte rendu d'Isabelle Richer

La crédibilité du psychiatre Joel Watts, qui défend la thèse de la non-responsabilité criminelle de Luka Rocco Magnotta, a été attaquée sans ménagement mardi par le procureur de la Couronne.

Un texte de François MessierTwitterCourriel

Me Louis Bouthillier s'est particulièrement intéressé en après-midi à la version que l'accusé a donnée au Dr Watts au sujet de la nuit du 24 au 25 mai 2012, lors de laquelle l'étudiant chinois Lin Jun a été tué et démembré.

Il a relevé que l'accusé allègue qu'un dénommé Manny, dont l'existence n'a jamais été prouvée, l'a appelé à de multiples reprises cette nuit-là.

Or le psychiatre Watts a admis qu'il n'a jamais cherché à vérifier cette information à partir du registre téléphonique des appels faits par l'accusé, qu'il avait pourtant en sa possession. « Peut-être que j'aurais pu », a-t-il admis devant le jury.

Selon Magnotta, Manny est un client qu'il a rencontré en tant qu'escorte à New York en 2010 et qui est devenu violent, voire dominateur avec lui. Le Dr Watts croit que Magnotta a bel et bien rencontré cet homme, mais qu'il a fini par n'être qu'une hallucination auditive.

Le psychiatre a déclaré que les personnes qui souffrent de psychose sont capables de créer des scénarios mettant en scène des personnages imaginaires.

Une version difficilement conciliable avec les faits

La Couronne a aussi laissé entendre que la version de Magnotta était pleine d'incohérences et qu'il semble se contredire à de multiples reprises. L'accusé a par exemple dit au Dr Watts qu'il est sorti promener son chien après avoir donné des comprimés d'un somnifère à Lin Jun, qui lui en avait demandé.

La Couronne a noté que selon les images captées par les caméras de surveillance de l'immeuble à logement du boulevard Décarie où le meurtre a été commis, Magnotta est effectivement sorti promener son chien à 4 h 36 le 25 mai 2012.

Le procureur Bouthillier a demandé au témoin comment il pouvait réconcilier cette déclaration avec d'autres images de caméras de surveillance, qui montrent Magnotta faisant plusieurs allers-retours au sous-sol de l'immeuble, pour y jeter toutes sortes de choses aux vidanges.

Le Dr Watts a convenu que « personne ne sait » exactement à quelle heure Lin Jun a été tué. Il a argué que les psychotiques peuvent perdre la notion du temps.

« Êtes-vous en train de suggérer que l'information fournie par M. Magnotta n'est pas fiable », lui a demandé le procureur Bouthillier. « Non », s'est défendu le Dr Watts, avant de préciser que la séquence des évènements pourrait ne pas correspondre à la réalité.

D'autres incohérences

Le procureur de la Couronne a aussi souligné que Luka Rocco Magnotta a déclaré au Dr Watts qu'après être allé promener son chien le 25 mai, il se sentait « malade » et ne voulait plus avoir de relations sexuelles avec Lin Jun. Pourtant, a-t-il noté, il s'est tout de même livré à des actes de nécrophilie par la suite.

Me Bouthillier s'est également interrogé sur les dires de Magnotta, selon lesquels Lin Jun était d'accord pour être filmé lors de leur relation sexuelle. Il a rappelé que l'homosexualité du jeune homme n'était nullement connue.

Le procureur de la Couronne a également présenté au Dr Watts une série de textos envoyés par Luka Rocco Magnotta dans les jours précédant le meurtre. On y apprend notamment, selon lui, que l'accusé a tenté de se procurer de la marijuana.

Or Magnotta a dit au Dr Watts qu'il ne consommait de la marijuana qu'à l'occasion, et qu'il tentait en général d'éviter les drogues, puisqu'il savait que cela pouvait contribuer à déclencher des symptômes psychotiques.

Le psychiatre de l'Institut Philippe-Pinel a répondu qu'il n'avait jamais vu ces textos, mais que cela ne modifiait pas ses conclusions, selon lesquelles Luka Rocco Magnotta n'avait pas de problèmes de consommation de drogue.

Joel Watts a aussi affirmé qu'il avait regardé le film Basic Instinct au début de l'année dernière. Il a cependant admis qu'il n'avait posé aucune question à Magnotta au sujet des parallèles entre ce film et les gestes qu'il a commis.

Luka Rocco Magnotta est accusé du meurtre au premier degré de Lin Jun, d'outrage à son cadavre, de production de matériel obscène, d'utilisation de la poste pour le diffuser et de harcèlement envers le premier ministre Stephen Harper et d'autres membres du Parlement.

Il a reconnu les faits dès le début du procès, mais il a plaidé non coupable. Son avocat soutient qu'il souffre de schizophrénie paranoïde et qu'il doit donc être déclaré non criminellement responsable de ses gestes.

Magnotta face à la justice