Assassins Creed Unity pour enseigner la Révolution française

Entrevue avec Laurent Turcot, professeur d'histoire à l'UQTR

Laurent Turcot, professeur d'histoire à l'UQTR qui a conseillé Ubisoft dans la création d'un nouveau jeu vidéo, termine sa collaboration avec un précieux legs : utiliser ce matériel très sophistiqué dans ses cours universitaires sur la Révolution française.  

C'est une histoire qui trouve son origine dans le souci du détail presque maladif d'Ubisoft et la passion dévorante pour l'Histoire de ce professeur. Car rien, a priori, ne prédisposait Laurent Turcot à collaborer avec Ubisoft, lui qui n'est vraiment pas un féru du jeu vidéo. Son dada, c'est la Révolution française, Paris du 18e siècle, sujet de sa thèse universitaire.

Et c'est cette expertise qui recherchait Ubisoft - une entreprise française bien implantée à Montréal - pour affiner les moindres détails de ses images consacrées à la nouvelle édition d'Assassins Creed Unity, la quatrième version du populaire jeu vidéo qui a été déjà vendu à 52 millions d'exemplaires dans le monde.

Cette fois-ci, le décor est planté dans le Paris de 1789, en pleine Révolution française.

Laurent Turcot, professeur d'histoire à l'Université du Québec à Trois-Rivières Laurent Turcot, professeur d'histoire à l'Université du Québec à Trois-Rivières

C'est que, comme l'explique Laurent Turcot, le détail est immensément important dans le jeu vidéo, qui, contrairement au cinéma, n'a pas de trame narrative, de fil conducteur.

« Ça veut dire qu'il faut reproduire un environnement extrêmement grand. Juste pour vous donner une idée, ils [les techniciens d'Ubisoft] ont reproduit un périmètre d'à peu près 20 kilomètres carrés à une échelle de 1/1, donc ils ont refait Notre Dame en entier, ça a pris deux ans à le faire, le palais du Luxembourg, le jardin des Tuileries. C'est complètement fou ce qu'ils ont fait », témoigne-t-il.

« Quand Ubisoft m'a contacté, ils m'ont dit : ''on connaît la trame politique, mais nous, ce qu'on veut, c'est le tous-les-jours''. Et c'est un peu ma spécialité : comment les gens vivent dans la rue? Les mendiants. Est-ce que ça sent mauvais? La boue, les chevaux,  la politesse. Où fait-on caca par exemple? Où fait-on pipi? C'est des trucs de base qui, aujourd'hui, nous semblent évidents et instinctifs, mais qui, à l'époque, au 18e siècle, étaient complètement différents », raconte le prof d'histoire.

Laurent Turcot est d'autant plus satisfait de son expérience avec Ubisoft que le fruit de sa collaboration lui servira aussi dans ses courts à l'université. En effet, le jeune professeur pourra utiliser les vidéos du jeu, expurgées de certains aspects, pour illustrer - et de fort belle manière!- ses explications aux étudiants.

Extrait d'un jeu vidéo d'Ubisoft Extrait d'un jeu vidéo d'Ubisoft

« Ce qu'on va faire dans les prochains mois, c'est qu'on va prendre le jeu et je vais retirer tous les personnages, toute la trame narrative, et on va pouvoir se promener dans le Paris de 1789 comme un Google Street View. Dans mes cours sur la Révolution (française), on va pouvoir avancer, se tourner vers un bâtiment néo-classique, parler d'architecture, se tourner vers un policier, parler de la police à Paris. Donc, c'est ce que j'appelle un peu l'enseignement augmenté », se réjouit Laurent Turcot, content de se passer de ses acétates et autres projections PowerPoint.

« Moi, ce que j'ai fait, c'est que j'apportais des extraits de films, mais ça commençait à devenir difficile, parce qu'il fallait que je leur explique [aux étudiants] qui étaient les personnages. Et là, je me dis : ''c'est quoi la suite? Quelle est la manière de révolutionner l'enseignement?'' Et c'est là qu'Ubisoft m'a approché et j'ai dit : ''voilà, je le tiens''. Donc j'ai réussi à avoir l'argent qu'on ne nous donne pas à l'université par l'entreprise privée, ce qui est dommage, disons-le, malheureusement ».