Cimenterie de Port-Daniel-Gascons : les Micmacs veulent leur part

Cimenterie à Port-Daniel : les Micmacs veulent leur part

Les Micmacs de la Gaspésie veulent obtenir une partie des bénéfices et des emplois de la cimenterie McInnis à Port-Daniel. Et puisque les pourparlers ne vont pas à leur goût, ils pourraient s'opposer au projet ou porter l'affaire devant les tribunaux.

Un reportage de Davide GentileTwitterCourriel

Claude Jeanotte, chef de la communauté de Gespeg, affirme que « s'il n'y a pas d'ouverture à une entente avec les Micmacs en Gaspésie, c'est certain qu'on va être opposés à ce projet-là ».

Mardi, en entrevue, le directeur général de Ciment McInnis, Christian Gagnon, confirmait les informations de Radio-Canada quant au fait que des négociations ont été lancées dès 2012. Mais, selon lui, les pourparlers « se déroulent bien » et l'entreprise serait prête à plusieurs compromis avec les autochtones.

Partage des bénéfices et emplois pour les Micmacs

Christian Gagnon admet du bout des lèvres que les Micmacs veulent obtenir une compensation financière. « Les gens disent : on veut regarder de ce côté-là. Ils voudraient qu'il y ait des bénéfices qui leur reviennent ».

Impossible d'avoir quelque détail quant aux montants demandés, puisque les deux parties se seraient engagées à la confidentialité. Mais une chose est claire, les Micmacs veulent de l'argent sonnant, puisque le projet se fait sur leurs terres ancestrales.

« Nous, c'est une forme de redevances, parce qu'on dit on doit être capables de maintenir des services. Avec les coupures que les gouvernements font aux Premières Nations, c'est important qu'on puisse travailler avec plus d'argent », affirme Christian Gagnon.

« La nation cherche aussi à obtenir sa part d'emplois. À l'heure actuelle, quelques Micmacs travaillent au montage de structures et ça pourrait augmenter », ajoute-t-il.

Dans un mois, dit M. Gagnon, « on pourrait lancer la construction d'une énorme tour et ça devrait durer 14 mois ».

« Pour les Autochtones, les emplois sont une base de discussion incontournable. C'est certain qu'on veut que nos gens soient placés au niveau de ces entreprises-là », affirme M. Jeannotte, qui souligne que certains membres de sa communauté seraient prêts à suivre la formation nécessaire.

Déjà des dédommagements pour la pêche au homard

Les deux parties négocient déjà des compensations environnementales. Le chef Jeannotte souligne que le projet « affecte deux montagnes ». L'utilisation de territoires autrefois utilisés par des trappeurs micmacs doit aussi être compensée, selon M. Jeannotte.

Ciment McInnis a déjà dû dédommager les pêcheurs micmacs pour l'implantation de son terminal maritime en eau profonde. Le permis octroyé par Pêche et Océans Canada prévoit la construction de quatre « récifs de homards ». Ces structures artificielles servent à faciliter la reproduction des homards, une espèce importante pour les pêcheurs micmacs. Ciment McInnis ne confirme pas le coût de ces structures.

Des négociations qui se compliquent

Ciment McInnis et les Micmacs ne semblent pas percevoir la négociation de la même manière. Le président de l'entreprise semblait optimiste mardi. « On se devait d'avoir une base de discussion et d'information sur notre projet », affirme M. Gagnon.

L'entreprise affirme ne pas avoir d'obligation légale, mais une « obligation morale » d'en venir à une entente équitable avec les Autochtones. Mais côté micmac, on parle de pourparlers plus complexes. Tellement que Claude Jeannotte affirme qu'à « un moment donné, peut-être qu'on n'aura pas le choix d'aller devant la justice ».

L'entreprise affirmait mardi espérer en venir à une entente d'ici l'ouverture de la cimenterie, dans deux ans.

Un parcours parsemé d'embûches

La construction des installations a débuté au printemps, mais plusieurs irritants demeurent.

Il y a d'abord les producteurs de ciment canadiens qui critiquent l'aide d'environ 400 millions accordée par Québec. S'ajoute à cela l'opposition grandissante de politiciens américains. En octobre on apprenait que les sénateurs de l'état de New York demandaient une enquête de Washington sur « l'aide financière » accordée à la cimenterie.

Avec un investissement total de plus d'un milliard, la cimenterie, l'un des plus gros projets industriels actuellement en marche au Québec.

Finalement, rappelons qu'une coalition, qui regroupe Lafarge Canada et deux groupes environnementaux, conteste la légalité du certificat d'autorisation émis par le ministère de l'Environnement au printemps. On estime qu'à terme la cimenterie emploiera environ 200 personnes. Sa production serait essentiellement destinée au marché américain.