Qui était Michael Zehaf-Bibeau, le tireur au parlement?

Portrait du tireur : reportage de Karine Bastien

L'auteur de la fusillade au parlement d'Ottawa a été identifié comme étant Michael Zehaf-Bibeau, 32 ans. Natif de Montréal, il a quitté le Québec il y a quelques années pour s'installer dans l'Ouest canadien. Un rapport psychiatrique de 2011 indique que l'homme, qui se décrivait comme un musulman convaincu depuis sept ans, affirmait avoir une dépendance à la cocaïne.

Sa mère, Susan Bibeau, est fonctionnaire fédérale. Elle détient un poste de direction à la Commission de l'immigration et du statut de réfugié.

Son père, Bulgasem Zehaf, est d'origine libyenne. De 1994 à 2004, il a été propriétaire du café bistro Tripol, dans la rue Crescent, à Montréal. M. Zehaf voyageait régulièrement entre le Canada et la Libye, où son fils l'aurait accompagné pour un court séjour.

Bulgasem Zehaf serait retourné dans son pays d'origine en 2011 pour se battre contre le régime de Mouammar Kadhafi, mais il est depuis revenu au Canada.

Les parents de M. Zehaf-Bibeau ont divorcé en 1999 mais, selon un proche ami de Mme Bibeau, ils seraient encore en contact.

Le tireur a fréquenté des écoles primaires et secondaires de Laval. Il a également fait sa deuxième année de secondaire au Collège Stanislas, une école privée d'Outremont.

L'homme qui voulait aller en prison

Michael Zehaf-Bibeau avait été condamné à plusieurs reprises au Québec au cours des années 2000 pour des accusations reliées à la possession de drogue.

Sa dernière adresse connue est au centre-ville de Vancouver, dans une maison de chambres de la rue Cordova. Il aurait brièvement fréquenté la mosquée Masjid Al-Salaam, à Burnaby.

En décembre 2011, Michael Zehaf-Bibeau s'était présenté à un poste de la GRC à Burnaby pour déclarer un vol à main armée qu'il a commis il y a 10 ans. Il disait qu'il voulait aller en prison, sans-abri qu'il était. Sans preuve, les policiers ne pouvaient l'arrêter, mais ils l'ont tout de même retenu en vertu de la loi sur la santé mentale. Il a été aussitôt libéré, même s'il voulait rester en prison.

Quelques heures après sa libération, il est entré dans un restaurant McDonald's et a menacé un employé avec un bâton, lui réclamant de l'argent. Les policiers sont intervenus et l'ont arrêté, et cela semblait lui convenir. Il a été condamné à une journée de prison.

Michael Zehaf-Bibeau a subi une évaluation psychiatrique qui concluait que « l'accusé est conscient de la charge et des éventuelles conséquences de la condamnation. Il veut être en prison, car il estime que c'est la seule façon de surmonter sa dépendance à la cocaïne ».

Le rapport relevait aussi qu'« il a été un musulman dévoué pendant sept ans et croit qu'il doit passer du temps en prison en guise de sacrifice pour ses erreurs du passé. Il espère être une meilleure personne à sa libération. »

Le psychiatre avait toutefois statué que cela n'était pas suffisant pour conclure à un « diagnostic de trouble mental. »

Durant les deux dernières semaines de sa vie, il fréquentait un refuge pour sans-abri d'Ottawa.

Un homme qui l'y a côtoyé soutient qu'il avait l'air tout à fait normal, mais qu'en même temps, son comportement était bizarre et qu'il lui faisait plutôt peur. Michael Zehaf-Bibeau portait toujours un keffieh noir et blanc et disait aux autres de prier parce qu'il croyait que la fin du monde approchait.

Pas d'explication possible, dit sa mère

La mère de Michael Zehaf-Bibeau, Susan Bibeau, a été jointe au téléphone jeudi par l'Associated Press. La femme, qui était à l'extérieur du Québec au moment des événements à Ottawa, était sous le choc. En larmes, elle a dit pleurer pour les victimes de l'attentat, et non pour son fils. Elle a ajouté qu'elle ne savait que dire aux personnes touchées par l'attaque.

« Peut-on vraiment expliquer une telle chose? », s'est-elle demandé. « Nous sommes désolés. »

Par la suite, dans un courriel qu'elle a fait parvenir à l'AP, Mme Bibeau et son ex-mari, Bulgasem Zehaf, le père du suspect, s'excusent « pour toute la douleur, l'effroi et le chaos » que leur fils a créés. Susan Bibeau se dit très en colère contre ce dernier, qu'elle avait vu la semaine dernière pour la première fois depuis cinq ans.

M. Zehaf-Bibeau est soupçonné d'avoir tué le caporal Nathan Cirillo, et d'avoir ouvert le feu dans le hall d'honneur du parlement avant d'être abattu dans l'édifice du centre. Trois autres personnes ont été blessées au cours de l'attaque.

Un individu « désillusionné qui nourrissait des croyances extrémistes »

En conférence de presse jeudi, le commissaire de la GRC Bob Paulson a déclaré que Michael Zehaf-Bibeau ne faisait pas partie des 93 personnes à risques qui font actuellement l'objet d'enquêtes à la GRC.

« Nous avons appris, grâce à notre enquête, que cet individu [Michael Zehaf-Bibeau] était à Ottawa au moins depuis le 2 octobre 2014, qu'il était en ville pour régler une question de passeport, mais qu'il espérait également partir pour la Syrie. » — Le commissaire à la GRC Bob Paulson, durant la conférence de presse au lendemain de l'attaque perpétrée contre le Parlement canadien

La GRC a appris que Michael Zehaf-Bibeau « pouvait avoir eu » la double citoyenneté, soit canadienne et libyenne.

Bien que le suspect ne figurait pas parmi les 93 personnes surveillées par les autorités, Michael Zehaf-Bibeau était connu de la GRC avant le drame du 22 octobre à Ottawa qui a coûté la vie au caporal Nathan Cirillo

Le commissaire de la GRC Bob Paulson (en avant-plan) et le chef de la police d'Ottawa Charles Bordeleau Le commissaire de la GRC Bob Paulson (en avant-plan) et le chef de la police d'Ottawa Charles Bordeleau  Photo :  PC/PATRICK DOYLE

En effet, Bob Paulson a révélé que Zehaf-Bibeau avait fait une demande de passeport et que la GRC avait reçu une demande d'enquête à ce sujet. La GRC ne disposait cependant d'aucun renseignement alors qui aurait pu indiquer qu'il pouvait poser un risque pour la sécurité nationale.

Cependant « le dossier criminel de Michael Zehaf-Bibeau montrait de la drogue, de la violence et d'autres activités criminelles », explique Bob Paulson. 

La GRC n'a pas révélé si Michael Zehaf-Bibeau avait finalement obtenu un passeport.

« La GRC avait également des informations non corroborées selon lesquelles il [Michael Zehaf-Bibeau] avait des associations avec un individu qui est connu de la GRC. » — Le commissaire à la GRC Bob Paulson, durant la conférence de presse au lendemain de l'attaque perpétrée contre le Parlement canadien

La GRC a appris également que le véhicule beige qu'a utilisé Michael Zehaf-Bibeau pour se diriger vers le site du parlement avait été acheté le 21 octobre 2014. Il est à noter qu'un deuxième véhicule a par la suite été utilisé par le suspect, soit la voiture noire de la ministre d'État Michelle Rempel, sur la colline du Parlement.

« Nos partenaires à la police d'Ottawa et à la GRC, on est d'accord que Zehaf-Bibeau a agi seul hier et qu'il est la même personne qui a tué le militaire au cénotaphe et s'est faufilée dans le parlement.  » — Le commissaire à la GRC Bob Paulson, durant la conférence de presse au lendemain de l'attaque perpétrée contre le Parlement canadien

Selon la GRC, il n'existe pas de lien entre Martin Couture-Rouleau, le suspect dans l'attaque de St-Jean-sur-Richelieu, et Michael Zehaf-Bibeau. 

Michael Zehaf-Bibeau était quelqu'un de « désillusionné qui nourrissait des croyances extrémistes », a conclu Bob Paulson.

 

Avec les informations de Tamara Alteresco