Texter au volant, la 2e cause de mortalité sur les routes en C.-B.

null  Photo :  CBC

« Texter au volant, c'est comme conduire en état d'ébriété », estime une victime d'un accident de la route, à qui plusieurs donnent raison. Le fait de texter au volant est d'ailleurs devenu, avec la vitesse, l'infraction routière causant le plus d'accidents en Colombie-Britannique.

Un texte de Dominique ArnoldiTwitterCourriel

Daryl Wear se souvient très clairement de l'accident survenu le 19 septembre 2006. Le chauffeur de camion roulait sur l'autoroute près d'Agassiz, à une centaine de kilomètres à l'est de Vancouver, lorsqu'il a vu une petite voiture fonçant droit sur lui, dans sa voie.

Le véhicule a percuté le camion, rebondissant à 30 mètres plus loin. La pression qu'a mise Daryl Wear sur le frein a fait sauter sa rotule, et sa compagne, Anita Mosimann, s'est fracassé le nez dans le pare-brise. Le camion a été déclaré perte totale. La jeune fille de 20 ans qui conduisait l'autre voiture textait sur son portable au moment de l'accident. Elle est morte sur le coup. Une des nombreuses victimes de la distraction au volant au pays.

L'an dernier, 88 personnes sont mortes en Colombie-Britannique à cause de la distraction au volant, devenue la deuxième cause de mortalité sur les routes de la province, plus importante maintenant que la conduite en état d'ébriété.

Selon une étude de l'Institut du transport de Virginia Tech de 2010, texter au volant :

  • augmente de 23 fois le risque d'accident;
  • représente le même risque que de conduire après avoir consommé quatre bières;
  • équivaut à franchir une distance similaire à un terrain de football les yeux fermés à 70 km/h.

La Colombie-Britannique vient d'annoncer qu'à partir du 20 octobre 2014, l'amende imposée à toute personne prise une deuxième fois à texter au volant sera de près de 1000 $. En Ontario, une première offense coûtera 1000 $.

Il n'y a que deux provinces canadiennes - la Nouvelle-Écosse et l'Alberta - qui n'imposent pas de points d'inaptitude pour l'infraction. Mais pour Daryl Wear, ce n'est pas encore assez.

« Texter au volant, c'est comme conduire en état d'ébriété. Le risque est le même : votre véhicule peut sortir de la route, vous pouvez avoir un accident ou tuer quelqu'un. Alors les pénalités pour une infraction comme texter au volant devraient être les mêmes que celles imposées pour la conduite en état d'ébriété. » — Daryl Wear

Plusieurs lui donnent raison. L'administration américaine du transport juge le fait de texter au volant aussi dangereux que la conduite en état d'ébriété. Et selon Daniel Gardner, professeur de droit à l'Université Laval à Québec, les amendes et les points d'inaptitude seuls ne suffiront pas à changer les attitudes.

« Finalement, ce n'est pas la peur de l'accident, ce n'est même pas la peur de l'amende souvent qui va arrêter les gens, c'est la peur de perdre son permis. C'est la sanction qui semble frapper le plus l'imaginaire du contrevenant potentiel. Pas seulement du premier coup ou en une seule fois, mais à force d'être pris dans ce genre de petites infractions avec quelques points d'inaptitude et qu'après on ait une suspension du permis de conduire », explique-t-il.

« Le problème, c'est qu'on dit toujours : "oui, mais je vais garder les yeux sur la route, je vais minimalement faire des textos très courts". Je crois que ça part de là, on n'a pas encore réalisé toute l'ampleur de la dangerosité du fait de texter au volant, parce que là, on parle de la pire des choses, parce que là, c'est non seulement la tête qui n'est pas là, mais les yeux non plus. » — Daniel Gardner, professeur de droit à l'Université Laval

Le Québec, l'Ontario et la Colombie-Britannique ont lancé des campagnes de sensibilisation sur les dangers de texter au volant, mais selon une étude américaine de l'association des automobilistes, même si 94 % des conducteurs savent très bien qu'il est dangereux de texter au volant, le tiers d'entre eux le font quand même.