Cyberintimidation : quand le clavier fait mal

Cyberintimidation. Cyberintimidation.  Photo :  Istock

L'intimidation sera le sujet sur toutes les lèvres, jeudi, à Québec, lors du forum provincial qui réunira des intervenants de tous horizons en vue de jeter les bases d'un nouveau plan d'action pour enrayer le problème.

Un texte de Catherine ParadisTwitterCourriel

Le phénomène de la cyberintimidation prend de l'ampleur et fait des victimes de plus en plus jeunes, au point où il change la façon de s'y prendre pour prévenir la violence physique et verbale.

La cyberintimidation passe autant par les réseaux sociaux que les messages textes et les photos, qui se propagent de clic en clic.

Des jeunes rencontrés près de la maison des jeunes d'Alma, au Lac-Saint-Jean, ont subi  les affres des remarques blessantes et des menaces de leurs camarades au primaire et au secondaire.

Cynthia a même été retirée de l'école pendant quelques mois en 6e année. Dans son cas, l'intimidation est passée du réel au virtuel.

« Ils pouvaient me traiter de pute, ils pouvaient même me faire des menaces de mort. Puis, le monde me disait sur Facebook "tu as trop peur d'aller à l'école". » — Cynthia

Pour voir les témoignages des jeunes sur votre appareil mobile, cliquez ici

Un autre adolescent, qui préfère garder l'anonymat même quatre ans après avoir été intimidé, raconte qu'il a longtemps écrit ce qu'il vivait parce qu'il n'arrivait pas à en parler.

« Ils me traitaient de souris, de rat, de tout ça parce que j'avais les oreilles décollées et les dents, mes palettes ressorties. Puis, il y en a un qui est allé en avant et qui a dessiné une souris en avant et tout le monde riait. Moi, j'étais tout seul en arrière. Je suis parti. » — Un adolescent de 5e secondaire

L'adolescent porte encore les marques de l'intimidation qu'il a vécue. « Ils ont dû faire des lettres d'excuses, dit-il. Je les ai toutes gardées chez nous, je collectionne tout ce qui me donne confiance en moi dans un petit coffre, au cas si j'étais faible, si je les lisais, bien ça m'aiderait. »

Ensemble contre la cyberintimidation

La maison des jeunes d'Alma a plus de 600 abonnés sur sa page Facebook. L'animateur Alexandre Des Ruisseaux-McConnell explique qu'en étant ainsi connecté aux jeunes, il finit par voir des choses qu'il préférerait ne pas voir.

« En tant que tel, ce n'est pas sur le site de la maison des jeunes, c'est dans notre fils d'actualité. Quand c'est dans leur vie privée, on n'a pas à intervenir. Si le jeune vient m'en parler, c'est correct, mais c'est tout nouveau en intervention Facebook. Pour l'instant, le mot d'ordre c'est ce qui se passe sur notre page Facebook, on peut intervenir. » — Alexandre Des Ruisseaux-McConnell, animateur

À la Commission scolaire du Lac-Saint-Jean, le conseiller pédagogique chargé de la politique de non-violence et de lutte contre l'intimidation, Nicolas Martel, est à l'origine des des rassemblements « Sois grand dans un milieu non violent ».

« Les 14 municipalités ont été invitées à participer. On avait un organisme communautaire, également la Sûreté du Québec et la commission scolaire ont fait front commun pour travailler ensemble contre l'intimidation », explique M. Martel.

Le conseiller pédagogique mène une recherche-action avec l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) afin de décrire en détail l'utilisation que les jeunes font d'Internet. Les résultats serviront à concevoir des ateliers d'information et de prévention.

« Souvent, le jeune [se dit] : je vais faire une action sur Internet, mais les conséquences, je n'y penserai pas nécessairement. C'est cet aspect-là qu'on essaie de travailler avec l'Université du Québec à Chicoutimi, précise Nicolas Martel. Au Québec, il y a certaines études, mais il n'y a pas beaucoup de données. Ce qu'on veut, c'est diffuser cette action-là aux parents, même aux organismes communautaires, pour mettre fin à l'intimidation. »

Le Forum sur la lutte contre l'intimidation, qui se tiendra le 2 octobre, sera diffusé sur Internet. Il y aura également une consultation sur le web jusqu'au 30 novembre. Pour suivre le forum sur Twitter : @famillequebec, #intimidation