Le jury bombardé de photos au procès de Magnotta

Le compte rendu d'Isabelle Richer

Trois policiers du service d'identité judiciaire de la police de Montréal ont été appelés à la barre des témoins par la Couronne mardi, au deuxième jour du procès de Luka Rocco Magnotta, accusé d'avoir assassiné et démembré l'étudiant chinois Lin Jun, le 25 mai 2012. 

Un texte de François MessierTwitterCourriel

Le procureur Louis Bouthillier a commencé par compléter l'interrogatoire de la policière Caroline Simoneau, qui avait présenté lundi la preuve photographique récoltée par la police à l'extérieur de l'immeuble à logements du boulevard Décarie, où M. Jun a été tué. Des parties de corps y avaient été retrouvées.

Mme Simoneau a présenté cette fois des preuves photographiques obtenues en juin 2012 des polices d'Ottawa et de Vancouver.

Dans le premier cas, il s'agissait de colis postaux envoyés au Parti libéral et au Parti conservateur du Canada, sous un pseudonyme. Ils contenaient tous deux des parties de corps, du papier d'emballage rose et des notes confuses faisant référence au premier ministre Stephen Harper et à sa femme.

Les colis, fournis au SPVM par la police de Vancouver, avaient été envoyés à deux écoles primaires, soit St. George's et False Creek. Ils contenaient également des parties de corps, du papier d'emballage rose, et des notes manuscrites, cette fois beaucoup plus menaçantes.

Sur l'une d'elle, on peut lire : « les roses sont rouges, les violettes sont bleues, la police pour t'identifier aura besoin de tes empreintes dentaires, salope ».

Note trouvée à l'intérieur d'un paquet envoyé à une école de Vancouver et présentée en preuve au procès de Luka Rocco Magnotta Note trouvée à l'intérieur d'un paquet envoyé à une école de Vancouver et présentée en preuve au procès de Luka Rocco Magnotta

Elles avaient aussi été expédiées sous un pseudonyme.

Me Bouthillier a aussi appelé à la barre Chantal Turmel, qui avait pris des photos dans l'appartement qu'habitait Luka Rocco Magnotta. Elle a montré que de nombreuses « substances rougeâtres » avaient alors retenu l'attention de biologistes judiciaires et avaient été envoyées au laboratoire pour expertise.

Ces taches se trouvaient à différents endroits dans la salle de bain, la cuisine et la chambre à coucher de l'appartement. Les policiers en ont notamment retrouvé dans le réfrigérateur et sur le matelas de la chambre, qui avait d'ailleurs été retourné et en partie blanchi.

Mme Turmel a aussi expliqué qu'elle avait fouillé les poubelles récupérées par la police devant l'immeuble à logements, afin de retrouver une affiche du film Casablanca et une bouteille de vin qui apparaissaient dans une vidéo circulant dans Internet. La bouteille, dit-elle, aurait servi à infliger des sévices à la victime. 

Photo présentée en preuve par la Couronne montrant des articles trouvés près de l'immeuble où habitait Luka Rocco Magnotta Photo présentée en preuve par la Couronne montrant des articles trouvés près de l'immeuble où habitait Luka Rocco Magnotta

Après ce témoignage, le jury a assisté au témoignage d'un autre policier, Richard Dionne, qui a présenté des photos prises au parc Angrignon le 1er juillet 2012, après qu'une autre partie de corps eut été retrouvée.

Rocco Luca Magnotta a écouté ces témoignages par l'entremise d'un interprète, les trois témoins entendus mardi parlant tous français. Il a baissé les yeux lorsque certaines photos explicites ont été montrées au jury. 

Le père de Lin Jun est aussi présent au palais de justice de Montréal, mais il écoute la retransmission dans une salle privée qui a été aménagée pour lui.

La policière SImoneau contre-interrogée

En après-midi l'avocat de Rocco Luka Magnotta, Luc Leclair, a contre-interrogé la policière Simoneau, dont le témoignage avait été suspendu en avant-midi. Il lui a d'abord fait préciser que les endroits où des parties de corps avaient été dissimulées dans des ordures étaient facilement visibles par des passants.

Me Leclair a par la suite demandé à la policière de sortir certains articles retrouvés dans les ordures. Il les a exhibés devant le jury avant de les déposer en preuve.

Parmi les éléments qui ont retenu son attention, notons une série de vêtements, des ciseaux, deux tournevis, un marteau, une meuleuse, un planibus de la STM, des journaux gratuits, un document de l'hôpital Royal Victoria et une carte du métro de Londres.

Le contre-interrogatoire de la policière Simoneau se poursuivra mercredi matin.

Magnotta admet les faits, mais pas sa culpabilité

Luka Rocco Magnotta a admis hier dès l'ouverture du procès qu'il a tué et démembré Lin Jun, qu'il a profané son cadavre - une scène qu'il a filmée - et qu'il a finalement expédié des parties de son corps par la poste au premier ministre Stephen Harper, à d'autres membres du Parlement, ainsi qu'à des écoles du pays. 

Il a néanmoins plaidé non coupable à toutes les accusations portées contre lui, son avocat, Luc Leclair, ayant l'intention de démontrer qu'il souffrait de troubles mentaux si importants à l'époque qu'il ne peut être tenu criminellement responsable des gestes qu'il a posés. Son client, a-t-il dit, est schizophrène. 

Me Bouthillier entend pour sa part démontrer que Luka Rocco Magnotta a méticuleusement planifié le meurtre de l'étudiant chinois six mois à l'avance. Il entend d'ailleurs faire entendre à ce sujet un journaliste anglais Alex West. 

Magnotta face à la justice