Les Roms sont-ils toujours bienvenus au Canada?

Panneau publicitaire en Hongrie : « Un message du gouvernement du Canada - À cause d'abus, le système canadien d'asile a changé. Les demandeurs déboutés seront renvoyés plus rapidement dans leur pays. » Panneau publicitaire en Hongrie : « Un message du gouvernement du Canada - À cause d'abus, le système canadien d'asile a changé. Les demandeurs déboutés seront renvoyés plus rapidement dans leur pays. »

Le cas des Buzas, cette famille rom de Montréal qui a obtenu un sursis de la Cour fédérale de l'immigration pour leur expulsion, braque les projecteurs sur la façon dont le Canada traite ce groupe d'immigrants.  

Un reportage de Danny BraünTwitterCourriel à Désautels le dimanche

La Hongrie est un pays sécuritaire, mais pas pour tous ses citoyens. Quoiqu'en dise le gouvernement canadien qui a placé ce pays sur sa liste des pays « sûrs ». Même si en 2008-2009, des membres de groupes d'extrême droite - aujourd'hui condamnés à des peines de prison - ont froidement assassiné six Roms, dont une femme et un enfant. Même si en avril 2014, lors des dernières élections législatives, le parti Jobbik - un parti fasciste anti Roms - a recueilli 20 % des votes des Hongrois.

C'est de ce pays que provient la famille Buzas. Arrivée au Canada en 2011, la famille a demandé refuge après que la mère, Renata, a été tabassée par des extrémistes. Le rapport médical d'un hôpital hongrois confirme que Renata a subi une fracture à la mâchoire.

« Il y a du racisme partout. Des manifestations, des parades paramilitaires. Et personne ne se lève pour défendre les Roms contre ces groupes. » — Renata Buzas

Elle décrit un climat qui s'est dégradé en Hongrie. Écoutez l'extrait ci-dessous.

Pour écouter l'extrait sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Les Buzas ont aussi fait évaluer l'état de santé de leur fils Tibor, 13 ans, qui a assisté impuissant à l'agression de sa mère. Cette dernière s'était portée à la défense de son fils, qui souffre de troubles d'apprentissage, lorsque deux individus se sont moqués du bégaiement de ce dernier.

Dans une première décision, le commissaire à l'immigration reconnait tous ces faits. Il indique même « qu'il existe une discrimination systémique envers les Roms » en Hongrie. Et d'ajouter que les enfants roms sont « discriminés et sont surreprésentés dans les classes spéciales ».

Malgré ces affirmations, le commissaire estime que les Buzas ne sont pas des réfugiés.

Un préjudice irréparable, estime la Cour fédérale

Les Buzas devaient être déportés jeudi dernier. Un aller simple pour les cinq membres de la famille de Montréal vers Budapest. N'eût été une ordonnance de dernière minute de la Cour fédérale qui a estimé que la famille subirait un préjudice irréparable s'ils étaient déportés.

Un peu de temps de répit en attendant la réponse pour considérations d'ordre humanitaire du ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration Chris Alexander. Une mesure exceptionnelle, très rarement accordée.

Si le ministre suit les considérations de la Cour fédérale, la balance risque de pencher pour la famille Buzas. S'il suit la ligne de son parti, les Buzas risquent de retourner à leur condition de citoyens de deuxième classe en Hongrie. Le juridique qui s'oppose au politique? 

Baisse marquée du taux de demandes d'asile acceptées

Bien que leur dossier relève du statut de réfugié établi par la Convention de Genève, les Buzas font les frais du durcissement de la politique canadienne conservatrice en matière d'immigration.

Comme le montrent les données compilées par Radio-Canada, la moyenne tant du nombre de demandes d'asile que du pourcentage de celles acceptées par le gouvernement ont baissé ces dernières années pour les pays d'où viennent les Roms.

Pour regarder le graphique sur votre appareil mobile, cliquez ici.

De leur côté, les Buzas gardent un goût amer de cette saga juridique, même s'ils ont encore l'espoir que tout n'est pas perdu, qu'ils resteront au Canada. Si le nouveau ministre de l'Immigration sort de la ligne de son parti.