Travailler gratuitement : le quotidien pour des milliers d'infirmières

Le reportage de Josée Thibeault

Tendance ou nouvelle culture? Des milliers d'infirmières hésitent, ou même renoncent à se faire payer leurs heures supplémentaires. Et ce sont surtout les détentrices de baccalauréat et de maîtrise qui se retrouvent dans cette situation.

Un texte de Josée ThibeaultTwitterCourriel

Dans un sondage effectué pour le compte de l'Association des infirmières praticiennes en mars dernier, celles qui détiennent une maîtrise et qui peuvent prendre en charge des patients disent travailler entre 5 et 10 heures de plus que leur horaire normal, et ce, chaque semaine.

Et bien souvent, les gestionnaires refusent de payer ces heures. On leur propose parfois d'être compensées en temps, mais encore là, il est en fait impossible de se voir accorder 6 ou 7 semaines de congés supplémentaires en temps compensatoire en sus des vacances annuelles.

« Donc si on veut garder le même débit, le même nombre de patients pris en charge, il faut être là un certain nombre de semaines par année. Ça devient donc presque impossible de pouvoir prendre tout ce temps supplémentaire là », explique la présidente de l'Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec, Chantal Fortin.

Cette situation touche aussi les infirmières cliniciennes, celles qui ont un BAC et qui travaillent souvent en première ligne, dans les CLSC, par exemple. Temps de repas réduit, arrivée au travail plus tôt et départ après l'heure prévue sont le lot presque quotidien de celles qui font des soins à domicile.

Selon certaines à qui nous avons parlé, les cas sont de plus en plus lourds. Les soins prennent donc plus de temps et on trouve difficilement du personnel pour remplacer les infirmières qui s'absentent. La charge de travail est donc augmentée.

Que dit le syndicat?

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) est bien au fait de ce bénévolat involontaire. La présidente, Régine Laurent, l'attribue à l'attitude des gestionnaires.

« Des gestionnaires dans le réseau font de l'intimidation en disant : "ne réclamez pas le temps supplémentaire; c'est parce que vous ne savez pas vous organiser". » — Régine Laurent, présidente de la FIQ

« On abuse du dévouement qu'on a envers nos patients, et ça, il faut casser ça, parce que c'est sous le couvert de ce dévouement qu'on fait des économies de bout de chandelle sur notre dos », ajoute Mme Laurent.

Le syndicat a tout de même sa part de responsabilité. Dans la convention collective, les descriptions d'emplois semblent avoir été libellées d'une manière qui ouvrirait la porte à ne pas rémunérer les heures supplémentaires des infirmières diplômées. La présidente de la FIQ entend en faire une priorité de la prochaine ronde de négociation.

« Nous, ce qu'on leur dit c'est : "temps travaillé, temps payé comme tout le monde". » — Régine Laurent, présidente de la FIQ

Au ministère de la Santé et des Services sociaux, on mentionne que les heures supplémentaires approuvées et faites à la connaissance du gestionnaire peuvent être déclarées et payées à temps et demi. Sinon, les infirmières ont des recours, comme déposer des griefs pour faire respecter leur convention collective.

En chiffres

  • 16 629 : nombre d'infirmières cliniciennes (détentrice d'un BAC)
  • 260 : nombre d'infirmières praticiennes (détentrices d'une maîtrise)
  • 2000 : objectif au cours des prochaines années
  • 167 : nombre d'infirmières en formation dans les universités
  • 360 millions : rémunération des heures supplémentaires dans le réseau de la santé en 2012-2013
  • De cette somme, 207 millions de dollars sont allés aux infirmières de toutes les catégories (infirmières, infirmières auxiliaires, infirmières cliniciennes et infirmières praticiennes spécialisées)


Source : MSSS, FIQ et AIPSQ

Les infirmières praticiennes spécialisées