Lev Tahor: les familles en Israël, désemparées, voudraient aider leurs proches

Bahador Zabihiyan
Radio-Canada
Des enfants de la secte Lev Tahor, en Ontario, le 5 mars dernier. Des enfants de la secte Lev Tahor, en Ontario, le 5 mars dernier.  Photo :  PC/Dave Chidley

Des familles des membres de la secte Lev Tahor souhaitent qu'ils reviennent en Israël et sont prêtes à les aider à quitter le groupe ultra-orthodoxe. Jusqu'à présent, ces derniers n'ont jamais voulu recevoir de l'aide, au grand détriment de leurs proches, auxquels Radio-Canada a parlé.

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Le frère de l'une des membres de la secte, qui a récemment tenté de fuir à Trinité-et-Tobago avec plusieurs de ses enfants, a tenté à maintes reprises de la convaincre de quitter le groupe fondé par le rabbin controversé Shlomo Helbrans.

Il a parlé à sa sœur au téléphone, il y a deux semaines. « Je lui ai dit de quitter le groupe (...), qu'elle était dans une mauvaise situation », dit-il. L'homme interviewé n'a pas hésité à révéler son nom, mais pour ne pas permettre l'identification des enfants de sa soeur, Radio-Canada s'abstient de le nommer.

« Elle a dit qu'elle allait bien, qu'il n'y avait pas de problème, qu'elle était satisfaite là-bas, elle voulait continuer au Canada (...) Elle m'a demandé de ne rien faire », dit-il. Il se dit satisfait de la façon dont les autorités au Canada ont traité l'affaire. Mais il estime que les autorités devraient laisser sa sœur, son mari et leurs onze enfants revenir en Israël, pour le bien de ces derniers. Elle est sur le point de perdre la garde de quatre de ses enfants.

« Je pense que le gouvernement devrait envoyer les enfants et les familles ici en Israël, et on pourrait s'occuper d'eux, car ils sont des citoyens d'Israël », dit-il en entrevue téléphonique avec Radio-Canada. D'autant plus que sa sœur semblerait plus ouverte à l'idée de rejoindre sa famille en Israël, selon lui. Le frère du mari de celle-ci est du même avis. Ce dernier, que Radio-Canada s'abstient de nommer pour ne pas permettre l'identification des enfants, se dit satisfait des procédures engagées par les différents paliers de gouvernements au Canada contre la secte Lev Tahor. Mais il s'inquiète pour les enfants du couple.

« Toute la famille veut l'aider, on voudrait que les enfants viennent (...) on a une grande maison en Israël » — frère d'un membre de Lev Tahor, qui risque de perdre la garde de plusieurs de ses enfants

Il a parlé au téléphone avec son frère il y a quelques semaines, lui expliquant que toute la famille était prête à le soutenir, s'il avait besoin d'aide. Mais celui-ci lui a assuré qu'il se portait bien. Il décrit son frère, qui était son voisin lorsqu'il habitait en Israël il y a quatre ans, comme un bon père de famille. « C'est très dur pour mon frère, tout est à cause de Shlomo Helbrans », conclut-il.

Les autorités québécoises et ontariennes accusent les membres de la secte Lev Tahor de faire subir de mauvais traitements aux enfants et de ne pas les scolariser correctement. Les dirigeants de la secte ont toujours nié ces accusations.

Les sept membres manquants de Lev Tahor introuvables au Guatemala

Six enfants et une adulte de la secte Lev Tahor seraient toujours au Guatemala. Un des responsables de la petite communauté juive de ce pays d'Amérique centrale émet toutefois quelques réserves. Le rabbin Shalom Felman, qui dirige la Maison Chabad du Guatemala, s'étonne que personne dans la communauté juive guatémaltèque ne les ait encore aperçus.

« Je ne suis pas vraiment convaincu qu'ils se trouvent ici. Mais s'ils étaient ici, à cause de leur façon unique de s'habiller et le fait qu'ils sont différents du reste de la société, je pense qu'il serait facile de les trouver », conclut-il en entrevue téléphonique avec Radio-Canada. Son organisme offre des services communautaires et religieux aux Juifs.

La saga de Lev Tahor: chronologie

  • 18 novembre: Environ 200 membres de la secte Lev Tahor quittent Sainte-Agathe-des-Monts et s'installent dans la région de Chatham en Ontario, alors que la Direction de la protection de la jeunesse au Québec enquête sur des allégations de mauvais traitements. Les dirigeants de la secte nient catégoriquement les allégations.
  • Mercredi 27 novembre: un tribunal de la jeunesse au Québec ordonne que 14 enfants de la secte soient retirés de leur milieu et placés dans des familles d'accueil au Québec.
  • Lundi 3 février: Un juge ontarien a décidé de retirer 13 enfants du groupe religieux Lev Tahor à leurs parents, mais leur laisse 30 jours pour faire appel de la décision.
  • Vendredi 21 février: La Cour supérieure du Québec a refusé à la secte juive Lev Tahor le droit d'en appeler de la décision de novembre dernier qui ordonnait le retour de 14 enfants au Québec.
  • Lundi 3 mars: Une quinzaine de membres de la secte prennent l'avion en direction, semble-t-il du Guatemala, un groupe de 9 personnes est intercepté à Trinité-et-Tobago.
  • Jeudi 6 mars: En Ontario, un juge ordonne l'appréhension immédiate de 14 enfants, qui seront placés dans des foyers d'accueil en Ontario, en attendant que leur appel soit entendu en cour le mois prochain.
  • Vendredi 7 mars: Sept autres membres, dont six enfants, auraient réussi à se réfugier au Guatemala.
  • Samedi 8 mars: Six enfants de la secte issus de deux familles, leurs parents et un autre adulte ont été rapatriés au Canada après s'être enfuis à Trinité-et-Tobago.
  • Dimanche 9 mars: une mère d'âge mineur, dont une partie de la famille a tenté de fuir vers Trinité-et-Tobago, a été arrêtée à sa descente de l'avion à Calgary et ramenée en Ontario avec son bébé.
  • Lundi 10 mars: 7 enfants de la secte sont retirés de leur famille par les services de protection de l'enfance de Chatham-Hall.