« Une réussite monumentale » - Claude Robinson

Le reportage de Christian Latreille

L'auteur et dessinateur Claude Robinson, qui s'exprimait pour la première fois depuis sa victoire en Cour suprême, estime que ce jugement en sa faveur est une réussite pour tout son milieu, même s'il devra travailler encore pour récupérer les sommes qui lui sont dues.

Au terme d'une saga de 18 ans, le plus haut tribunal du pays a reconnu que l'oeuvre de M. Robinson a été volée par des multinationales de l'animation. Un consortium de maisons de production a été condamné à lui verser 4,4 millions de dollars pour lui avoir volé l'idée d'une série télévisée pour enfants.

« Moi je le prends comme une réussite monumentale pour tout mon milieu, pour tous les auteurs, parce qu'il s'est déclaré des choses là-dedans. Il s'est statué des choses qui sont tellement fabuleuses. On sait maintenant quelle est la ligne sur le plancher qu'un producteur ne peut plus traverser. » — Claude Robinson

Malgré cette victoire devant le plus haut tribunal du pays, Claude Robinson a encore du travail à faire pour récupérer les sommes qui lui sont accordées par la justice. En cas de faillite ou d'insolvabilité des firmes condamnées à payer des dommages, c'est lui-même qui devrait s'occuper de percevoir ces importantes sommes auprès de ses adversaires.

Encore 3 millions à percevoir

Un dessin des Aventures de Robinson Curiosité. Un dessin des Aventures de Robinson Curiosité.  Photo :  Claude Robinson

Selon Claude Robinson, en comptant toutes les sommes, les frais et les intérêts, environ 5 millions de dollars qui lui sont dus sont sécurisés dans cette affaire. Il devra toutefois tenter de faire homologuer le jugement de la Cour suprême du Canada par la justice française et allemande afin de récupérer environ 3 millions de dollars des firmes européennes qui étaient visées par le jugement.

Outre Cinar et leurs propriétaires, Ronald Weinberg et feue Micheline Charest, plusieurs firmes étaient impliquées dans cette poursuite, dont France Animation, Ravensburger Film, RTV Family Entertainment, Izard France Animation, Davin et France Animation S.A.

« Je n'ai pas toutes les réponses sur la stratégie que je vais prendre pour récupérer tout, mais à tout le moins, je pense que je vais y mettre la même détermination que les 18 dernières années. » — Claude Robinson

Outre le fait que le plus haut tribunal du pays lui ait donné gain de cause, le dessinateur a chaleureusement salué sa conjointe, ses avocats, la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC) et surtout le public, particulièrement les 50 000 personnes qui ont contribué financièrement au fonds d'aide mis sur pied pour l'aider à poursuivre sa lutte. « Faites le calcul, il y a bien plus de bonnes gens que de bandits dans notre société », a souligné le dessinateur.

24/60 : entrevue avec Claude Robinson

Toujours foi en la justice

En dépit des 18 années de sa vie et des sommes colossales qu'il a dû consacrer pour obtenir gain de cause dans cette saga judiciaire, Claude Robinson estime que la justice demeure accessible au Canada.

Selon lui, ce n'est pas le système de justice qui a fait durer cette affaire aussi longtemps, mais la mauvaise foi et la malhonnêteté de ses adversaires.

« Dans mon cas, ça a pris 18 ans parce que j'avais affaire à des bandits. J'avais affaire à des gens de la plus haute mauvaise foi que je n'ai jamais vus dans ma vie. Ça a été difficile pour ça. » — Claude Robinson

Dénonçant l'intimidation dont lui et sa conjointe ont été l'objet de la part des avocats de la partie adverse tout au long des audiences, Claude Robinson estime que l'un des grands problèmes du système de justice actuel est le comportement des avocats.

« Normalement en justice t'as deux parties qui se rencontrent, qui sont de bonne foi et ils se parlent et qui arrivent à une entente, possiblement [...] Mais si une partie est arrogante, menteuse et joue d'intimidation, qu'est-ce que tu veux faire avec ça? » déplore Claude Robinson.

« Un tout petit dessinateur qui fait ses petits bonshommes, qui fait ses petits textes, réussit à gagner contre des paquets de multinationales, de grosses gens riches qui avaient tous les moyens de m'écraser. Ça signifie pour moi que la justice est accessible. » — Claude Robinson

Un combat à raconter

Claude Robinson a maintenant l'intention de raconter son combat sous le titre « Robinson Cruauté ».

Sa saga judiciaire a commencé en 1996, lorsque l'auteur et dessinateur accuse les producteurs de Robinson Sucroé, Micheline Charest et Ronald Weinberg, d'avoir plagié son concept de dessins animés Robinson Curiosité. Les propriétaires de Cinar nient catégoriquement. S'en suit une longue série de poursuites et de démêlés judiciaires.

En août 2009, la Cour supérieure du Québec reconnaît que Cinar et ses partenaires ont bel et bien plagié l'oeuvre de Claude Robinson et lui alloue 5,2 millions de dollars de dédommagement. Mais la cause est aussitôt portée en appel.

Chronologie de l'affaire Robinson

Deux ans plus tard, la Cour d'appel confirme le plagiat, mais réduit à 2,7 millions de dollars le montant accordé à Claude Robinson. L'auteur déclare alors que cette somme ne lui permettra même pas de couvrir ses frais juridiques. 

Lors de telles poursuites, la loi canadienne ne permet pas aux particuliers de déduire leurs frais judiciaires de leurs impôts tandis que les entreprises, elles, ont le droit de le faire, ce qui ramène à l'avant-scène la question de l'accès à la justice pour les citoyens au pays.

Chronologie de l'affaire Robinson

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