Tragédie à Lac-Mégantic, un an plus tard

Les employés de MMA « auraient dû savoir », dit leur grand patron

Extrait de l'entrevue exclusive d'Edward Burkhardt, président de Rail World

Le président de Rail World, la maison-mère de Montreal, Maine and Atlantic Railway (MMA), rejette la responsabilité de l'accident, même s'il admet que ses employés ont commis des erreurs.

Edward A. Burkhardt a accordé une entrevue exclusive à Radio-Canada, avant de s'envoler de Chicago vers Montréal.

Edward Burkhardt en entrevue avec le journaliste Philippe Leblanc Edward Burkhardt en entrevue avec le journaliste Philippe Leblanc

« Nous avons failli cette fois, nous avons failli énormément, c'est horrible! Les morts, les sinistrés… Mais de façon globale, nos opérations respectent les normes de l'industrie », se défend Edward Burkhardt, qui veut préserver la réputation de sa compagnie, malmenée dans les derniers jours.

S'il reconnaît le rôle joué par ses employés, le président de Rail World refuse toutefois d'assumer toute la responsabilité. À la question « Vous sentez-vous coupable? », il répond un « non! » catégorique. Il accuse plutôt l'industrie ferroviaire dans son ensemble pour ses façons de faire.

Edward Burkhardt propose sa version de la séquence des événements :

  1. Un employé a laissé le train avec un moteur qui tournait, avant d'aller se reposer en ville;
  2. En apercevant le train en feu, un passant a appelé les pompiers;
  3. Les pompiers ont contacté un employé d'entretien de la compagnie sur place;
  4. En se rendant sur les lieux, cet employé d'entretien a croisé les pompiers. À ce moment, les pompiers avaient déjà éteint le feu, éteint la locomotive et laissé un de leurs hommes sur le site;
  5. Rendu sur place, l'employé d'entretien de la MMA a été informé de la situation par le représentant des pompiers;
  6. L'employé d'entretien de la MMA a quitté la scène et fait un rapport à un répartiteur à Farnham (Québec);
  7. Personne n'a contacté le conducteur du train qui dormait dans un hôtel.

« Je doute que notre employé et le répartiteur étaient conscients de la conséquence d'éteindre le moteur », avance Edward Burkhardt. Cette conséquence a été tragique : le relâchement graduel des freins aurait fait en sorte que le train a recommencé à rouler.

Se trouvant alors sur une pente prononcée, le convoi a atteint une vitesse très élevée. Le président de Rail World affirme qu'à ce moment, le drame était inévitable.

« Je pense que même si les gens avaient été au courant de ce qui se passait, il aurait probablement été tout de même trop tard pour faire quoi que ce soit. […] Il aurait fallu que quelqu'un soit sur place pour atteindre les commandes à l'intérieur de 10, 15 ou 20 minutes après la fermeture du moteur. » — Edward Burkhardt, président de Rail World

« Des pratiques courantes »

Malgré tout, Edward Burkhardt défend le comportement adopté par ses employés qui ont, selon lui, respecté les pratiques courantes de l'industrie. Il reconnaît toutefois que ces pratiques pourraient être revues.

« Est-ce que quelqu'un aurait dû rester avec le train? Est-ce que c'était un bon endroit pour faire le changement d'équipage? Il faut se pencher sur ces questions », affirme le président de Rail World. Il s'attend d'ailleurs à ce que la réglementation soit resserrée.

Photo prise le 5 juillet à 23 h 30 entre le village de Nantes et Lac-Mégantic, selon un témoin Photo prise vendredi à 23 h 30 entre le village de Nantes et Lac-Mégantic, selon un témoin  Photo :  Nancy Cameron

Edward Burkhardt se défend d'avoir critiqué le travail des pompiers. « Je veux être clair : je ne blâme pas le service des incendies, déclare-t-il. Je crois que les pompiers ont agi de façon raisonnable, ils n'étaient sûrement pas conscients des conséquences de ce qu'ils faisaient [éteindre le moteur]. »

Pour lui, il est trop tôt pour accuser qui que ce soit : « Je crois que nous avons une compréhension générale, mais incomplète de la situation pour le moment. » Le grand patron de Rail World aimerait bien que ses employés jettent un œil à la locomotive fautive pour comprendre comment le feu s'est déclaré.

« Il y a des personnes que nous aimerions rencontrer, mais nous ne pouvons pas leur parler parce qu'ils passent tout leur temps avec les gens du gouvernement », dénonce Edward Burkhardt à propos du contrôle qu'exercent les autorités sur tous les éléments de l'enquête.

Messages haineux

Edward Burkhardt affirme recevoir de nombreux appels et courriels haineux. Il dit comprendre la colère des gens, mais il n'a pas l'intention de répondre.

« Certains [commentaires] sont trop méchants pour être répétés à la télévision. Je sais comment appuyer sur le bouton "Supprimer" dans mes courriels, et c'est ce que je fais pour ce genre de messages… Qu'est-ce que je peux faire d'autre? » — Edward Burkhardt, président de Rail World

Edward Burkhardt prétend vouloir agir de façon responsable envers les proches des victimes et les résidents qui ont tout perdu. Il compte collaborer avec la Croix-Rouge et mettre les assurances de sa compagnie à profit. « Nous pourrons accepter les réclamations en temps et lieu », a-t-il précisé.

Vue aérienne de Lac-Mégantic le 9 juillet Vue aérienne de Lac-Mégantic le 9 juillet

Le président de Rail World est arrivé à Montréal en fin d'après-midi mardi. Il doit se rendre à Lac-Mégantic mercredi. Il compte affronter la colère de la population et s'entretenir avec les élus municipaux pour les assurer de l'entière coopération de MMA.

Quant à l'idée de construire une voie de contournement à Lac-Mégantic, Edward Burkhardt est d'accord, mais il affirme que Rail World ne paiera pas ce nouveau tronçon. « Nous pouvons par contre le planifier et travailler avec les gouvernements pour obtenir l'aide provinciale ou fédérale pour réaliser ce projet », conclut-il.

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