Quelle histoire pour les élèves québécois?

Ximena Sampson
Radio-Canada

Le gouvernement de Pauline Marois souhaite revoir la façon dont l'histoire est enseignée aux jeunes Québécois.

Du niveau primaire jusqu'au cégep, le Parti québécois veut s'assurer que « l'histoire nationale du Québec et de ses institutions » est bien connue des jeunes. Si certains appuient sans réserve cette position, d'autres estiment que la formation que reçoivent actuellement les élèves est amplement suffisante.

L'enseignement de l'histoire au Québec

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Pour le statu quo

Lise Proulx, présidente de l'Association québécoise pour l'enseignement en univers social, estime que la position du gouvernement est complètement absurde.

« Les programmes sont déjà là, soutient-elle. Ce qui est dit présentement n'a pas de sens. Ça part d'un lobby d'historiens qui prône un enseignement nationaliste. Les choses qu'ils disent qui ne sont pas enseignées, les patriotes au secondaire, ce n'est pas vrai. Il y a un chapitre complet en 3e secondaire sur les revendications et les luttes dans la colonie britannique. »

« [Ceux qui disent ça] ne sont pas des enseignants de secondaire, ce sont des universitaires, ils ne sont pas sur le terrain, ajoute Lise Proulx. Les patriotes, c'est enseigné. [...] Mais ce n'est pas enseigné comme ils le voudraient. [..] Ils souhaitent qu'on éduque les jeunes à penser d'une certaine façon. C'est ça qui est dangereux, d'instrumentaliser l'histoire dans un but nationaliste. Ce n'est pas anodin. Ils ne parlent pas des programmes de mathématiques, ils parlent des programmes d'histoire. »

Pour l'histoire nationale

La Coalition pour l'histoire, une organisation qui regroupe des enseignants, mais aussi des mouvements nationalistes comme la Société Saint-Jean-Baptiste, réclame depuis plusieurs années que « le concept de nation québécoise » soit plus présent dans l'enseignement de l'histoire. Ils dénoncent le fait que le « pluralisme culturel » soit mis à l'avant-plan et soutiennent que « l'enseignement de l'histoire, particulièrement de l'histoire du Québec, du Canada et du fait français en Amérique, souffre de graves lacunes. »

« Le nouveau programme Histoire et éducation à la citoyenneté (2e cycle) marginalise la question nationale au profit d'une approche sociale de l'histoire et [..] il traite comme secondaires des événements majeurs de l'histoire politique et nationale québécoise. » — Plateforme de la Coalition pour l'histoire

Lise Proulx trouve ces demandes inconcevables. « Que ce soit une vision ou une autre [...], fédéraliste ou nationaliste, on est contre une histoire teintée », explique-t-elle.

« L'histoire en milieu scolaire ne devrait [...] en aucun cas être au service d'une entreprise endoctrineuse, et ce, quelle qu'elle soit. » — Lise Proulx, présidente de l'Association québécoise pour l'enseignement en univers social
La bataille de Saint-Eustache, le 14 décembre 1837 La bataille de Saint-Eustache, le 14 décembre 1837  Photo :  Bibliothèque et Archives Canada

Prioriser la trame historique

Raymond Bédard fait partie de ceux qui souhaitent des changements. Le président de la Société des professeurs d'histoire du Québec (SPHQ), qui fait partie de la Coalition pour l'histoire, est d'avis qu'il faut repenser la façon dont on enseigne l'histoire au secondaire.

Avec le renouveau pédagogique, dans les années 2000, on a augmenté le nombre d'heures d'histoire, mais en remaniant le programme, de telle façon qu'en 3e secondaire les élèves étudient l'histoire de la société québécoise des origines à aujourd'hui chronologiquement. Puis en 4e secondaire, ils la revoient, mais sous quatre grandes thématiques.

« Imaginez les jeunes qui ont 15 ans, vous leur dites : vous allez apprendre la même matière que l'an dernier, mais sous un angle différent. C'est bien mal connaître la psychologie de l'adolescent que de penser qu'on va soutenir leur attention pendant une année en leur disant les mêmes choses », soutient Raymond Bédard.

Selon lui, l'enseignement par thématiques « c'est un peu une aberration », puisque les différents thèmes sont naturellement imbriqués les uns dans les autres. Mais le programme exige de les voir séparément.« Tous les facteurs influent sur les différentes périodes. On ne peut pas dire à l'élève : "Garde ta question pour dans deux mois quand on abordera la prochaine thématique". »

« C'est d'une redondance incroyable. Les professeurs n'en peuvent plus et les étudiants sont tannés de voir les mêmes affaires. » — Raymond Bédard, président de la Société des professeurs d'histoire du Québec

À l'instar de plusieurs professeurs, il estime qu'il faudrait plutôt pencher pour un enseignement chronologique sur deux ans : « Si les élèves voyaient seulement en une année [la période qui va] des Autochtones jusqu'en 1840, on aurait le temps d'aborder les questions en profondeur. On arriverait en 4e secondaire et ils seraient mieux préparés, plutôt que de faire des aller-retour dans le temps tous les deux mois. »

Il réfute les accusations de nationalisme. « De faire en sorte qu'on connaisse mieux notre histoire, je ne trouve pas ça partisan. Toute société devrait avoir ce souci-là. On n'a que deux années d'histoire nationale obligatoire dans tout le cursus jusqu'à la 5e secondaire », affirme Raymond Bédard.

« De là à dire qu'on veuille faire la promotion de l'indépendance, je n'embarque pas là-dedans, soutient-il. La promotion de notre histoire, oui. Parce qu'il y a des profs qui sont fédéralistes, d'autres qui sont indépendantistes. Ce n'est pas un cours de propagande. On va faire un cours d'histoire pour mieux connaître nos racines, pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains. La vision qu'on avait à travers la thématique pouvait gommer un peu ça. »

L'histoire du 20e siècle

Des soldats canadiens prennent part à la bataille de la crête de Vimy La bataille de la crête de Vimy  Photo :  Bibliothèque et Archives du Canada

Raymond Bédard estime également qu'il serait pertinent de créer un cours sur l'histoire du 20e siècle, qui n'est abordée actuellement que sous l'angle canadien.

« Quand on étudie la Deuxième Guerre mondiale, on ne couvre officiellement que la participation canadienne, explique-t-il. Les jeunes posent des questions, ils veulent comprendre comment ça a commencé. Moi je le fais, comme plein de profs, même si ce n'est pas au programme. C'est motivant pour l'élève de comprendre, au-delà de la participation canadienne, pourquoi s'est déclenché ce conflit-là, le contexte politique, économique, social et culturel. Je pense que ce serait [...] enrichissant pour la connaissance du monde et l'évolution des sociétés. »

Le ministère de l'Éducation travaille depuis quelque temps sur la mise en place d'un tel cours, qui irait de la Deuxième Guerre mondiale à aujourd'hui, mais qui serait cependant optionnel.

« C'est une revendication des profs qui enseignaient l'histoire en 5e secondaire [qui souhaitaient], un vrai cours d'histoire avec un contenu notionnel historique précis », dit Raymond Bédard.

L'histoire du Québec au cégep?

Quant à la proposition du ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, de faire de l'histoire du Québec une matière obligatoire au cégep, elle reprend directement une des demandes de la plateforme de la Coalition pour l'histoire.

Raymond Bédard n'est toutefois pas convaincu que c'est une priorité.

« Au départ, je pense que le problème, il faudrait commencer par le régler au secondaire, explique-t-il. [Les jeunes] connaissent mal leur histoire, mais moi j'aurais tendance à dire qu'au cégep, ça prend un cours d'histoire du monde contemporain [...], d'ouverture sur le monde. »

À l'automne 2013, le gouvernement Marois a annoncé qu'il mettrait en place un cours obligatoire sur l'histoire nationale du Québec contemporain au niveau collégial dès la rentrée 2014.

En ce qui concerne le primaire et le secondaire, deux spécialistes, le sociologue Jacques Beauchemin et Nadia Fahmy-Eid, professeure d'histoire à l'Université du Québec à Montréal, mèneront des consultations en vue de déposer un rapport en décembre 2013. À l'automne 2014, des projets pilotes seront mis en place afin de mettre en application une partie des orientations.

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