Les anglophones plutôt contents des services qu'ils reçoivent en anglais

Isabelle Maltais
Radio-Canada
Une infirmière au travail (archives)

Près des deux tiers des anglophones québécois jugent qu'ils ont accès à des services en anglais au Québec. Et la moitié croient qu'il est important d'être servis en anglais dans leur vie quotidienne, selon un sondage EKOS Research commandé par le réseau anglais de Radio-Canada.

Plus précisément, 69 % des répondants affirment qu'ils ont accès à des services de santé en anglais au Québec. Cette proportion baisse à 57 % pour ce qui est de l'accès aux services gouvernementaux.

J'ai accès à des services de santé en anglais

J'ai accès à des services gouvernementaux en anglais

Enfin, 52 % des personnes sondées pensent que les anglophones devraient insister pour être servis en anglais au quotidien.

Les anglophones devraient insister pour être servis en anglais au quotidien

Les anglophones demandent une politique claire

Bien que les anglophones québécois semblent assez satisfaits des services qu'ils reçoivent, Sylvia Martin-Laforge, directrice générale du Quebec community group network (QCGN), qui regroupe 41 organismes de langue anglaise provenant de différents coins du Québec, pense que les services en anglais offerts au Québec ont diminué au cours des années.

« Je dirais qu'on ne veut pas d'institutions bilingues au Québec. Tous partis confondus », déplore-t-elle.

Mme Martin-Laforge plaide donc pour une politique linguistique claire, qui n'est pas laissée, dit-elle, « aux soins des préposés aux services ».

« Nous voudrions ne pas être obligés de faire nos preuves. Dès que je parle en anglais, j'ai un service en anglais, et je ne suis pas obligé de montrer que j'éprouve des problèmes en français. J'ai vécu longtemps en Ontario. Les francophones parlaient très bien anglais, mais demandaient des services dans leur langue », souligne-t-elle.

La directrice du QCGN mentionne toutefois que les anglophones ne désirent pas nécessairement être servis en anglais partout, mais dans les situations qui peuvent avoir des répercussions importantes sur leur vie.

« Pas au Tim Hortons, pas au restaurant. Mais aux endroits qui sont connectés à notre bien-être ou à nos loisirs importants », lance-t-elle.

Le provincial

Mais qu'en est-il exactement de la politique linguistique qu'a adopté le Québec pour les services à la population?

Comme l'explique Martin Bergeron, porte-parole de l'Office québécois de la langue française, chaque ministère ou organisme peut décider d'offrir ou non des services en anglais, mais le service doit être offert en français en premier lieu.

« Le service en anglais peut être disponible. Il n'y pas d'obligation, mais rien ne l'interdit », précise M. Bergeron, qui ajoute cependant que pour ce qui touche aux domaines de la santé, de l'éducation et de la justice, la loi oblige à fournir des services en anglais.

Cependant, les services de santé en anglais ne sont pas assurés, puisque la loi énonce aussi qu'ils seront fournis « dans la mesure où le permettent les ressources humaines, matérielles et financières des établissements qui fournissent ces services ».

Le municipal

Les municipalités, tout comme les ministères et les organismes gouvernementaux, ont également le droit d'offrir des services en anglais si elles le désirent, et ce, même si elles ne possèdent pas le statut de ville bilingue.

Toutefois, une municipalité qui n'est pas reconnue bilingue n'est pas autorisée à afficher dans les deux langues et ne peut communiquer qu'en français avec ses citoyens, sauf si un de ceux-ci fait la demande particulière de recevoir un document dans la langue de Shakespeare. Cette municipalité pourra néanmoins tenir malgré tout son conseil municipal en anglais, puisque la loi ne concerne que l'administration, et non pas les élus.

Mentionnons que le projet de loi 14 proposé par le Parti québécois, qui vise à renforcer la Charte de la langue française, obligerait notamment les municipalités qui comptent moins de 50 % d'anglophones à renoncer à leur statut bilingue. Actuellement, 84 villes au Québec ont le statut de villes bilingues.

Le fédéral

Sans surprise, c'est le fédéral qui offre le plus de services en anglais. La Loi sur les langues officielles prévoit en effet que des services bilingues soient fournis « partout où la demande le justifie ».

Toutefois, même dans les régions, où la demande est faible, des efforts sont faits pour offrir des services en anglais. « Les services fédéraux sont bilingues, même dans les régions. Le gouvernement essaie de les donner par les moyens d'Internet », remarque Sylvia Martin-Laforge.

Méthodologie du sondage

Les résultats de l'enquête sont basés sur un sondage téléphonique mené entre le 15 et le 23 janvier auprès d'un échantillon aléatoire de 1001 Québécois anglophones.

La marge d'erreur est de plus ou moins 3,1 %, 19 fois sur 20.

Lire aussi nos articles :

Les anglophones se méfient du PQ, selon un sondage

La majorité des anglophones croient pouvoir réussir au Québec

Les anglophones plutôt satisfaits de l'apprentissage du français de leurs enfants

Facebook