Sommet sur l’enseignement supérieur

Sommet sur l'éducation : des objectifs difficiles à concilier

Des étudiants à l'Université Laval Des étudiants à l'Université Laval  Photo :  PC/Jacques Boissinot

Le gouvernement Marois, les partis d'opposition et les représentants étudiants présentent plusieurs positions divergentes en vue du Sommet sur l'enseignement supérieur, qui se tiendra lundi et mardi prochains à Montréal.

Vendredi matin, les deux premiers partis d'opposition à l'Assemblée nationale ont présenté leurs attentes en vue de l'événement. Le Parti libéral du Québec (PLQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ) s'entendent sur la nécessité d'augmenter le financement des universités et la fin des compressions budgétaires imposées aux institutions québécoises.

Le chef intérimaire du PLQ, Jean-Marc Fournier, et le porte-parole de la CAQ en matière d'enseignement supérieur, Stéphane Le Bouyonnec, demandent au gouvernement d'annoncer la fin des compressions budgétaires avant le début du sommet et de ne pas l'utiliser comme monnaie d'échange dans des négociations.

Les deux partis affirment qu'il y a bel et bien un sous-financement des universités et reprochent au gouvernement d'éluder la question.

M. Fournier a dévoilé le mémoire que son parti entend présenter lors du sommet. Il s'agit essentiellement de la politique du gouvernement libéral du printemps dernier qui a mené au conflit avec les étudiants.

  • Faire le choix de l'économie du savoir
  • Financer adéquatement les universités
  • Soutenir les niveaux d'enseignement primaire et secondaire
  • Augmenter la contribution des étudiants
  • Interdire le droit de grève aux étudiants
  • Assurer une gouvernance transparente des universités

Le PLQ estime que le gouvernement doit mettre un terme aux compressions budgétaires dans la recherche. M. Fournier précise que le gouvernement devrait plutôt augmenter ce financement, qui attire les investisseurs et les entreprises.

Les étudiants devraient assumer une part plus importante du financement de leurs études, selon le PLQ. M. Fournier souligne que les contribuables, dont 80 % n'ont jamais fréquenté l'université, assument aujourd'hui 87,3 % des coûts de la formation des universitaires alors que cette contribution s'élevait à 26 % dans les années 1960. Le PLQ estime que les étudiants devraient assumer de 15 % à 17 % des coûts de leur formation.

Une fois ce rattrapage effectué, les droits de scolarité devraient être indexés pour éviter le retour de la situation que le Québec a connue le printemps dernier.

Le chef intérimaire du PLQ, Jean-Marc Fournier Le chef intérimaire du PLQ, Jean-Marc Fournier  Photo :  PC/Jacques Boissinot

L'ex-ministre de l'Éducation Jean-Marc Fournier souligne par ailleurs que les droits de scolarité n'affectent pas l'accessibilité, selon différentes études. En ce sens, le PLQ estime que le décrochage scolaire au secondaire est un plus grand frein à l'accessibilité à l'université, une position partagée par la CAQ. Les deux partis souhaitent que l'université ne monopolise pas l'attention du gouvernement et que des investissements soient faits au primaire et au secondaire.

De plus, la CAQ s'oppose à la création d'un Conseil national des universités et prône une décentralisation de l'enseignement supérieur vers les universités. Le parti de François Legault estime que la création d'une nouvelle structure alourdirait inutilement le réseau d'enseignement en plus de générer des coûts. M. Le Bouyonnec précise que le Conseil supérieur de l'Éducation pourrait assumer le rôle que l'on souhaiterait confier à une nouvelle structure.

Le Sommet sur l'enseignement supérieur s'amorcera lundi. Le gouvernement Marois a bâti son sommet autour de quatre principaux thèmes : la qualité de l'enseignement et la gouvernance, la recherche, l'évolution du financement, et la stratégie visant l'accessibilité.

L'indexation... comme un moindre mal

Le ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, répond aux attentes du PLQ en leur rappelant que leur approche a provoqué un conflit qui a coûté 90 millions de dollars au trésor public, « sans compter les coûts sociaux », précise-t-il. Le ministre estime que la proposition de hausser la contribution des étudiants jusqu'à 17 % des coûts de leur formation va au-delà de ce que le gouvernement libéral voulait imposer aux étudiants le printemps dernier.

Le ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne Le ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne

Quant aux revendications des étudiants, M. Duchesne tente d'éviter l'affrontement. Alors que la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, brandit la menace de voir le vote étudiant lui échapper lors de la prochaine élection, le ministre l'invite à la réflexion, soulignant que la CAQ et le PLQ proposent des hausses de droits de scolarité bien supérieure.

Dans le but de guider la réflexion des étudiants et de leur démontrer le bien-fondé d'une indexation des droits de scolarité, Pierre Duchesne utilise un argument similaire à ceux de ses adversaires politiques : il rappelle aux étudiants que les contribuables québécois versent déjà trois milliards de dollars par année aux universités.

« Moi, je les laisse réfléchir là-dessus. On ne provoquera pas, on va laisser les étudiants mener leur réflexion », explique M. Duchesne. « Mais, ce que je dis aux étudiants, ce que je dis à la population du Québec, [...] ce que je dis aux directeurs d'établissements, c'est qu'on va tout faire pour qu'il y ait un climat paisible sur les campus universitaires et dans les cégeps. »

Le ministre Duchesne veut s'attaquer à la formule de financement pour qu'il ne s'effectue pas simplement « par tête de pipe ». Le gouvernement Marois veut que la formule de financement favorise la « diplomation de première génération », ce qui a un effet d'entraînement dans les familles, soutient-il. Le gouvernement souhaite également la mise sur pied d'un organisme indépendant pour surveiller le développement des universités.

« On est dans le domaine de l'enseignement universitaire », poursuit le ministre. « On favorise les débats, mais on est capable de les faire dans un climat qui est correct, satisfaisant », conclut-il, comme un souhait à l'approche de l'ouverture du sommet.

« On est toujours cohérent, on défend toujours le gel des frais de scolarité », rappelle, Martine Desjardins, pour qui cette position « respecte à la fois les finances publiques, mais aussi la capacité de payer des étudiants ». La présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec veut d'abord connaître les résultats des évaluations. « Encore aujourd'hui, on a des plans d'action stratégiques qui ne sont pas terminés au sein des universités, qui ne sont pas chiffrées. On veut voir ces évaluations-là.
 
Quant à l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE), qui boycottera le sommet, elle rappelle qu'elle s'oppose à l'indexation des droits de scolarité, mais qu'elle réclame également la gratuité scolaire, de la maternelle au post-doctorat. « L'indexation des frais de scolarité, ou tout autre type de hausse, est une position qui ne rallie personne, sauf ceux et celles qui profitent de la marchandisation de l'enseignement supérieur », estime le porte-parole de l'association, Jérémie Bédard-Wien.
 
La Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ) affirme pour sa part qu'elle défendra le gel des droits de scolarité dans l'optique d'une « gratuité scolaire balisée à long terme » au Québec. L'association rappelle qu'elle fait partie de la Table des partenaires universitaires (TPU) et que celle-ci « s'oppose à l'indexation des droits de scolarité et réclame du gouvernement du Québec de tenir à court terme un chantier structurant et d'envergure sur les conditions de vie et la contribution financière des étudiantes et des étudiants ».

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