L'UPAC s'intéresse au financement d'Union Montréal

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
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Les perquisitions que les 125 policiers de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) ont menées mardi à l'hôtel de ville de Montréal et dans des arrondissements avaient pour objet une facture de 100 000 $ liée à du financement illégal d'Union Montréal, l'ancien parti du maire Michael Applebaum et de son prédécesseur Gérald Tremblay.

Cette facture aurait été fragmentée en cinq pour camoufler le montant global.

C'est ce qu'a appris le journaliste et animateur de l'émission Enquête Alain Gravel. « Hier, ce qui semble très clair c'est que [les perquisitions ont été réalisées grâce à] des informations visant du financement illégal impliquant Union Montréal », affirme le journaliste.

Par ailleurs, Alain Gravel souligne que même si le maire par intérim de Montréal, Michael Applebaum, dit qu'il n'est pas visé par les enquêtes, cela fait deux fois qu'il rencontre des enquêteurs pour être interrogé. Il indique également qu'il était membre d'Union Montréal depuis longtemps et l'un des piliers d'un parti soupçonné de financement illégal.

« Je sais que son nom figure sur au moins une enquête de l'escouade Marteau. Mais ça ne veut pas dire qu'il soit coupable ou qu'il sera accusé », précise-t-il.

Alain Gravel fait remarquer que les policiers ont perquisitionné mardi dans les bureaux de six arrondissements faisant partie des châteaux forts d'Union Montréal, soit Anjou, Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, Lachine, Saint-Laurent, Saint-Léonard et Verdun. Les locaux d'Union Montréal ont également été visités par les inspecteurs, qui ont copié le contenu de certains disques durs et de certains documents.

Alain Gravel souligne également qu'en plus du maire Michael Applebaum, les policiers souhaitent interroger l'ex-maire Gérald Tremblay, l'ex-président du comité exécutif de la ville Frank Zampino et l'ancien vice-président du comité exécutif Sammy Forcillo, en plus des maires des arrondissements de Saint-Laurent, de Lachine et de Saint-Léonard, Alan DeSousa, Claude Dauphin et Michel Bissonnet.

« Ce n'est pas rien lorsqu'un policier va rencontrer des gens qui ont occupé ou occupent des postes aussi importants », lance Alain Gravel.

Au total, 25 personnes rencontreront les policiers. En plus d'élus et d'anciens élus, des fonctionnaires et des fournisseurs seront interrogés.

Mentionnons que cinq des six arrondissements perquisitionnés étaient dans la ligne de mire du vérificateur général de Montréal, Jacques Bergeron, en 2010. Celui-ci trouvait étrange de voir que ces arrondissements accordaient toujours leurs contrats aux mêmes entrepreneurs. À Verdun et à Anjou, par exemple, tous les contrats sont allés au même entrepreneur entre 2006 et 2009. À Verdun, 22,6 millions de dollars sont allés à Catcan, et à Anjou 6,2 millions à Construction Louisbourg.

Applebaum a la confiance du gouvernement, « pour l'instant »

Michael Applebaum Michael Applebaum  Photo :  PC/Graham Hughes

Le ministre responsable de la région de Montréal, Jean-François Lisée, a affirmé mercredi matin que Michael Applebaum avait encore la confiance du gouvernement, « pour l'instant » et que la présomption d'innocence valait pour lui autant que pour tous les autres citoyens du Québec.

« Pour l'instant, ça va, attendons la suite, a-t-il dit lors d'un bref point de presse avant le conseil des ministres. Laissons la justice suivre son cours et respectons la présomption d'innocence. »

Le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, a quant à lui refusé de préciser s'il faisait toujours confiance à M. Applebaum.
« Ce n'est pas ce que je vous dis. Ce que je vous dis c'est qu'il faut laisser travailler les policiers. Manifestement, il y a des trucs qui doivent faire l'objet de vérifications », a-t-il dit.

Questionné par Radio-Canada mercredi matin à propos des perquisitions, le maire Applebaum s'est dit surpris, mais content de voir que l'UPAC avance dans ses enquêtes.

M. Applebaum a soutenu qu'il n'était pas visé par l'enquête. « Je n'ai pas le droit de vous dire ce qu'ils m'ont demandé. Mais je ne suis pas visé, j'avais le droit de quitter l'hôtel de ville et de ne pas les rencontrer. Mais j'ai dit que j'allais aider dans les investigations », a-t-il déclaré.

Mardi soir, M. Applebaum avait également affirmé qu'il n'avait rien à se reprocher concernant le financement de sa dernière campagne électorale sous la bannière d'Union Montréal.

« Pour moi, j'ai fait une campagne propre. J'ai ramassé des fonds légalement. Je n'ai rien à me reprocher concernant le financement de ma campagne électorale. » — Michael Applebaum

Marois accuse les libéraux

Commentant les perquisitions, la première ministre du Québec Pauline Marois a de son côté profité de l'occasion pour taxer les libéraux de laxisme.

« Je suis profondément déçue de ce qui se passe actuellement parce que je crois que le gouvernement précédent, qui a laissé traîner les choses, a provoqué de tels événements. On n'a pas agi suffisamment tôt pour éviter qu'il y ait des problèmes sérieux qui apparaissent. J'espère cependant qu'ils ne sont pas aussi sérieux qu'ils semblent vouloir l'être », a dit Mme Marois.

De son côté, le chef du Parti libéral du Québec, Jean-Marc Fournier, s'est limité à dire que l'UPAC faisait un « travail considérable » et que ceux qui doutaient de l'efficacité d'une telle escouade lors de sa création doivent maintenant être convaincus de sa pertinence.

L'Unité permanente anticorruption a été créée par le gouvernement de Jean Charest en 2011 pour faire le ménage dans le milieu de la construction.

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